Dans l’antichambre du pouvoir en Algérie (V)

Pendant que le pays plonge dans une crise sans précédent, le président et son clan manoeuvrent pour leur seul maintien.
Pendant que le pays plonge dans une crise sans précédent, le président et son clan manoeuvrent pour leur seul maintien.

Les effluves de la guerre des clans sont nauséabondes… Tant mieux ! Elles permettent, à l’opinion publique d’être informée sur l’état avancé de la décrépitude de la gestion clanique du pouvoir et du niveau atteint par la corruption (1) avec son corollaire, l’accumulation de fortunes douteuses colossales, par les différents clans du pouvoir et leur volonté inébranlable de ne rendre de comptes à personne et surtout pas entre eux, chacun traînant ses propres "gamelles".

Il est exclu également, pour ces nouvelles fortunes (2), qu’elles soient écartées du pouvoir politique comme le Président elliptique l’a exigé. Il avait chargé Abdelmadjid Tebboune (fraîchement décoré de la médaille de l’ordre du mérite national) d’organiser la séparation entre "le pouvoir et l’argent", à l’instar de Vladimir Poutine qui a éradiqué les oligarques russes qui prétendaient partager, avec lui, le pouvoir politique, image qui a dû faire trembler plus d’un ! Ayant refusé, hier, d’être un "trois-quarts Président", vis-à-vis de l’institution militaire, il va mener la même démarche rusée, vis-à-vis des oligarques qui prétendent partager le pouvoir aujourd’hui et la succession demain. Contrairement à ce que tout le monde croit ou accroire, c’est l’autorité du Président, elle-même, qui est remise en cause et non celle d’Abdelmadjid Tebboune qui n’est qu’un simple exécutant, pour preuve… son limogeage brutale, quatre-vingt et un jours après sa désignation comme Premier ministre (3) ! En effet, qui pourrait croire, une seule seconde, que l’initiative de séparation du pouvoir et de l’argent sort de la tête de l’ex-Premier ministre (4) ?

Ceci dit, personne n’est dupe, le poids boulitique des "nouveaux riches" dans les décisions majeures de notre pays, est leur unique garantie pour leur impunité passée, présente et surtout future (5). Le clan des nouveaux riches se croit donc assez puissant pour imposer au Président, handicapé par la maladie, une "cogestion" du pouvoir et en particulier de sa participation légitime (6) dans la succession anticipée qui semble de plus en plus évidente (7) ! Supposer, en l’espace d’une rigolade, au cours d’un enterrement officiel, qu’il existe une tension entre Saïd Bouteflika et Abdelmadjid Tebboune, est une escroquerie intellectuelle car le désaveu du frère du Président en direction du Premier ministre signifierait un désaccord au sommet entre le Président et son propre frère (8) ! Sauf à considérer que la succession du frère du Président a déjà été actée et que Saïd Bouteflika est de facto un Président apocryphe, en attendant son intronisation dans une prochaine désignation élective (9). Le sacrifice d’A. Tebboune était donc obligatoire pour les Bouteflika afin qu’ils continuent à contrôler tout le pouvoir, après l’échec de leur tentative de mise sous tutelle des oligarques.

Quelles entités nationales ou étrangères (10) ou les deux combinées, peuvent donner ces assurances et ces légitimités ? Force est de constater que l’institution militaire réitère son caractère républicain (11) et évite d’entrer dans la mêlée où la lutte acerbe des clans se développe… en apparences (12) ! Va-t-elle sonner la fin de la récréation comme le préconise Noureddine Boukrouh qui déclare : "Je réitère que je n’appelle pas l’Armée à un coup d’Etat mais affirme en toute responsabilité que le pourrissement de la situation, qui nous est faite, sape de plus en plus le morale de la nation, érode l’autorité de l’Etat, pousse aux troubles sociaux et que, devant de tels dangers, il n’y a pas que le coup d’Etat comme moyen d’action. Il y a la persuasion à moindre coût…" ! En d’autres termes, il demande au chef d’état-major et vice-ministre de la défense, de se rendre, à la citadelle médicalisée de Zéralda, pour « persuader », le Président de la république, chef suprême des forces armées et ministre de la défense, de se décharger de toutes ses fonctions ! Il fait, pour se protéger, une allusion morbide à Boumaarafi, l’assassin officiel du Président M. Boudiaf ! Il faut donc, en conclusion, mettre fin à cette phase transitoire (13) qui perdure et fragilise notre pays selon tous les observateurs avertis, nationaux et étrangers ? Y a-t-il eu des précédents dans notre pays ? Certainement, rappelons-nous de la réunion de l’ENITA à la mort de H. Boumediene, du départ du chef du gouvernement Kasdi Merbah, de la "démission" des Présidents Chadli Bendjedid et de Limine Zéroual…

