Emmanuel Macron fera-t-il découvrir et/ou rapatrier le grand Pavois d'Alger ?

Emmanuel Macron fera-t-il découvrir et/ou rapatrier le grand Pavois d'Alger ?

À Oradour-sur-Glane pendant la présidentielle puis une fois intronisé chef d’État, sur les Champs-Élysées lors d’un 14 juillet 2017 commémorant le Centenaire du débarquement de troupes américaines et les victimes niçoises du terrorisme, au Mémorial de la Shoah le 16 en souvenir de la rafle du Vél d’Hiv, deux mois et demi après s’y être rendu à l’occasion de la Journée nationale du souvenir de la Déportation, le candidat victorieux de la récente campagne électorale française balise une entreprise de recapitalisation symbolique rappelant celle orchestrée avant lui par Abdelaziz Bouteflika.

Depuis plusieurs semaines, l’assigné aux résidences médicales ne cesse d’ailleurs d’inviter son homologue de l’autre rive à partager un devoir de mémoire envers les martyrs d’hier, à admettre les souffrances subies par des djounoud tombés au champ d’honneur, emprisonnés ou torturés, à entériner l’acceptation de ces vérités historiques que furent les concentrations territoriales d’une population algérienne déportée à l’intérieur de zones de regroupement et de non-droit.

C’est notamment au moment de la célébration du 55e anniversaire de la Fête de l’İndépendance que, dans un message lu en son nom, l’intermittent d’El Mouradia relançait l’épineuse question de la repentance, contrition post-traumatique présentée comme indissociable du partenariat d’exception à consolider entre deux pays en quête de réconciliations pérennes. Les commissions mixtes de septembre 2017 devraient, de l’avis du ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, permettre de débloquer les dossiers inhérent à la récupération des archives de la Guerre de Libération nationale, des crânes de militants entreposés au niveau des réserves du Musée de l’homme et aux indemnisations des victimes d’essais nucléaires.

En estimant que la résolution concrète de ces points d’achoppement permettrait d’abolir les simples déclarations d’intention, de féconder une coopération algéro-française plus sereine et performative, les autorités algériennes campent sur la légitimité historique, fonds de commerce amplement thésaurisé et qu’il y a lieu de transcender, voire de panthéoniser, en le reliant empiriquement à la notion controversée de "Crime contre l’humanité". L’évoquer au titre de la colonisation française en Algérie, c’est encombrer davantage l’exil de pieds-noirs plébéiens, prendre le risque d’une baisse significative dans les sondages d’opinion ou cote de popularité, ce que constatera au mois de février 2017 un Emmanuel Macron sauvé in extrémis de l’embourbement politique grâce au soldat François Bayrou.

Pour que la seconde visite algéroise du fondateur de la "République en marche" ne pâtisse pas d’une énième levée de boucliers, quelques proches conseillers pourraient peut-être l’inciter à décloisonner le Grand Pavois que le peintre M’hamed İssiakhem et son équipe (Ali Kerbouche, Moussa Bourdine, Mohamed Nedjar, Mohamed Oulhaci, Abdelkader Tadjer, Mustapha Filali, Youcef Bendaoud, Said Bouarour, Ali Ould Aïssa et Salah Chaïb) envelopperont en 1978 d’un coffrage plutôt que d’obéir à l’injonction liminaire d’Abderrezak Bouhara, donneur d’ordre d’une destruction mémorielle.

