"Amazigh", "Arabes", "musulmans" ... attention aux mots !

"Amazigh", "Arabes", "musulmans" ... attention aux mots !

Dans ma précédente contribution, j’ai essayé de mettre en évidence quelles sont les vraies murailles, en mesure de protéger un peuple de toute agression, externe ou interne.

Il y a, cependant, une seconde forme de muraille : ce sont les mots, plus exactement la manière de les utiliser. Dans cet exposé, je reviens sur un thème déjà examiné, mais vu sous un autre angle, tant l’argument est sensiblement présent en Algérie, et influence les mentalités. J’invite les lecteurs-trices sérieux-ses à la patience d’attendre la publication des deux parties de cette contribution avant d’émettre leurs bienvenus commentaires.

Dès l’antiquité, en Chine comme en Grèce, les plus sages parmi les hommes ont averti : attention aux mots, ils peuvent éveiller et soigner ou tromper et maltraiter, selon leur mode d’emploi. Par conséquent, qui poursuit réellement le bien de l’humanité doit veiller à définir correctement les mots, y mettre le contenu exact, ni plus ni moins, enfin les employer judicieusement. Parce que les mots sont une manière pacifique de favoriser la paix ou de causer et justifier la guerre, soit entre les peuples, soit au sein du même peuple. Il arrive qu’une langue mette en évidence des termes, ainsi de ceux-ci : mots et maux.

En Algérie, nous avons assisté et nous continuons à constater, de la part de certains intellectuels, à l’emploi des mots de façon au mieux inadéquate, au pire manipulatrice, dans les deux cas au service du système oppresseur.

Cependant, l’expérience pratique montre ceci : le pire ne réside pas dans l’emploi manipulateur, mais dans l’usage inadéquat. Il est plus facile de se rendre compte de la manipulation, à cause de ses mauvaises intentions ; tandis que l’inadéquation, elle, se présente toujours avec de bonnes intentions.

La première catégorie de personnes comprend les conservateurs sociaux, religieux ou laïcs. Étant plus facilement décelable, elle n’est pas l’argument de cet exposé. Je m’intéresse à l’autre catégorie, les intellectuels que j’ai appelés caméléons ; ils se présentent comme « défenseurs » du peuple, plus exactement de sa partie opprimée-exploitée.

"Civilisés" et "barbares", version ethnique

Au sujet de ces « amis » et « défenseurs », je me suis demandé : Pourquoi emploient-ils toujours les mots « Roumis », « Arabes », « Kabyles », « Mozabites », « Amazighes », « Juifs », « étrangers », etc., en dénonçant les « valeurs positives » des uns et en dénigrant les « tares ataviques » des autres ?

Ainsi, par exemple, voici cet « ami » et « défenseur » du peuple algérien qui traite les « Arabes » en « représentants de la civilisation », en considérant les « Amazighes » comme des « tarés sanguinaires ». Et voici l’autre, se proclamant également l’ « ami » et « défenseur » du même peuple algérien, qui a le comportement exactement opposé, en miroir, avec les mêmes termes : il présente les « Amazighes » en « représentants de la civilisation » et les « Arabes » en « tarés sanguinaires ».

Ces « amis » et « défenseurs » ne sont pas spécifiques à l’Algérie. On constate leur existence partout et toujours sur la planète. Ils se rangent du côté d’un peuple, considéré comme ETHNIE, - il faut le noter ! -, décrété possesseur de toutes les valeurs positives, en opposition à un autre peuple, lui aussi vu comme ETHNIE, taxé de tous les défauts imaginables. Bref, « civilisés » contre « barbares », bien entendu en fonction de l’appartenance ethnique.

Il est facile de constater combien, malheureusement, ce type de discours entre dans les cervelles enclines à la superficialité, dont les cœurs tendent à la haine comme exutoire de leurs frustrations. Ces citoyen-nes constituent, hélas !, une partie significative de la population. En son temps, Wilhem Reich avait mis en évidence la tendance fasciste, - c’est le terme qu’il employa -, au sein du peuple, notamment opprimé. Cette constatation empirique lui valut l’exclusion du parti « communiste » allemand ; mais la réalité prouva que le pestiféré avait raison : peu d’années après, le peuple allemand, classe ouvrière comprise, changea d’oppresseur avec enthousiasme, passant des libéraux aux nazis.

Revenir à l’Algérie. Depuis les années 1980 en particulier, nous avons assisté aux discours des uns stigmatisant les « Amazighes », comme « barbares », tandis que d’autres taxaient les « Arabes » du même adjectif.