A l’évidence, toutes les manœuvres actuelles ont un dénominateur commun… la désignation élective présidentielle d’avril 2019 ou celle d’avant l’échéance légale (14) qui devient de plus en plus plausible ! D’ailleurs, c’est Djamel Ould-Abbés qui ouvre le feu en déclarant, sans que personne, apparemment, ne l’y ait invité, "Saïd Bouteflika a le droit, comme tout citoyen algérien, de se présenter aux élections présidentielles de 2019… " Il ajoute également que "la grande popularité et l’amour que lui voue le peuple" le rendent éligible à une candidature (15). Le message est clair, il faut "serrer les rangs et ne laisser apparaitre qu’une seule tête", sinon les moyens de l’Etat seront mis en branle pour "redresser" les opposants et les récalcitrants à la candidature du frère du Président, selon lui ! Cette sortie médiatique devrait lui permettre d’être à la tête de l’organisation de la désignation élective communale de novembre 2017, à la tête du FLN et bien entendu, de "passer à table"… une fois encore ! A. Tebboune avait privilégié le rassemblement, lors de la rencontre de cadrage, organisée avec les deux instruments du pouvoir (le FCE et l’UGTA), fixant les enjeux de manière on ne peut plus claire : "Nous sommes au milieu du gué. Ou nous avançons ensemble, ou on va être emporté"! L’avertissement est pathétique et s’adresse à tous les clans du pouvoir car à vouloir jouer aux quilles, le risque c’est qu’elles tombent toutes d’un coup (Strike) et emportent tous les clans du pouvoir !

La suite sera forcément sanglante (16), sans aucun doute, à l’instar de la tragédie de W. Shakespeare, intitulée Titus Andronicus (17)… mais qui est le Grand Guignol dans "l’émeute au sommet de l’Etat" que décrit Noureddine Boukrouh ? Telle est la question shakespearienne (to be or not to be) qui hante le sérail. Tout le reste n’est que de la mise en scène jupitérienne, construite pour amuser la galerie durant ces "vacances incendiaires" pour faire croire à une opinion publique exsangue que l’heure de rendre des comptes avait réellement sonné, que la guillotine avait été installée, qu’Abdelmadjid Tebboune est désigné comme bourreau et qu’il s’apprêterait à couper les têtes des oligarques… Imaginez leur angoisse ! En réaction à cette menace réelle et faute de pouvoir, pour l’instant, s’attaquer frontalement au Président elliptique, ils vont exiger et obtenir la tête d’A. Tebboune, dans les quelques jours qui ont suivi la manœuvre.

Comme notre pays est devenu, au fil du temps, un hôpital psychiatrique, à ciel ouvert, de 2,3 millions de km2 et où les plus aliénés sont au sommet du pouvoir, M. Mohamed Benchicou affirme que « Dieu a élu domicile à Zéralda. Un Dieu dont on ne voit pas le visage et dont on n’entend pas la voix. Mais ça, c’est la preuve qu’il existe, l’aphonie et l’invisibilité étant les prestiges et les symboles des divinités" ! Mais la question cruciale pour lui était de savoir "si Abdelmadjid. Tebboune est son messager" (18) ? Son sacrifice à l’Autel de la succession est la réponse car son limogeage brutal par la volonté de certains oligarques, prouve qu’ils lui dénient cette "mission divinisée", dès lors qu’ils viennent de comprendre que ceux sont eux les "dindons de la farce"… Pendant ce temps, la "main invisible", possède et conserve tous les dossiers des passe-droits, des indus privilèges, des rentes et de la corruption contre tous les membres de tous les clans, pour alimenter les réquisitoires, au cas où la "justice du soir" recevrait l’ordre de se mettre en branle ! Sentant le danger imminent qui les guette, les oligarques viennent de recadrer le "seul Président de la république" et de s’exorciser, en même temps, de la main diabolique qui devait s’abattre sur eux. Ils s’affichent ostensiblement près du "Président apocryphe » pour se convaincre eux-mêmes, qu’ils ne sont pas en disgrâce et que le cauchemar ne devienne pas une réalité ! Ils imposent, dès lors, une valeur sûre, qui les rassurent et avec laquelle ils ont fait un long parcours complice, c’est le troisième retour de l’enfant prodigue… Ahmed Ouyahia (19). Leur culture grégaire, au sens propre et figuré et leur instinct de conservation vont les conduire à vouloir échapper à ce jeu machiavélique, dans lequel le Président les a emprisonnés, tout en leur rappelant qu’ils ne sont que des instruments au service du pouvoir et non pas le pouvoir (20). Ils sont donc tout désignés pour être livrés en pâture à la vindicte populaire si cette nécessité venait à se présenter pour le pouvoir, comme c’est justement le cas aujourd’hui (21) et un peu plus demain, après la rentrée sociale (22)!

