La (méconnue) plus importante révolution du XXe siècle

La (méconnue) plus importante révolution du XXe siècle

Dans une précédente contribution (1), j’ai présenté une première réelle révolution. Par ce mot, j’entends un changement social radical ; il élimine la base fondamentale du système social, à savoir l’exploitation économique, assurée par une domination politique.

À présent, voici une autre authentique révolution sociale. L’auteur qui en parle, Gaston Leval (2), y a participé personnellement comme militant libertaire. Il en a tiré un livre, en même temps témoignage, communication des faits et analyse concrète : Espagne libertaire : 1936 – 1939 (3).

Encore une fois, il s’agit d’histoire racontée par un vaincu, donc une contre-histoire, plus exactement la vraie et réelle histoire. Car la fausse histoire domine, non pas uniquement celle des fascistes et des bourgeois, mais tout autant celle des marxistes. C’est que la mentalité autoritaire, malheureusement, prime encore dans ce monde, apparemment partisan de liberté citoyenne. Ah ! La tromperie manipulatoire des mots !

Gaston Leval déclare qu’il avait conscience que cette révolution sociale ne pouvait pas réussir à cause de l’existence de deux adversaires qui la combattaient impitoyablement : d’une part, l’armée fasciste du général Franco ; d’autre part, les agents et les militaires du parti "communiste" espagnol, inféodé aux ordres de Staline.

Ce dernier, en bolchévique doc (4), ne pouvait tolérer la victoire d’une révolution sociale qui n’avait aucun besoin du schéma marxiste-léniniste de conquête du pouvoir (« Chef Génial Infaillible », Parti-dominateur, « révolutionnaires professionnels » décideurs). Au contraire, la révolution sociale espagnole pratiquait la conception autogestionnaire. Elle reprenait l’idéal et les méthodes révolutionnaires des soviets russes et ukrainiens authentiques. Lesquels furent éliminés par l’armée « rouge », commandée par Trotski, sous la direction du Parti-État dirigé par Lénine (1).

Gaston Leval se chargea du travail d’enquête personnel sur le terrain, dans plusieurs régions d’Espagne. Il constatait puis rendait compte des actions et réalisations de cette révolution sociale. Elle avait la particularité d’avoir été déclenchée et d’exister, pendant trois années, par les travailleurs-euses exploité-es des villes et des campagnes, aidés par des intellectuels libertaires, sans « chefs » ni parti politique dominateurs, où la démocratie populaire était appliquée de manière totale, libre et solidaire.

Commençons par connaître de quoi il s’agit et de l’importance de l’événement.

"Voici les faits : une révolution sociale incomparablement plus profonde que toutes celles qui l’ont précédée a eu lieu dans un pays dont on a beaucoup parlé durant les années 1936-1939 : l’Espagne. Une révolution qui a atteint les buts théoriquement préconisés par Marx et Engels quand ils sont allés au plus loin de leurs prévisions d’avenir, par Proudhon et par Bakounine, ainsi que par l’école kropotkinienne de l’anarchisme socialiste ; et cela en moins de trois ans, alors que, après un demi-siècle, la révolution russe qui, au début, se réclamait du même idéal, en est plus éloignée que jamais. A côté de ce fait historique transcendant dans l’histoire de l’humanité, la Commune de Paris, qui a suscité tant d’intérêt, tant d’écrits, d’études et d’essais, apparaît comme un événement mineur. Car, sur une très large échelle, la révolution espagnole a réalisé le communisme libertaire.

On peut approuver ou désapprouver cet idéal : on ne peut ignorer l’application qui en a été faite en même temps que les forces antifranquistes et l’armée républicaine luttaient péniblement contre l’attaque depuis longtemps préparée par la caste militaire, les grands propriétaires terriens et le vieux conservatisme, et par une église traditionnellement réactionnaire, digne héritière du duc d’Albe et de Torquemada." (préface de la première publication, 1971).

L’ouvrage de Gaston Leval est une démonstration concrète, preuves à l’appui, de cette affirmation de l’auteur :

"Une des caractéristiques dominantes qui s'impose à celui qui étudie la Révolution espagnole, est sa multiformité. Cette révolution a été guidée selon certains principes très nets et très précis, qui impliquaient l'expropriation générale des détenteurs de la richesse sociale, la prise en main par les travailleurs des structures organisationnelles de la production et de la distribution, l'administration directe des services publics, l'établissement de la justice économique par l'application du principe communiste libertaire. Mais l'uniformité de ces principes n'empêcha pas la diversité des méthodes d'application, si bien que l'on peut parler de «diversité dans l'unité» et d'un fédéralisme étonnamment varié."

