Le PCA/PAGS et les 81 années de dérives idéologiques

Kaddour Belkaim
Kaddour Belkaim

Que dire sur la disparition effective du Parti Communiste Algérien-Parti de l’Avant-Garde Socialiste (PCA-PAGS) ? Que s’est-il passé durant les 56 années de son existence politique, pour aboutir à une extinction effective ?

La question qui s’impose est certainement la suivante : Qui des deux a réellement disparu dans la nature ? A se demander aussi, si ce n’est les structures partisanes ou les militants eux-mêmes qui se sont volatilisés. Il est cependant difficile de porter un jugement objectif et scientifique même devant l’absence de compléments d’archives, d’informations fiables et vérifiées, de même pour l’absence de réflexions basées sur la critique et l’autocritique matérialistes.

Afin de prendre distance avec l’écriture anecdotique et de nature subjective sur des faits et actes qui relèvent de l’histoire, il est judicieux de dire que le PCA-PAGS est le seul parti "communiste" (l’avait-il était réellement ?) maghrébin à ne jamais entamer sa critique, ni son autocritique durant son existence politique, comme le stipule la science marxiste-léniniste, celle qui englobe la pensée de Marx-Engels-Lénine-Staline et les différentes expériences communistes ultérieures.

La documentation disponible à nos jours, ne révèle aucune tentative sérieuse pour aller de l’avant, permettant de se remettre en cause ou d’enrichir son parcours de parti politique militant et d’avant-garde du prolétariat algérien. C’est à se demander, s’il n’y avait pas une dominance de cet esprit d’autosuffisance de la part des dirigeants de ce parti et cette attitude à l’aveuglement idéologique avec comme finalité le suicide de la formation politique.

En ceci, Benali Boukort, Larbi Bouhali et Sadek Hadjeres auront certainement à rendre des comptes devant l’Histoire du mouvement communiste en Algérie.

Les nouveaux héritiers

A lire le communiqué du journal Le Lien, organe du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS, installé en France) et évoquant le 80e anniversaire du PCA, parle des "premières organisations communistes » qui se sont constituées en Algérie et que "leur stratégie était dirigée dans le sens de la destruction du système colonial". Et le même texte rappel "qu’en commémorant cet anniversaire, les communistes, les ouvriers et les couches populaires de notre pays auront l’occasion de se pencher sur l’histoire du combat de notre parti."

De quel parti est-il question ? PCA ou PAGS, ou encore du cercle marxiste parisien ? Ils se revendiquent tous du même héritage en continuant à avancer dans le flou politique et idéologique rejetant toute critique qui ferait avancer les luttes des classes déshéritées. L’histoire du PCA-PAGS est certes insuffisamment connue, elle fut faussée de mensonges, de falsifications, d’une conspiration du silence de la part d’une classe sociale qui ne fait que sauvegarder le système de l’exploitation et du profit. Ce constat relève d’une organisation qui revendique une continuité linéaire de l’histoire du PCA, de celle du PAGS, mais n’arrive pas à répondre à une attente presque séculaire, d’aller vers l’avant et de se remettre en cause, dans le but de s’adapter aux nouvelles exigences de la lutte anti-impérialiste. Exigences qui demandent une refondation idéologique et politique, comme ce fut le cas dans les pays voisins, pour ne citer que leurs exemples.

A lire Sadek Hadjeres le long de ses contributions sur Socialgérie.net, nous relevons une reformulation des idées du marxisme-léninisme de la part du tenant d’une "école de l’islamisme comme un phénomène social » en Algérie. Pour l’ex-membre du PCA-PAGS, il y a eu lieu des faiblesses et des erreurs importantes sur le plan théoriques dans l’application des lectures marxistes à travers la réalité algérienne. Un déficit dans la théorie marxiste à saisir la réalité algérienne qu’il qualifie de quantitatif et qui réside dans "l’espace et le statut réduits qui ont été dévolus aux activités théoriques dans notre pays" (1)

Le second déficit, de l’ordre du qualitatif, qui est "lié à une espèce de détournement des approches théoriques dans divers domaines, par l’influence entrecroisée d’enjeux géopolitiques d’une part, de distorsion épistémologiques d’autre part" (1998, p.2).

Tous les textes ultérieurs à l’autodissolution ou conspiration au sein du PCA-PAGS, n’affirment qu’un enlisement gradué a bien eu lieu vers la fin du projet communiste en Algérie. Le PCA-PAGS ou encore PCA-PADS n’ont été et ne sont que des stations historiques, démagogiques, opportunistes et réformatrices des ordres socio-économiques que la France (et principalement, elle) a imposée et continue à l’exercer dans notre pays. Le PCF et ses programmes frontistes disparus, le PCA-PAGS a connu le même sort.

Le hic de cette expérience bien décevante et malheureuse est le dévouement des hommes et des femmes pour leur seul tort, et cette croyance en une justice sociale et à la grandeur d’un idéal partisan, qui est né dans un trade-unionisme et un réformisme social-démocrate. Un courant qui s’est toujours détourné de sa stratégie révolutionnaire de la prise du pouvoir, laissant le pays, ses masses et ses richesses aux mains d’un nationalisme réactionnaire et aventurier.

Indigènes et européennes contre l’impérialisme français !

Dans les colonnes de L’Humanité, en date du 4/8/1932, nous lisons qu’une lutte contre l’impérialisme français est menée en Algérie. Une lutte qui a été marquée par une intervention dans la rue, face à la Bourse du travail de la ville de Bône (Annaba), où quelques 200 travailleurs européens et indigènes se sont séparés "aux cris de à bas la guerre impérialiste !" et décidèrent, après des arrestations de vendeurs de journaux, des menaces de police et des signalements de distributeurs de tracts, de "militer fortement" dans des organisations révolutionnaires.