Entretemps, Ahmed Ouyahia (23) reçoit, de Zéralda (24), la liste des membres du gouvernement et découvre que seuls trois portefeuilles ministériels et demi, lui ont été consentis par rapport à l’ancien gouvernement. Les deux ministres désignés aux postes sensibles ne sont que des « recyclés » activant déjà à la Présidence comme, d’ailleurs, le nouveau Premier ministre lui-même, ce qui nous renseigne sur les circonstances qui ont prévalu à leur nomination, tout comme celle du Premier ministre. En effet, on aurait pu supposer qu’Ahmed Ouyahia, désigné pour faire « le sale boulot », aurait exigé sa propre équipe gouvernementale pour prendre en charge les problèmes qui l’attendent à la rentrée sociale (25) ! Non seulement, le nouveau gouvernement est identique à trois cas et demi près mais en plus les ministères de souveraineté lui échappent complètement puisqu’ils prennent leurs instructions directement du premier cercle du clan présidentiel.

Le nouveau Premier ministre est donc « noyauté, contrôlé, décrédibilisé et démonétisé », dès le départ, de l’intérieur et de l’extérieur du gouvernement et toutes tensions sociales et autres mécontentements populaires, de toute nature, lui seront imputés … alors que d’éventuelles réussites et autres avancées, seront comptabilisées sur le registre du seul Président de la république. En termes de fusible politique de gros calibre, on ne peut faire mieux ! D’ailleurs, dès son installation, le Premier ministre est convoqué par le duo FCE/UGTA, afin formellement de « préparer la tripartite » (26), alors qu’en fait, ce duo va lui dicter sa propre feuille de route, considérant être sortis victorieux du bras de fer engagé contre le Président de la république. Pour preuve, le nouveau Premier ministre va immédiatement s’exécuter, en commençant par annuler le décret créant et organisant "l’inspection générale auprès du Premier ministère", instrument judiciaire chargé de mettre au pas les oligarques (27) et celui "fixant les conditions et les modalités d’application des régimes de licence d’importation et d’exportation de produits et de marchandises"instrument, à géométrie variable, chargé de sanctionner ou de récompenser les membres du puissant lobby de l’import-import et de l’informel.

Sentant le traquenard et afin d’éviter d’être le seul à porter le chapeau de la colère de la rue et se sachant très impopulaire, A. Ouyahia, sitôt désigné, va obtenir de faire adopter, par les deux chambres parlementaires, le même plan d’action pour la mise en œuvre du programme du Président de la république. Ce plan a été préalablement adopté par le Conseil des ministres, dès mercredi… obligeant ainsi le Président de la république à faire une apparition publique pour le cautionner. Ainsi, Ahmed Ouyahia s’inscrira dans l’histoire comme n’étant pas le seul responsable de la situation catastrophique qui s’annonce (28) ! Il passe, en même temps, un message clair au Président elliptique et à l’institution militaire : "Nous sommes tous dans la même barque et si je coule, je vous entraîne avec moi" ! En fait, il vient enfin de comprendre qu’il a été désigné, par le clan présidentiel, pour servir de « mouton de l’Aïd » à égorger et à donner en pâture à la prochaine vindicte populaire.