Encore une fois, les intellectuels même les plus avertis, même les plus engagés sur le plan révolutionnaires n’ont pas été les créateurs et initiateurs de ce qui fit l’originalité de la révolution sociale espagnole. Les exploité-es russes avaient inventé les soviets (1) ; ceux et celles d’Espagne inventèrent, à leur tour, une autre forme d’organisation.

Gaston Leval écrit : "Très vite dans les régions agraires, particulièrement en Aragon, est apparu un organisme nouveau : la Collectivité. Personne n'en avait parlé avant. Les trois instruments de reconstruction sociale prévus par ceux des libertaires qui s'étaient avancés quant aux prévisions de l'avenir étaient d'abord le Syndicat, puis la coopérative qui ne ralliait pas beaucoup de partisans, enfin, sur une assez large échelle, la commune, ou organisation communale. Certains pressentaient - et l'auteur fut de ceux-là - qu'un organisme nouveau et complémentaire pourrait, et devrait apparaître, particulièrement dans les campagnes, le Syndicat n'y ayant pas acquis l'importance qu'il avait dans les villes, et le genre de vie, de travail et de production ne s'accommodant pas d'un monolithisme organique contraire à la multiformité de la vie."

Ainsi est née la "colectividad" (collectivité, communauté). L’auteur présente le long de son livre les faits concrets qui illustrent ce qu’il écrit ci-dessous :

"(…) cette Collectivité est née, avec ses caractéristiques propres. Elle n'est pas le Syndicat, car elle englobe tous ceux qui veulent s'intégrer à elle, qu'ils soient producteurs au sens économique et classique du mot, ou non. Puis elle les réunit sur le plan humain, intégral de l'individu, et non pas seulement sur celui du métier. En son sein, et dès le premier moment, les droits et les devoirs sont les mêmes pour tous ; il n'y a plus de catégories professionnelles s'opposant les unes aux autres, et faisant des producteurs des privilégiés de la consommation par rapport à ceux qui, telle la femme au foyer, ne produisent pas, toujours au sens économique et classique du mot.

La Collectivité, n'est pas non plus le Conseil municipal, ou ce qu'on appelle la Commune, le municipe. Car elle se sépare des traditions des partis sur lesquels la commune est habituellement construite. Elle englobe à la fois le Syndicat, et les fonctions municipales. Elle englobe tout. Chacune des activités est organisée en son sein, et toute la population prend part à sa direction, qu'il s'agisse de l'orientation de l'agriculture, de la création d'industries nouvelles, de la solidarité sociale, de l'assistance médicale, ou de l'instruction publique. Dans cette activité d'ensemble, la Collectivité élève chacun à la connaissance de la vie totale, et tous à la pratique d'une compréhension mutuelle indispensable."

Se présente, alors, la question : Et la liberté individuelle ? Comment se conciliait-elle avec la solidarité collective ?

Voici comment étaient réalisées, de manière complémentaires, les exigences de liberté et de solidarité, ou, si l’on veut, le principe de liberté solidaire :

« la loi générale a été l'universelle solidarité. Nous avons souligné, en passant, que les Chartes ou règlements où l'on définissait les principes d'où découlaient les comportements pratiques de chacun et de tous ne contenaient rien se référant aux droits et la liberté de l'individu. Non que les Collectivités aient ignoré ces droits, mais simplement parce que le respect de ces droits allait de soi, et qu'ils étaient déjà reconnus dans le niveau de vie assuré à tous, dans l'accès aux biens de consommation, au bonheur et à la culture, aux soins, aux considérations et aux responsabilités humaines dont chacun, parce que membre de la Collectivité, était assuré. On le savait, à quoi bon le mentionner ? En échange, pour que cela fût possible, il fallait que chacun accomplisse son devoir, fasse son travail comme les autres camarades, se comporte solidairement selon la morale d'entraide générale."

Toutes les réalisations décrites ont été concrétisées, soulignons-le, en pleine guerre !… En effet, les autogestionnaires de la Collectivité, d’une part, édifiaient la société nouvelle, libre et solidaire, éliminant toute forme d’exploitation économique et de domination politique ; d’autre part, et en même temps, les membres des Collectivités étaient contraints de se défendre, de combattre, armes à la main contre l’armée fasciste de Franco, et, parfois, également, contre les militaires staliniens.

Ajoutons un fait.