A Philippeville (Skikda), les cafetiers de la ville ont été convoqués par la police et menacés de fermeture s’ils prêtaient leur salle aux organisations "révolutionnaires", telle la CGTU. Devant cette répression policières, les militants Européens et indigènes redoublent de convictions de rejoindre et conjointement le syndicat et le parti de la lutte anti-impérialiste. Comme si la répression est un moyen mobilisateur selon la conception des "communistes" de l’époque.

De même à Souk-Ahras, lorsqu’un journal colonialiste local dirigé par un certain Jacques Taïb publiait un article sur les cafés maures qu’une clientèle, éprise de l’esprit révolutionnaire, fréquentait. Dans l’article, il est question de cet esprit qui "germait chez les indigènes". Certains se sentant visés nominativement, décidèrent d’aller devant l’imprimerie du journal, saccageant la papeterie et le domicile du directeur. L’Humanité y voyait dans cette manifestation "une volonté d’action des masses indigènes" qu’il faut canaliser vers l’adhésion au Parti communiste algérien et à la CGT des travailleurs algériens.

Le P "C" F, fort de sa ligne social-chauvine et voyant qu’un réel mouvement de masse teinté de révolte et de contestations presse le pas et décide de prendre la main sur la rue nationaliste, en canalisant ces contestations dans l’orientation de sa stratégie politique électoraliste. Au mois d’octobre 1932, le BP du P"C"F et avant la Conférence de sa région algérienne, envoi" une lettre à tous ses membres en Algérie, dans laquelle il ordonne à la direction de la Région de "devenir rapidement un parti communiste d’Algérie représentant réellement et en premier lieu l’avant-garde du prolétariat arabe et kabyle et du prolétariat européen algérien" (L’Humanité, 20/10/1932).

Le parti dont il est question, est celui de la majorité (et non la totalité) arabe et kabyle "et que les meilleurs de ceux-ci s’élèvent rapidement aux postes les plus responsables" (Idem). Ces derniers devront intervenir afin de donner "une impulsion rapide à l’arabisation du mouvement syndical révolutionnaire et du mouvement ouvrier en général."

Avant de conclure, que si l’ensemble des militants de la Région communiste d’Algérie, marchent résolument dans "la voie que vous fixe la direction du PCF, ils entreront en masse dans les rangs communistes", permettant ainsi la réalisation d’un Parti communiste d’Algérie, directement affilé à l’Internationale Communiste. En somme, un parti affilié grâce à l’appui du parti-père de France et signant par cette missive, l’acte de naissance du PCA que le PAGS-PADS se considère comme l’héritier direct.

Un héritage qui n’est pas tout à fait reluisant et engage, historiquement, toutes les formations qui se réclament du marxisme : PCA-PAGS, PRS et les appendices de la IVe Internationale. Une lecture de classe, matérialiste historique basée sur la dialectique n’a jamais été entamée par les trois courants qui composaient le mouvement communiste algérien. Par ce dernier, nous entendons et tenons à le préciser, que le trotskysme comme pensée sectaire et nihiliste, ne peut-être englober dans la tradition léniniste, celle du parti réellement de la classe ouvrière et non de la petite bourgeoisie subjective et fractionniste (comme le cas algérien du PST et de l’UST).

Le trotskysme : une maladie infantile en Algérie

Il est vrai que le mouvement ouvrier algérien a de tout temps, été traversé par les mêmes luttes idéologiques et politiques que le monde ouvrier international a lui-même connu. Anarchistes, anarchistes-libertaires, communistes-libertaires et trotskystes faisaient leurs sales besognes au sein du mouvement ouvrier algérien, en détournant les luttes politiques dans le sens bien désiré du capital colonial et de son suppôt féodal local.

Les anarcho-libertaires n’ont-ils pas soutenu et orienter même, Messali Hadj dans ses dérives politiciennes depuis sa séparation de l’Etoile Nord-Africaine jusqu’au sinistre MNA ? Les trotskystes n’ont-ils pas infiltré les instances politiques nationalistes dans le but, bien conscient, de dévier les luttes anticolonialistes pour soumettre les acquis du mouvement révolutionnaire aux diktats des nouvelles bourgeoisies nationales ?

Enfin, les révisionnistes thoréziens (Français et Algériens) ont et continuent de faire le bonheur du capital extorqueur des richesses populaires, dans le but d’aliéner les consciences des masses en les détournant, à chaque fois, de l’objectif final : le Révolution nationale-démocratique et socialiste.

Devant ce constat préliminaire, il y a lieu de relever qu’avec la disparition du PCA-PAGS, le trotskysme et sa nature fractionniste et groupusculaire, compte pour les tenants de la pensée réactionnaire et allié de l’islamisme politique en Algérie. Dans le pays des aveugles, le borgne est roi. Etablir des vérités historiques rendrait compte du rôle néfaste du noyautage trotskyste dans la lutte du peuple algérien et de l’abandon de leurs tâches, de la part des communistes en Algérie. Du Parti communiste d’Algérie à celui du P.C. algérien, rien ne semble apporter un quelconque changement ou évolution vers le léninisme organisationnel ou encore, un respect des recommandations de la IIIe I.C. Le PCA dans ses deux versions, ne faisait que s’ancrer dans un suivisme, un réformisme que préconisait la clique révisionniste de Maurice Thorez, cet "éducateur des héros communistes qui sont tombés en si grand nombre pour la France". (A suivre)

M.K. Assouane

Université d’Alger-2.


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