Dr Mourad Goumiri

Professeur associé

Notes

(1) S. Tlemcani s’interroge « Quel crédit peut-on accorder à la campagne contre la corruption que mène le Premier ministre, A. Tebboune, sachant que de nombreuses affaires de dilapidation de deniers publics se sont terminées en queue de poisson et les personnalités impliquées ont été préservées, voire promues à des postes supérieurs dans les institutions de l’Etat ? Sommes-nous devant une chasse aux corrompus ou à ceux qui ont franchi la ligne rouge ? » in El-Watan du 25.07.2017.

(2) Le même scénario a déjà été expérimenté dans l’affaire Khalifa. Souvenons-nous de l’ascension fulgurante de cet oligarque, complètement préfabriqué, lui-même et son empire, puis de sa « descente aux enfers » jusqu’à la case prison, pour un long moment, sauf… grâce présidentielle ! Le profil psychologique de « simplet » des patrons du FCE et de l’UGTA, les rend éligibles à ce rôle d’icône à donner en pâture à la vindicte populaire.

(3) Rachid Tlemcani avait considéré, à juste titre, qu’A. Tebboune serait remercié après la désignation élective communale. Or, la décision brutale de son limogeage mesure le poids politique réel pris par les oligarques par rapport au Président elliptique.

(4) Rachid Tlemçani vient de remettre au goût du jour la "main invisible" soit le DSS (ou l’ex-DRS), sous le commandement du général Bachir Tartag), affirmant qu’"à présent, on constate un redéploiement de cette main invisible. Certains pensaient qu'elle avait disparu — mais il est évident que c'est faux. Au contraire, je pense qu'elle est encore plus forte qu'auparavant car elle a tissé des liens, elle a des réseaux au sein de la société civile, politique et des institutions". A. Tebboune a-il-été nommé par cette "main invisible" ?

(5) L’instruction judiciaire des futurs procès avait débuté par la presse interposée puisque des chiffres non vérifiables de milliards de US$ de crédits bancaires sont avancés et des salves de "mises en demeure" sont publiées. Le ministre de la justice, de son côté, enfonce le clou en instruisant le parquet "pour qu’il s’autosaisisse dans les cas de dilapidation"!

(6) Il est de notoriété publique que les oligarques et à leur tête A. Haddad, président de l’association FCE, ont contribué financièrement à la réélection du président elliptique et ils considèrent donc qu’ils sont partis prenante dans toutes les décisions importantes et que nul ne peut leur demander des comptes sur l’accumulation de leur fortune.

(7) Le Pr M. Hennad va jusqu’au bout de son analyse : « …ou bien c’est le Président A. Bouteflika qui se déjuge de sitôt par manque de lucidité ou bien ce n’est plus lui qui désigne et démet, mais ceux sont plutôt les clans autour de lui et ce, en fonction des rapports de forces du moment ».

(8) L. Dimitrakis affirme que « tout bonnement Saïd Bouteflika a profité des funérailles de R. Malek pour faire une mise au point sévère ; le patron, c’est moi ! Pour garantir la pérennité du clan présidentiel, le frère du Président a besoin des oligarques qui devront financer toutes les opérations politiques dans les échéances à venir... sachant que les amis les plus fidèles de S. Bouteflika sont des hommes d’affaires riches et influents ». in mondafrique.

(9) L’isolement quasi hermétique, organisé autour du Président, confère à son frère Saïd le privilège du monopole des instructions sensées être décidées par le Président ! Les rencontres avec d’autres personnalités nationales ou étrangères étant quasi nulles, seules donc les déclarations directes ou indirectes de S. Bouteflika deviennent « paroles d’évangile ».

(10) La réponse d’E. Macron à la lettre que lui a envoyé A. Bouteflika, à l’occasion de la fête nationale française est claire comme de l’eau de roche, en matière de rapprochement. « Plus que jamais, celui-ci doit se construire sur des projets concrets, structurants et mutuellement bénéfiques, il doit aussi se construire sur la scène internationale, alors que nos deux pays sont en première ligne, face à la menace terroriste et à l’instabilité régionale notamment au Sahel et en Libye». En d’autres termes, si vous voulez mon soutien pour la succession, je dois obtenir plus que ce que vous êtes entrain d’accorder aux USA et dans tous les domaines !