Les autogestionnaires étaient majoritairement des civils, disposaient de très peu, de trop peu d’armes et de moyens matériels, et recevait l’aide d’une minorité d’internationalistes libertaires, la plupart des civils.

Au contraire, les fascistes et les staliniens étaient des militaires expérimentés, disposaient d’un puissant matériel de guerre, et recevaient une consistante aide extérieure : pour les franquistes, armes et soldats de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie (et même, de cette dernière, des bombardements de l’aviation hitlérienne sur des populations civiles, comme à Guernica) ; pour les staliniens, le même genre d’aide de la Russie stalinienne.

Concernant les méfaits commis par les staliniens, l’auteur témoigne :

"C'est à Graus que j'ai vu, pour ainsi dire proclamée sur les façades, dans toutes les rues, et avec le plus d'éclat, et d'intensité, la joie de l'effort et de l'ordre nouveau. Tous les lieux de travail, tous les ateliers, les dépôts, les magasins de marchandises, portaient sur leur façade des panneaux de bois aux couleurs rouge et noire, de dimensions diverses, sur, lesquels on lisait, selon leur ordre de classement, dans l'appareil collectif de production : Lingerie, comunal N° 1, comunal N° 2 ; Menuiserie, Comunal N° 3, Comunal N° 4, Comunal N° 5 ; Collectivité des tailleurs N° 1, N° 2, N° 3, N° 4 ; Collectivité des boulangers, des charrons, des savetiers, etc. C'était un hymne, une proclamation de tous et de chacun, une explosion de confiance et de bonheur. Tout cela fut détruit par la brigade du général stalinien Lister et par Franco."

Il ne faut pas perdre de vue cette extrêmement difficile situation. Et, pourtant, pendant ces trois années d’existence, les réalisations des Collectivités ont été positives et concrètes. Elles ont permis d’assurer correctement la production agricole et industrielle, les transports, l’instruction des enfants et des adultes, les soins, l’amélioration des logements, l’aide efficace aux vieillards, les services publics tels transport, fourniture d’électricité, d’eau, bref tout ce qui concerne les besoins sociaux. Et tout cela sans aucune contrainte, en comptant uniquement sur leurs propres forces matérielles et morales. De manière consensuelle.

Qui dit mieux ? Quel mouvement social, dans le monde entier, a eu ces caractéristiques ?… Ni la Commune de Paris (1871), ni les soviets russes et ukrainiens (1917-1921).

Mais, dirait-on, pourquoi la « révolution » bolchevique est plus connue ? Pourquoi le franquisme est plus connu ? Pourquoi la Commune de Paris est plus connue ? Et la révolution des collectivités espagnoles est nettement ignorée ?…

Facile à comprendre.

Les trois premiers événements cités ont eut l’attention aussi bien des historiens bourgeois que marxistes-léninistes-trotskystes-staliniens. La Commune de Paris et la « révolution » bolchevique, notamment, parce que la première fut présentée par Marx comme exemple de « dictature du prolétariat » ; la seconde, parce que les vainqueurs-profiteurs en furent les marxistes-léninistes-trotskystes-staliniens.

Par contre, les seuls capables de relater correctement une révolution, inspirée et animée par les idées libertaires, autrement dit autogestionnaires, sont les … libertaires. Or, ils sont une minorité dans le monde, y compris de l’information ; et leurs moyens sont très limités : ils ne disposent ni de l’argent du capitalisme privé, ni de celui du capitalisme étatique.

Arrivons à la question la plus importante : est-ce que la révolution sociale en Espagne est désormais de l’histoire passée, dans le sens de dépassée, aujourd’hui inutile, impraticable ?

Voici d’abord un argument général, fondamental.

"Consignons à ce sujet (5) une observation à laquelle nous attachons une grande importance philosophique et pratique. Les théoriciens et les partisans de l'économie libérale affirment que la concurrence stimule l'initiative, et par conséquent l'esprit créateur et l'invention qui, sans cela demeurent en sommeil. Les nombreuses observations faites par l'auteur dans des Collectivités, des usines, des fabriques socialisées lui permettent de penser d'une façon absolument opposée. Car dans une Collectivité, dans un groupement où chaque individu est stimulé par le désir de rendre service à ses semblables, la recherche, le désir, de perfectionnement technique ou autre sont aussi stimulés (6). Mais ils ont encore pour conséquence que d'autres individus se joignent à ceux qui se sont mobilisés les premiers ; en outre, quand au sein de cette société un inventeur individualiste découvre quelque chose, cela n'est utilisé que par le capitaliste ou l'entreprise qui l'emploie, tandis que quand il s'agit d'un inventeur vivant dans une communauté, non seulement sa découverte est reprise et poussée plus loin par d'autres, mais appliquée immédiatement à l'échelle générale. Je suis persuadé que cette supériorité apparaîtrait très vite dans une société socialisée. »

Ces observations ne demeurent-elles pas actuelles ?

