Gouvernement-APN: jeu institutionnel biaisé en Algérie

Abdelmadjid Tebboune.
Abdelmadjid Tebboune.

Le plan d'action qu'aura à présenter - probablement au cours de la semaine prochaine - le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, devant les nouveaux députés de l'APN, est supposé tirer sa substance des orientations que le président Bouteflika a données au cours du Conseil des ministres de mercredi 14 juin.

Mais, à y regarder de près, il n'y a presque rien de nouveau sous le soleil d'Algérie. Les autorités du pays viennent de prendre acte de la chronicité de la crise financière et économique. Bouteflika dira, au cours de Conseil des ministres que "la crise des prix du pétrole s'installe dans la durée et nous impose des défis majeurs, exigeant notamment la dynamisation des reformes à mettre en place". Mais, c'est pour enchaîner aussitôt qu'il y a nécessité de "poursuivre la mise en œuvre de la politique de rationalisation budgétaire adoptée en 2016 pour redresser les finances publiques à l'horizon 2019". Faire croire que les mesures prises par l'ancien gouvernement d'Abdelmalek Sellal, par le truchement des lois de finances 2016 et 2017- lesquelles se sont focalisées sur la sur-taxation des ménages et des entreprises-, peuvent servir de base au redressement des finances publiques d'ici 2019 serait un leurre. Car, ces mesures d'austérité ne sont pas en train de puiser à partir d'une quelconque avancée de la croissance économique. Elles puisent plutôt de ce qui reste de la fausse prospérité des ménages, boostée pendant une dizaine d'années par le rehaussement des salaires. Ces derniers sont en train d'être sérieusement rognés par l'inflation. Le chômage reprend son cours ascendant suite à l'abdication de milliers d'entreprises publiques et privées devant la crise financière.

Climat d'investissement grippé

L'appel de Bouteflika, adressé au gouvernement, pour "valoriser davantage toutes les ressources et richesses dont dispose le pays, y compris les hydrocarbures fossiles conventionnels et non conventionnels, ainsi que les énergies renouvelables", tombe au moment où le climat d'investissement montre réellement qu'il est grippé, et ce, malgré l'adoption, en 2016, d'un nouveau code d'investissement, censé œuvrer à l'assainissement de l'environnement de l'entreprise (foncier, fiscalité, bureaucratie, corruption,…). Le redémarrage tant annoncé peine à se faire.

Le sens du pragmatisme, la raison et le panache voudraient que, par-delà le flop du taux de participation aux dernières législatives et des soupçons de fraude qui pèsent sur le scrutin, les nouveaux députés se mettent au travail rapidement pour prendre en charge les lourds et chauds dossiers économiques et sociaux, que le passif d'une économie rentière et la crise des revenus pétroliers n'ont pas manqué de jeter à la face des populations et du gouvernement. Ce dernier aura, dans quelques mois, à soumettre à l'APN des projets de loi dont les esquisses ont déjà été tracées, mais que la complexité et la sensibilité des sujets en question ont retardés. L'Assemblée sortante a laissé suspendus, entre autres, les projets de loi sur la santé et sur le code du travail.

Indépendamment des appartenances politiques et des prétentions idéologiques des députés, les citoyens auront à juger sur pièce. Et la manière de traiter la crise qui s'est abattue sur les Algériens depuis près de trois ans constituera la pierre de touche de toute la construction institutionnelle à venir. Depuis que la fièvre des élections du 4 mai dernier s'est emparée des partis et du personnel qui s'y est mobilisé, an a presque oublié, par exemple, que la révision du code du travail est envisagée et ébauchée depuis 2009. D'autres dossiers, aussi cruciaux les uns que les autres, attendent d'être débattus, révisés, mis à jour pour une véritable relance économique telle que les populations l'attendent depuis des années. C'est sans doute à ce prix que les polémiques et les récriminations nées des résultats des législatives, pourront, peut-être, être dépassées. Encore, faudrait-il que les nouveaux occupants du palais Zighoud Youcef prennent pleine conscience des défis qu'ils sont appelés à relever dans ce domaine.

Fossé gouvernants-gouvernés

Les conflits sociaux et les différentes atteintes à l'ordre public que le pays a connus depuis plus de deux ans donnent imparablement à méditer sur le travail qui reste à faire pour redonner confiance aux populations et réduire le fossé qui sépare gouvernants et gouvernés. C'est principalement sur le plan économique et social que se jouera cette équation.