L’ex-wali de la capitale adoptera finalement l’option qui valu à l’œuvre (des sculpteurs et architectes Paul Landowski, Charles Bigonet, Maurice Gras et Édouard Monestès) d’être sauvegardée sous une chape bétonnée à l’extérieure de laquelle des mains brisent une paire de menottes. İndemne, le Monument aux morts de la Grande Guerre ne connu donc pas le même sort que la Jeanne D’Arc de l’artiste Georges Halbout du Tanney. Scellée à droite de la Grande Poste et devant le terminus ou départ des trolleys bus, la bergère de Domremy (selon les propos de Charles Péguy) tombera à terre le 04 août 1962 (elle se dresse aujourd'hui sur la place de la mairie de Vaucouleurs). İnstallé au centre des jardins du Square Laferrière, d’où il surplombera la "Pucelle d’Orléans", le Pavois exhibait dès 1928 une Marianne au milieu de deux autochtones, un musulman et un européen. Ainsi, les admirateurs regardaient trois cavaliers en marbre blanc et tenue de spahis hissant le combattant anonyme tenu à bout de bras et à l’horizontal tout en haut du bouclier quadrangulaire ou cercueil alors que du côté arrière une frise de bas- reliefs leur montrait un duo de femmes enlacées à proximité d’un couple de vieillards ou "guerriers du sud". Ces aficionados pouvaient aussi scruter au dos des combattants algériens secourant un blessé à travers les fils barbelés et tranchées de la Guerre 14-18, conflit global planifié par le "Grand État-Major général" d’une armée allemande qui, craignant l’expansion économique de la France, Russie et du Royaume-Uni, cherchera à préserver l’hégémonie de l’industrie germanique mais précipitera au final sa chute, entraînant pareillement celle de l’empire russe, austro-hongrois et ottoman.

Tout en élevant la conscience des peuples, la confrontation planétaire entre l’ "Alliance" et l’"Entente" éveilla concomitamment l’esprit de désaliénation chez des colonisés enclins à s’émanciper des soumissions occidentales et à fructifier les principes des droits de l'Homme. Amorcée dans le giron du syndicalisme parisien, la nouvelle aperception de soi grandira après la Seconde Guerre mondiale en Algérie, là où s’opposeront sartriens et camusiens. Si à l’époque les premiers percevront dans le Monument aux morts de la Grande Guerre l’emblème type de l’ascendant propagandiste ou de l’asservissement culturel de l’occupant, et préconiseront donc sa disparition, les seconds y discerneront au contraire le rassemblement de communautés unies contre l’Allemagne hitlérienne. Or, en soulignant le 05 juillet 2017 l’engagement de Simone Veil en faveur de l’Algérie indépendante, en cataloguant "parmi les amis de ses justes causes (…), une femme marquée par la barbarie nazie", le ou les rédacteurs du discours de Bouteflika cautionnaient indirectement la thèse de l’anti-exclusion, laissaient donc supposer que la statue n’était pas à identifier aux mythes dominants de l’intrus mais plutôt, et dorénavant, au contrat cordial que relatent justement ceux prônant l’édification de relations plus apaisées entre l’Algérie et la France.

Puisque les solliciteurs habilités réclament à cette dernière du courage et de l’audace lorsque sont émises des problématiques hagiographiques ou certaines clarifications pécuniaires, ne leur faut-il pas participer au rapprochement suggéré en dévoilant aux yeux des Algérois la sculpture cachée à la fin du règne de Boumédiène ? Son "démoulage" démontrerait une envie réelle d’ouverture de la part de militaires disposés à conclure une concorde civile avec des islamistes auteurs de crimes de sang ou des salafistes branchés sur des logiciels essentialo-millénaristes, à hypothéquer, en vertu d’un renouveau dans l’authenticité révolutionnaire et cultuelle, les ressorts de la modernité.

Faute de fendre l’armure ou coque du Monument aux morts, il s’agira de le rendre à la France afin de l’exposer à Verdun, localité où il sera apprécié à sa juste valeur par des Français-musulmans bénéficiant du même coup d’une meilleure reconnaissance au sein du pays adopté.

Saadi-Leray Farid. Sociologue de l’art

Monument aux morts d'Alger

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Commentaires (1) | Réagir ?

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azrael cambyse

l'héritage francais des algeriens ne regardent que les algeriens... detruisez les symboles, les monuments, la langue c'est votre droit, inutile d'attendre je ne sais quoi des francais??