Voici, ensuite, les conclusions de l’auteur : "Sans préparation organique, il n'est pas de révolution sociale et vraiment socialiste possible. La possibilité de succès dépend de l'importance de la capacité constructive préexistante. Mais cela ne signifie pas que la préparation ne doive être qu'intellectuelle et technique. Elle doit être, avant tout, morale, car le degré d'intellectualité spécialisée et de technicité mise au point dépend du degré de conscience qui crée le sens du devoir, imposant l'acquisition des disciplines nécessaires. C'est avant tout cette conscience des responsabilités qui a dominé chez les anarchistes espagnols, a influencé leurs luttes, leur comportement individuel, leur œuvre de propagande et d'organisation des travailleurs des campagnes et des villes, a maintenu leur persistance invincible dans le combat mené pour une société meilleure et une humanité plus heureuse, et alimenté la ferveur, sinon le mysticisme qui, portant chacun au-delà de lui-même, le poussait à se donner, à sacrifier sa vie pour l'avenir de l'humanité. Sans quoi, toute l'intelligence et toute la technique du monde n'auraient pas servi à grand-chose.

Et cela a aidé souvent à trouver des solutions valables, ou originales, là où manquait une formation intellectuelle supérieure. « J'ai vu bien des fois des cheminots, militants ouvriers qui savaient à peine signer leur nom, et qui, dans les réunions où l'on examinait des problèmes d'organisation des chemins de fer, ne déméritaient pas à côté des ingénieurs" (7), nous disait récemment une camarade polonaise, ingénieur elle-même, à laquelle nous rendons ici hommage, qui participa jusqu'au dernier moment au fonctionnement du réseau ferroviaire de Madrid-Saragosse-Alicante.

L'imagination créatrice était stimulée par l'esprit, par l'âme des militants, et stimulait l'intelligence. La révolution, c'est aussi l'inspiration, la libre inspiration des hommes. Il est certain qu'en 1917 le parti bolchévique russe comptait un nombre d'intellectuels très supérieur à ceux que comptait, même proportionnellement à l'importance de la population, le mouvement libertaire espagnol en 1936. Mais la bureaucratisation étatique a freiné l'esprit créateur, et la supériorité culturelle d'un état-major de révolutionnaires professionnels s'est montrée inférieure au génie créateur de légions de militants libertairement orientés, et des masses par eux mobilisées."

Méditez ! Marxistes, populistes, intellectuels et politiciens "élitaires" d’Algérie et de tous les pays ! Méditez ! Si vous êtes capables d’estimer réellement le peuple, que vous prétendez aimer, alors que vous privilégiez, adorez et défendaient votre mentalité autoritaire, parasitaire, anti-populaire !

Revenons à Gaston Leval. Ses réflexions ne méritent-elles pas l’attention, aujourd’hui et dans le futur, quel que soit le pays considéré ?

Enfin, voici les ultimes paroles de son ouvrage :

"Notre œuvre constructive révolutionnaire a été détruite par la victoire franquiste et par le sabotage et la trahison de Staline et de ses agents. Mais elle reste dans l'histoire comme un exemple, et une preuve qu'il est possible d'éviter les étapes dictatoriales lorsqu'on sait organiser rapidement la société nouvelle ; se passer de la soi-disant dictature du prolétariat, ou plus exactement d'un parti révolutionnaire usurpant la représentation ou la délégation du prolétariat que les intoxiqués, les possédés du pouvoir - de leur pouvoir auquel le peuple doit se plier - s'obstinent à vouloir nous imposer sous peine de nous massacrer comme contre-révolutionnaires. Pas plus qu'hier Lénine et les siens, que Marx et Blanqui, et tous les maniaques de la dictature, ils n'ont la moindre idée pratique de la façon de réorganiser la vie sociale après le capitalisme. Mais comme fit Lénine, ils organiseraient très vite une police, une censure, et bientôt des camps de concentration."

Médite, peuple ! Méditez, ami-es sincères du peuple ! Avec le maximum d’attention ces constatations ! Afin de ne pas tomber, une nouvelle fois, dans l’illusion tragique, puis la désillusion amère, suivie de la désorientation mortifère.