(11) A partir de Constantine (5ème RM), le vice-ministre de la Défense nationale déclare le 23 Aout 2017, qu’« En consolidation des fondements de ses objectifs majeurs et nobles, l’Armée nationale populaire demeurera, comme j’ai tant veillé à le répéter, une armée républicaine, engagée à défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale du pays, protégeant l’indépendance ».Après l’interpellation violente du chef d’état-major de l’ANP, par N. Boukrouh, ce dernier lui répond, une troisième fois, via l’édito de la revue El-Djeich : « à tous ceux qui, en secret, ouvertement ou implicitement, réclament l’intervention de l’armée nous rappelons que… notre armée demeurera une armée républicaine, engagée à défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale et à préserver l’indépendance du pays. Une armée qui ne se départira pas de ses missions constitutionnelles, quelles qu’en soient les conditions et circonstances ».

(12) B. Hamidechi s’interroge sur la neutralité supposée de l’institution militaire : « Pour quelle raison la haute hiérarchie militaire persiste-t-elle dans la défense de sa fausse neutralité quand l’opinion sait, avec certitude, qu’elle avait pesé de toute son influence dans le maintien à son poste de Président lors de sa longue hospitalisation puis de l’avoir fait « élire » à nouveau en 2014 ? ». Il considère que l’institution militaire est partie prenant dans le processus de succession ! in Le Soir d’Algérie du 25 Aout 2017.

(13) Dans mondafrique, L. Dimitrakis considère qu’"… A. Tebboune a cru que son rapprochement avec A. Gaïd Salah pourra lui permettre de résister aux assauts de ses adversaires. Saïd Bouteflika, ainsi que ses alliés, finissent par exécuter A. Tebboune, avant même la rentrée sociale qui s’annonce chaude pour éviter tout risque de débordements".

(14) La guerre totale, que se livrent les clans, semble indiquer que la succession devra se réaliser avant Avril 2019, soit par une procédure d’« empêchement », prévue par la constitution et prononcée par le Président du Conseil Constitutionnel, après un rapport probant d’une commission médicale, soit par « une action de persuasion » sur le Président elliptique pour qu’il accepte « d’être démissionné », contre des garanties d’impunité totale.

(15) D. Ould-Abbés, se sentant menacé comme SG du FLN, après le scandale financier des législatives, par cela-même qui l’y ont installé, joue son va-tout, en laissant à penser qu’il a été chargé par le Président A. Bouteflika de promouvoir la candidature de son frère, alors qu’il déclarait, il n’y a pas si longtemps, au PB du FLN et qu’il récidive dans une réunion avec les Mouhafeds : « j’interdis qu’on me parle des présidentielles avant… 2019 ! ». Exit, les communales arrivant à maturité, il est temps de « passer à table ».

(16) Les voix qui s’élèvent, ici et là, dans la société civile, dans certaines institutions partisanes ou non, les intellectuels et autres acteurs de tout horizon, ont tous et toutes la même et unique préoccupation, à savoir, la préservation du sang des algériens qui ne manquera pas de couler si la crise de succession n’est pas rapidement réglée, dans la paix sociale, sinon… c’est l’aventurisme qui va prévaloir !

(17) Titus Andronicus décrit un cycle de vengeances qui oppose Titus, général romain imaginaire, à son ennemie Tamora, reine des Goths. Cette aversion se fondait sur l'horreur de l'horreur donc et le rejet d'un supposé Grand Guignol. Cette tragédie a retrouvé sa justification au XXe siècle avec Peter Brook qui considère qu’« elle parle des émotions les plus modernes, comme de la violence, la haine, la cruauté, la souffrance ».

(18) Souvenons-nous, de ce qui nous paraissait, à l’époque, comme une incongruité, la démarche des « 20-1 », emmenée par Z. Drif-Bitat, sénatrice du tiers présidentiel et amie intime du Président, durant une certaine période. Elle consistait à vouloir rencontrer le Président « en chair et en os », du fait qu’un certain nombre de décisions leur paraissait ne pas relever du Président, avec en filigrane, l’application de l’article 102 (ex-88) de la constitution ! A l’ouverture de la session parlementaire 2017-2018 de l'APN, les deux gardiens du Temple, S. Bouhadja, Président de l’APN, et A. Bensalah, Président du Conseil de la Nation (Sénat), se sont s’impliqués dans le débat sur la vacation du pouvoir, en fustigeant les partisans de l’application de l’article 102 de la Constitution, les traitant « d’aventuriers et de putschistes ».