Je connais des Algériens arabophones et amazighes, les uns aussi fascistes que les autres ; et j’ai rencontré, au contraire, dans ces deux composantes, de vrais défenseurs du peuple, dans son ensemble, sans distinction.

Un jour, on me demanda : « Es-tu arabophone ou amazighophone ? ». Réponse : «Je suis arabophone quand celui-ci est opprimé, et amazighophone quand ce dernier est opprimé.»

"Intelligents" et "déficients", version spirituelle

De la même façon, ailleurs dans le monde, davantage en Algérie, on est frappé par une constatation. Certains religieux se réclamant de l’Islam dénoncent les non croyants comme des « tarés » ; et certains non croyants condamnent les religieux, avec le même adjectif

Ce genre d’attitude, se basant sur l’ethnie ou la croyance spirituelle, fut inauguré, bien entendu, par des intellectuels idéologues des deux deux bords ; chacun des deux déclarait parler au nom du peuple, pour sa défense, sa libération de l’oppression et lui offrir le bonheur.

Ces allégations, évidemment, ont trouvé des oreilles pour les croire, et répéter avec un enthousiasme vindicatif les affirmations de leurs respectives idoles. Dès lors, il semblait qu’en Algérie le conflit opposait « Arabes » et « Amazighes », religieux (notamment musulmans) et non croyants (en particulier athées).

Ce genre de discours, entre autres facteurs, favorisa, sur le plan des opinions, le déclenchement de la « décennie sanglante », puis le compromis qui en résulta.

J’ai connu plus d’un Algérien, se définissant « intégraliste islamique », prêt à égorger qui attaquerait l’Islam, mais, en meme temps, il était très sensible et scandalisé par les injustices sociales souffertes par le peuple.

Et j’ai rencontré des Algériens, se définissant « communiste» et soucieux de justice, et, pourtant, je constatais leur grave méconnaissance, quand pas indifférence, des maux endurés par le peuple.

Un jour, on me demanda : « Es-tu croyant ou athée ? »

Réponse : « Je préfère que vous me posiez cette autre question : Tes actes et tes déclarations servent la caste dominante ou le peuple opprimé ? »

"Capables" et "tarés", version biologique

Enfin, partout dans le monde, nous assistons à l’opposition entre « jeunes » et « vieux ». En Algérie, le problème est plus aigu puisque les détenteurs du pouvoir actuel ont largement dépassé l’âge normal de la retraite. Les jeunes prêtent généralement à eux-mêmes des qualités qu’ils dénient aux vieux, notamment en matière d’innovation sociale.

Et, pourtant, qui ne connaît pas des jeunes méprisant le peuple, obsédés par l’ascension sociale à n’importe quel prix, et des vieux soucieux avant tout de défendre le peuple ?

"Capables" et "tarés", version physiologique

N’oublions pas, enfin, l’opposition entre «hommes», en mesure de tout faire, et «femmes» qui en seraient incapables, à cause de la « faiblesse » de leur constitution sexuelle. Ce dernier aspect est le plus grave dans les pays musulmans actuels.

Et, pourtant, dans ces pays, l’histoire enseigne l’existence de femmes ayant dirigé des hommes dans des conflits militaires de grande envergure. En Algérie, citons Dihya, dite Kahina, et Fatma N'Soumer.

Quelqu’un pourrait me demander : Mais toi, tu es pour les jeunes ou les vieux, pour les hommes ou les femmes ?

Réponse : Je suis pour les compétents et honnêtes, capables de gérer le pays au bénéfice de tous ses citoyens, et d’abord les plus démunis.

| Lire la 2e partie : "Amazigh", "Arabes", "musulmans" ... attention aux mots ! (II)

Kaddour Naïmi

Email : kad-n@email.com

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Commentaires (18) | Réagir ?

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deradji nair

Certes les vieux occupent bel et bien les postes clé dans ce pays mais toutes les révolutions sont sorties des université alors où sont nos jeunes dont leurs aieux avaient donné leur vie pour libérer ce pays et Boumédienne nous avait enseigné un jour que le colonialisme sortira sous le chapeau pour nous revenir sous le burnous" fin de citation. Ne dit-on pas que " la liberté ne se donne pas mais elle s'arrache". Sonnez les matines ding ding dong.

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Kaddour Naïmi

À Mr. Rabah Benali,

vous avez parfaitement raison. Puis-je me permettre de vous suggérer d’éviter les mots inadéquats. Laissons-les aux autres, non ? -:)

Kaddour

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