Ultimes phrases de Gaston Leval :

"Un chemin nouveau a été montré, une réalisation qui émerge comme un phare dont les révolutionnaires qui veulent émanciper l'homme, et non le réduire en un nouvel esclavage, devront suivre les lumières. S'ils le font, notre écrasement d'hier sera largement compensé par les triomphes de demain."

Peut-on ignorer ces paroles quand on se croit et déclare être préoccupé de contribuer à l’établissement d’une société meilleure, plus juste, plus libre, plus solidaire ? De la part de celles et ceux qui se déclarent ami-es du peuple, en Algérie et de part le monde, comment expliquer leurs déclarations, affirmant ne pas savoir quel type de société construire, ne pas disposer d’exemple, ignorer à quels buts croire, comment les concrétiser ?

Je ne vois qu’un seul motif pour ne pas accorder d’importance à la révolution sociale espagnole comme exemple d’inspiration, comme projet général, but et méthode, actuellement pertinents : c’est d’exclure du projet la base fondamentale qui l’a constitué : élimination de l’exploitation économique et de la domination politique, quelque soit leur forme. Évidemment, si l’on croit impossible cette élimination, en prétextant que le système capitaliste est devenu désormais trop puissant, il ne reste qu’à s’agenouiller devant lui, en mendiant les miettes qu’il consentirait à concéder.

Mais il faudrait, tout au moins, si l’on est intelligent et honnête, ne pas illusionner et tromper le peuple avec des réformettes, présentées comme miraculeuses recettes. Elles ne consistent qu’à boucher quelques trous dans une barque où l’exigence du profit capitaliste ne cesse jamais d’ajouter de l’eau.

Certes, la révolution sociale espagnole, plus encore que l’expérience des soviets russes et ukrainiens, est ensevelie, par les vainqueurs, bourgeois et marxistes, sous des montagnes de mensonges, de déformations, de falsifications, de dénigrements, de silence. Ces vainqueurs ont besoin, après avoir assassiné les corps des partisans de la révolution sociale, de tuer, aussi, leurs idées ! Car les vainqueurs savent que les idées, si elles sont justes et parviennent à être connues des exploités-dominés, deviennent des armes, plus puissantes encore que celles des militaires. L’esprit populaire, l’idéal populaire, la force morale populaire, si les conditions sont favorables, s’il n’y pas de trahison des prétendus « amis », sont infiniment supérieurs à la plus puissante des armées, à ses généraux galonnés, issus d’académies militaires renommées, à ses mitrailleuses, à ses chars et à ses bombardements.

Par cette présentation du livre de Gaston Leval, j’espère avoir montré combien son témoignage est fondamental pour comprendre réellement l’histoire de la guerre civile espagnole, de la révolution sociale authentique qui l’a caractérisée. Elle en a été le fait historique le plus significatif. Je souhaite que la lecture de cet ouvrage soit l’occasion de trouver de précieuses idées théoriques et d’opératoires suggestions pratiques pour s’orienter actuellement, dans la contribution de chacun-e à une transformation sociale qui conjugue de manière harmonieuse liberté et solidarité.

Kaddour Naïmi,

Courriel : kad-n@email.com

(1) Voir La révolution inconnue, http://www.lematindz.net/news/25399-la-revolution-inconnue.html

(2) Une présentation de l’auteur se trouve ici :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Leval#Franc-ma.C3.A7on

(3) Télédéchargeable ici : http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.somnisllibertaris.com%2Flibro%2Fespagnelibertaire%2Findex05.htm

(4) À ce sujet, Gaston Leval rappelle :

« Dans son rapport sur la situation russe, au 11e congrès du parti communiste, célébré en mars 1922, Lénine déclarait : «L'idée de construire une société communiste avec l'aide des seuls communistes, est un enfantillage, un pur enfantillage. Il faut confier la construction économique à d'autres, à la bourgeoisie qui est beaucoup plus cultivée, ou aux intellectuels du camp de la bourgeoisie. Nous-mêmes nous ne sommes pas encore assez cultivés pour cela.»

(5) Il s’agit de la liberté.

(6) Note de l’auteur : "Rappelons-nous les 900 nouveaux modèles de chaussures à Elda, les nouveaux modèles de funiculaires à Barcelone, les nouvelles lignes de transport, etc."

(7) Cette constatation a également été faite en Algérie, durant l’autogestion industrielle et agricole. Là, sans ingénieurs, lesquels avaient abandonné leur lieu de travail, la production fut assurée convenablement par les travailleurs eux-mêmes.

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