Pour une fédération autonome du théâtre libre

Scénographie de "Mon corps, ta voix et sa pensée" du Théâtre de la mer;
Scénographie de "Mon corps, ta voix et sa pensée" du Théâtre de la mer;

Dans ma précédente contribution (http://www.lematindz.net/news/24634-contre-le-mercenariat-pour-lart-autogere.html), j’ai défendu l’existence d’un théâtre autogéré. Mais, demanderait-on, comment cela est-il possible aujourd’hui ?

D’abord il s’agit de s’inspirer des expériences passées. Parmi elles je signale celle que je connais le plus puisqu’il s’agit de la mienne. Elle exista pendant quatre années (1968 – 1972), et cela en période totalement dictatoriale.

Alors, les compagnies théâtrales libres se comptaient sur les doigts d’une seule main. Aujourd’hui, il semble que leur nombre est plus appréciable.

Commençons par lever un malentendu ou, plutôt, par fournir une clarification.

Au temps de la dictature, on distinguait les compagnies dites "professionnelles" de celles nommées "amateurs"". La différence était justifiée par le fait que les premières étaient subventionnées par l’État, et donc inféodées à lui, au contraire des secondes.

Or, le Théâtre de la Mer, par exemple, était une compagnie totalement autonome. Elle demanda au ministère de tutelle d’alors l’autorisation d’exister, mais on ne répondit pas à sa requête. Néanmoins, elle exista quand même de manière professionnelle, dans le sens que : 1) ses membres vivaient (difficilement mais vivaient) du produit de leur production théâtrale, 2) le niveau artistique de ses réalisations témoignaient un professionnalisme certain, attesté tant par la critique nationale que par des observateurs étrangers.

Cependant, en Algérie, des historiens et "experts" de théâtre algérien continuèrent généralement à considérer cette compagnie comme "amateur", suivant, en cela, l’idéologie étatiste, pour laquelle seules les compagnies inféodées à elle et rémunérées par elle étaient tenues comme "professionnelles".

Aujourd’hui, il est nécessaire de s’affranchir de ce genre de distinction servile. Toute compagnie qui réalise les deux critères avancés auparavant (vivre du produit de la production et témoigner un niveau artistique conséquent) est à considérer comme professionnelle. Et pas seulement les gens qui travaillent dans les établissements financés par l’État.

Ajoutons une précision qui s’impose. Dans le passé dictatorial, comme aujourd’hui, il ne fut pas rare de constater qu’une compagnie dite « amatoriale » ait produit une réalisation nettement plus professionnelle, du point de vue qualitatif, que les pièces des théâtres subventionnées par l’État.

Cependant, il est incontestable que les compagnies autonomes souffrent de manque de moyens financiers, comme ce fut le cas du Théâtre de la Mer, dans le passé.

Comment résoudre cette difficulté ?

Recourir aux "sponsors", privés ou étatiques ?… Dans la contribution précédente, j’ai évoqué le sérieux risque que cette dépendance financière entraînerait. Certainement, les recettes du public sont et seront insuffisantes. Dès lors, que faire ?… voici ma proposition :

Créer une fédération des compagnies théâtrales autonomes, sans distinction entre "professionnelles" et "amateur". Ces deux formes ont intérêt à coopérer et à s’entraider.

Cette forme d’organisation libre et autogérée devrait étudier et trouver les moyens d’une entraide réciproque efficace. Par exemple, mettre à la disposition les uns des autres des moyens matériels, un local, une action d’information du public sur les représentations, etc.

Que les membres des compagnies parviennent à se convaincre par ce que l’expérience pratique enseigne : seule et isolée, une compagnie autonome est trop faible ; au contraire, si elle est aidée par d’autres, il est possible qu’elle puisse réussir à monter sa pièce, à trouver un public pour elle et, enfin, à engranger un peu d’argent.

Une ultime solution serait de consacrer une partie du temps à gagner un salaire par l’intermédiaire d’un travail honnête, et consacrer l’autre partie du temps, y compris une part du gain obtenu, à la production et à la représentation de l’œuvre. L’amour de l’art libre est à ce prix.

Bien entendu, comme ce fut le cas au Théâtre de la Mer, les moyens de mise en scène devraient être les plus simples possibles, pour les rendre facilement transportables ; il faut que le spectacle puisse être présenté aussi bien dans un local, de nuit, avec un éclairage adéquat, que de jour, sur une place public. Par expérience, je sais que ce n’est pas facile, mais au Théâtre de la Mer, cela fut concrétisé.

Alors, chères et chers artistes du théâtre, professionnels ou amateurs, mettez en marche votre imagination ! Et, j’espère, que la lecture du témoignage (lien ci-dessous) que je viens de publier vous aide à trouver vos propres idées pour aujourd’hui.

Pour davantage d’informations sur la manière d’agir :

"Éthique et esthétique au théatre et alentours", télé-téléchargeable ici : http://www.kadour-naimi.com/f-ecrits_theatre.html.

Kaddour Naïmi,

kad-n@email.com

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