L'on a assurément abusé et mésusé du terme de "réformes économiques" qui revient comme une vielle litanie sur la bouche des officiels, au point de signifier une chose et son contraire, la volonté de changer les choses et le plaisir à faire durer le statu quo, la velléité de casser les vieux carcans et le secret désir de voir le prix du pétrole rebondir pour pérenniser la douillette rente.

Pourtant, la crise des finances publique, qui va boucler d'ici deux semaines sa troisième année, impose des réformes claires dans la conduite des affaires publiques, qu'elles soient économiques, politiques ou sociales. Il s'agit aussi de prendre acte de quelques propositions de ces partenaires sociaux allant dans le sens de la diversification des activités et de la réhabilitation de l'entreprise en tant qu'outil de création de richesse et d'emplois. Les patrons d’entreprises sont certainement les premiers à se rendre compte de la difficulté de créer, de gérer et de pérenniser une entreprise en dehors du secteur des hydrocarbures. Le constat général fait dans ce domaine est que, ni l’entreprise privée, ni l’entreprise publique, ne trouvent leur compte dans ce qui est communément appelé l’économie rentière.

Pour les entreprises publiques, réorganisés depuis 2016 en 12 nouveaux groupes industriels, les différentes opérations d’assainissement, via le Trésor public, n’y ont apporté que des solutions de replâtrage. Les quelques privatisations faites dans les années 1990 ont été souvent mal négociées. L’arrêt du processus de privatisation ne semble pas, lui, répondre à des impératifs rationnels de gestion. La loi de finances 2017 laisse la porte ouverte à des prises de participation dans les entités publiques. Le patron du RND, Ahmed Ouyahia, vient de franchir encore le pas- contrairement à ses anciennes "convictions" en la matière-, en déclarant, il y a quelques jours, qu'il faudra penser à privatiser les entités publiques, particulièrement les incorrigibles "canards boiteux". Quant à l’entreprise privée, la défiance qui l’entourait sous le règne de l’économie administrée n’est visiblement pas encore dissipée complètement.

Un chantier législatif, mais…

Les nouveaux députés auront à légiférer sur d'autres textes règlementaires liés à la fiscalité et à d'autres domaines sensibles de l'économie et qui attendent, depuis des années, à être révisés, étoffés et actualisés selon les nouvelles donnes de l'évolution économique du pays. La crise des recettes pétrolières ne fait, en réalité, qu'accélérer le besoin de réforme. La nouvelle Assemblée ne risque pas, en tout cas, de "chômer". C'est à un véritable chantier législatif que l'on a affaire. Cependant, l'instance législative est aussi attendue sur le suivi de l'application des lois et règlements adoptés pour qu'ils ne demeurent pas lettre morte. Les députés pourront-ils user de toutes leurs prérogatives que leur confère la représentation populaire? Pourront-ils se délester du complexe lié à la fraude électorale, à des sièges monnayés et un statut salarial de super-citoyens? Rien n'est moins sûr.

Mais, au-delà même de ce chantier législatif, inscrit dans un agenda vacillant au gré des pressions et d'autres contingences, l'Assemblée nationale pourra-t-elle interroger le gouvernement sur la réalité du contenu de son "nouveau modèle de croissance". Trois ans après le début de la crise des finances publiques, le gouvernement s'est limité aux solutions fiscalistes et de réduction des importations. Les vrais leviers de la croissance, à savoir les investissements productifs hors hydrocarbures, tardent à être mis en place.

Amar Naït Messaoud

Plus d'articles de : Actualité

Commentaires (4) | Réagir ?

avatar
Algerie Algerienne

a voir la tête que fait Si Tebboune... il a l air tres decu et en colère. il a directement a faire avec le chef du gouvernement qui n a jamais ete élu... grande question d ethique.... comme qui dirait... Chkoun Nta ! en faite la grande question est pourquoi nos responsables elus ou choisis dans l administration ou l armee accepte de parler avec said boutef de questions de haut niveau et de la sécurité du pays a quelqu un qui est de la famille mais non attitré au poste comme il se doit dans les autres pays ?

avatar
Anonyme Anonyme

Déjà à l’ère des cavernes, nos lointains ancêtres avaient pris conscience de la nécessité de s’échanger des biens et des services pour survivre. Bien avant l’invention des chiffres, ils comprirent que 1 + 1 peut être supérieur à 2, pour peu qu’ils unissent leurs efforts. C’est dans ce sens que le nouveau système économique devra être fondé si toutefois nos gouvernants veulent réellement pérenniser la « paix sociale » à l’heure où l’Etat n’a plus les moyens d’accorder des subventions à tous vents et sous toutes ses formes......

visualisation: 2 / 4