Le financement non conventionnel : Abderrahmane Mebtoul tire la sonnette d'alarme

Le Dr Abderrahmane Mebtoul appelle à un débat national.
Le Dr Abderrahmane Mebtoul appelle à un débat national.

J’attire l’attention du Gouvernement sur l'urgence d'une analyse objective et les impacts d’une telle mesure. Un débat national s’impose sur ces deux mesures qui ont des incidences sociales politiques et donc sur la sécurité nationale.

Il faut savoir que le financement non-conventionnel retenu en conseil des ministres constitue une application de la théorie keynésienne applicable à une économie de marché concurrentielle structurée, par l’injection monétaire, disposant de facteurs de production oisifs (équipement-main d’œuvre qualifiée) et en sous-emploi alors que l’Algérie souffre de rigidités structurelles avec un dépérissement du tissu productif et une dépendance vis-à-vis du cours volatile des hydrocarbures, d’où le risque avec la planche à billets, d’un processus inflationniste. Le financement non-conventionnel a été utilisé mais dans une économie de marché structurée ayant un potentiel de création de valeur ajoutée envisageable dans le cas d’entreprises en croissance ou d’entreprises en restructuration, utilisé lorsque le financement traditionnel ne permet pas à l’entreprise de pleinement se développer, ou lorsque le financement n’est simplement pas disponible. Le Venezuela première réserve mondiale de pétrole avant l’Arabie Saoudite, n’ayant pas profité de cette manne financière pour asseoir une économie productive concurrentielle, un pays riche mais avec une population de plus en plus pauvre, le pays étant en 2017 au bord de la faillite avec une hyperinflation de 900% en 2017 qui a utilisé ce mode de financement sans dynamiser le tissu productif est intéressant à étudier pour ne pas commettre les mêmes erreurs. D’où l’importance d’analyser, loin des schémas théoriques, l’essence de l’économie algérienne, car ce mode de financement à effets pervers sans de profondes réformes structurelles, n’est pas de nature technique mais renvoie aux aspects sociaux, politiques et sécuritaires.

1.-Situation socio-économique de l’Algérie

La population algérienne atteindrait les 50 millions horizon 2030. En avril 2017, selon l’ONS, la population active a atteint 12,277 millions de personnes. La population en chômage selon l’ONS en avril 2017, a atteint 1,508 million de personnes, soit un taux de chômage de 12,3% au niveau national, en hausse de 1,8 point par rapport à septembre 2016 avec un taux de chômage des jeunes de 16-24 ans de 29,7%. Le taux de chômage officiel est fortement biaisé incluant les sureffectifs tant des administrations que des entreprises publiques, des emplois temporaires fictifs (5 mois non créateurs de valeur ajoutée comme par exemple pour faire et refaire des trottoirs) et les emplois dans la sphère informelle. Cela résulte du faible taux de croissance notamment des segments créateur de valeur ajoutée.

Environ 97/98% des recettes en devises proviennent directement et indirectement des hydrocarbures, le secteur industriel moins de 5% du produit intérieur brut PIB, sur ces 5% plus de 95% de PMI/PME peu concurrentielles en termes de coûts/qualité et le taux d‘intégration secteur public et privé moins de 15%.

Pour une dépense relevant essentiellement de la dépense publique elle a été de plus de 800 milliards de dollars entre 2000/2016. Le taux de croissance a été en moyenne de 3%. Il existe une loi universelle, le taux d’emploi est fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité relevant d’entreprises compétitives à valeur ajoutée. L’on ne crée pas des emplois par décrets ou volontarisme étatique, la solution de facilité étant la création d’emplois dans l’administration. Le rapport préliminaire du Fonds monétaire international (FMI) sur les perspectives économiques mondiales pour l’Algérie montre la situation devrait fortement se dégrader en 2017 et en 2018. En effet, le FMI table sur une croissance de 1,4% du PIB algérien en 2017 et en 2018, l’économie algérienne devrait connaître une quasi-stagnation, avec un taux de croissance du PIB de seulement 0,6%. Conséquence directe de ce ralentissement économique, le taux de chômage devrait sensiblement augmenter sur la même période estimé à 13,2% en 2018 avec une tendance inflationniste que l’on essaie de suppléer par la création d’emplois à très faible avaleur ajoutée. Une enquête de l’ONS d’avril 2016 confirme la tertiarisation de l’économie, sa corrélation avec celle de l’emploi avec une part importante de l’administration qui selon la direction générale de la Fonction publique, le nombre de fonctionnaires au 1er janvier 2015 est de 20 020 172 fonctionnaires dont 1 608 964 à temps plein (79,64%) et 411 208 agents contractuels (20,30%). Mais ce sont les petits commerces et services qui sont dominants représentant 83% de la superficie économique à très faibles productivité (avec environ 50% la part de la sphère informelle accaparant 35/40% de l’emploi) non comparables à celles des pays développés où la tertiarisation de l’économie à travers les services des technologies de l’information et de la communication crée des opportunités de croissance économique et génère des emplois productifs et la corrélation avec celle de l’emploi.