(19) Ce n’est pas du tout de gaité de cœur que le Président elliptique a désigné A. Ouyahia comme Premier ministre sinon il l’aurait désigné en remplacement d’A. Sellal ! Il connait les relations tissées, de longue date, avec « la main invisible » et de manière générale avec l’institution militaire et donc, il le considère comme l’ennemi le plus redoutable à la candidature de son propre frère. Sa « neutralisation » se réalisera par étapes, la Présidence, de jure, le RND, de facto et le Premier ministère après cette entracte… tout un programme d’intrigues et de trahisons, des deux côtés, en perspectives.

(20) Je ne partage évidemment pas la thèse de R. Tlemcani qui considère, dans le journal « le Monde », que le clan présidentiel a gagné ce round d’observation contre les autres clans. Le dénouement, qui ne saurait dépasser la fin l’année, démontrera que l’institution militaire et les puissances étrangères, qui pèsent dans l’échiquier algérien (respectivement les USA, la France et les pays du Golf), vont mettre tout leur poids dans la gestion de la succession. La géopolitique reprendra ses droits, à n’en pas douter !

(21) Le communiqué du dernier Conseil des ministres, du 06.09.2017, est très clair quant aux difficultés qui ne manqueront de perturber la stabilité économique et sociale et qui se traduiront par une rupture de la paix sociale que le pouvoir redoute le plus, pour sa pérennité et bien entendu, pour la mise en œuvre de son processus de succession. La révision de la loi 90-10 va permettre le financement monétaire du déficit du Trésor public par la Banque d’Algérie, sans limites, construisant les conditions d’une hyperinflation à court terme.

(22) A. Mebtoul adoube les thèses du pouvoir en déclarant : « Il n’y aura pas d’implosion sociale durant la rentrée sociale 2017, pour cinq raisons principales »… Tout en confondant implosion et explosion, il égraine cinq raisons qui arrivent à des conclusions inverses de ses prophéties péremptoires.

(23) L. Dimitrakis affirme que « Pour ménager une partie de la hiérarchie militaire, la présidence algérienne nomme Ahmed Ouyahia, proche de l’ancien DRS, qui a un talent indéniable pour ne se brouiller avec personne. La parenthèse de Tebboune refermée, la question de la succession d’Abdelaziz Bouteflika est plus que jamais en suspens… ».

(24) Tout le monde a remarqué que la Présidence de la république d’El-Mouradia a changé d’adresse sans qu’un document probant ne vienne sanctionner cet acte éminemment officiel. Imaginons l’hôpital du val de grâce qui remplacerait… l’Elysée !

(25) Le nouveau gouvernement enregistre le retour d’Y. Yousfi (Industrie et mines), M. Benmeradi (Commerce) et la nomination d’A. Temmar (Habitat). La nomination folklorique au ministère du tourisme est à mettre sur le compte d’Ubu. A. Ouyahia n’a pas pu « caser » sa garde rapprochée, dans les postes sensibles et de confiance, pour la deuxième fois, qui se prépare au sein du RND.

(26) A. Ouyahia a annoncé que « La rencontre tripartite a décidé de reporter la tripartite officielle, prévue initialement le 23 septembre » afin de « permettre aux partenaires de mieux se préparer à ce rendez-vous ». En fait, le calage des différents rendez-vous est tributaire de l’état de santé du Président qui doit obligatoirement présider le Conseil des ministres qui adoptera le plan d’actions du Premier ministre.

(27) Le décret, abrogé par A. Ouyahia, avait pour mission : "L’inspection est chargée de mener des missions d’inspection, de contrôle et d’évaluation, notamment sur : l’application de la législation et de la réglementation régissant le fonctionnement des services de l’État, des collectivités territoriales, des entreprises, organismes et structures en relevant ainsi que des organismes privés bénéficiant du concours financier de l’État".

(28) N. Djabi le confirme à l’université de RAJ : "Nous allons vers le pourrissement… j’espère que ce n’est pas le cas et qu’il y aura surtout un sursaut." in Liberté du 27.08. 2017.









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