Face à cette situation, l’Algérie connaitra dans les années 2018/2020 de vives tensions budgétaires. Et contrairement aux discours complaisants de certains experts algériens, induisant en erreur les autorités du pays, qui annonçaient un cours de 70/80 dollars pour 2015/2017 et plus entre 2017/2020, et comme je l’ai noté dans plusieurs contributions et notes adressées aux autorités du pays depuis plus de trois années, l’AIE le cours du pétrole sera bas en 2017/2020 du fait du déséquilibre offre/demande et des nouvelles mutations énergétiques. Je rappelle que les importations de biens, auxquels il faut ajouter les sorties de devises des services (10/11 milliards dollars/an) et de transferts légaux de capitaux (entre 4/5 milliards de dollars/an) se sont chiffrés à quelque 60 milliards de dollars en 2016, alors que les recettes n’ont pas dépassé les 29 milliards de dollars, bien qu’un important effort a été fait car durant l’année 2013, les sorties de devises ayant été supérieures à 75 milliards de dollars.

Au vu du bilan des six premiers mois de 2017, les importations de biens s’orientent vers 45/46 milliards de dollars et avec les services et les transferts légaux de capitaux presque le même montant de sorties de devises qu’en 2016, avec des recettes en devises variant entre 32/35 milliards de dollars si le cours en moyenne annuelle varie entre 50/55 dollars

2.- L’Algérie a besoin de prospective et des stratégies d’adaptation

Tout projet est forcément porté par des forces politiques, sociales et économiques sinon tout modèle économique est voué à l’échec. L’enjeu majeur pour l’Algérie et sa survie implique donc de mettre en place des instruments opérationnels capables, d’identification, d’anticiper les modifications de comportement des acteurs économiques, politiques, sociaux et militaire au niveau géostratégique. Il existe un lien dialectique entre développement et sécurité car sans un développement durable il y a nécessairement accroissement de l’insécurité qui a un cout croissant. Pourtant n’ayons pas une vision uniquement de sinistrose. L’Algérie, selon les observateurs internationaux, a toutes les potentialités, sous réserves de profondes réformes, pour asseoir une économie diversifiée garante de la création d’emplois durables et donc de la stabilité de la région méditerranéenne et africaine. Mais pour éviter les effets pervers nuisibles au développement, il serait hasardeux pour l’avenir de l’Algérie d’aller vers un monologue, de combler le vide (culture rentière du passé) par certaines organisations incapables de mobiliser la société du fait de leur non crédibilité et de livrer à de l’activisme sans impacts réels. Il existe un théorème en sciences politiques : 80% d’actions mal ciblées et désordonnées que l’on voile par de l’activisme, ont un impact de 20% sur les objectifs et 20% d’actions bien ciblées ont un impact sur 80%. La baisse du cours des hydrocarbures sera de longue durée et des stratégies d’adaptation deviennent urgentes, devant éviter l’illusion tant d’un modèle de consommation énergétique linéaire. que des modèles périmés des années 1970/1980 reposant sur le matériel (mécanique) et du fameux slogan quand le bâtiment va tout va alors que nous sommes à l’aube de la quatrième révolution économique 2020/2030/8040 ou domineront l(immatériel et l’intelligence artificielle (voir le dernier rapport 2016 de World Economic Forum "The Impact of the Fourth Industrial Revolution").

Il faut impérativement recadrer le débat, éviter les utopies du passé et s’adapter au nouveau monde et de s’attaquer à l’essence et non aux apparences.

En résumé, malgré les importantes novembre potentialités de l’Algérie, la rente des hydrocarbures en anesthésiant tout esprit d’initiative, a largement influencé la nature des régimes et les politiques socio-économiques depuis l’indépendance à nos jours sans avoir réalisé le rêve du 01 1954 et notamment de la plateforme de la Soummam, un Etat qui survit aux aléas de l’histoire et une économie diversifiée. L’Algérie se cherche toujours. L’objectif stratégique doit concilier la modernité et notre authenticité, l’efficacité économique et une profonde justice sociale si l’on veut à terme éviter la marginalisation de l’Algérie au sein de la société mondiale avec d’importances incidences géostratégiques. Pouvoir et Opposition doivent s’entendre pour un renouveau national de l’Algérie. L’Algérie sera ce que les Algériens voudront qu’elle soit. Le mal est en nous et la guérison dépend avant tout des Algériennes et Algériens, impliquant un large Front National sans exclusive, tolérant nos divergences d’idées, source d'enrichissement mutuel

Dr Abderrahmane Mebtoul

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