Ksours d'Adrar : signe d'un échec patent du développement du Sud algérien

Des ksours, vestiges millénaires abandonnés, voire mal réhabilités.
Des ksours, vestiges millénaires abandonnés, voire mal réhabilités.

Le Sud algérien, autrefois havre de paix, antre de générosité et marque sigillée de l'identité millénaire, est en train de connaître des métamorphoses qui le font rejoindre avec les tares et les avatars de la vie "moderne" - un ersatz de modernité, devrait-on dire - que connaît la partie septentrionale du pays.

Il ne s'agit pas de verser dans une nostalgie de mauvais aloi, en regrettant le temps des méharées, des caravanes au parcours laborieux et plein de risques et de la lampe à pétrole. Cependant, la réalité est là : le bond vers un développement harmonieux et adapté à la culture des populations autochtones est loin d'être réussi. Sur le plan de l'aménagement du territoire et de la politique urbanistique, une véritable anarchie s'est installée un peu partout: A Hassi Messaoud, que le gouvernement a échoué d'ériger en ville pétrolière- où pourraient se tenir des congrès internationaux et se nouer de grands partenariats commerciaux avec l'étranger. Pire, la ville est appelée à être délocalisée à une dizaine de kilomètres, en raison des dangers (réseaux de transport de pétrole et de gaz maillant son sous-sol) qui pèsent sur ses habitations et ses infrastructures.

À Ouargla, ancienne ville caravanière, escale des voyageurs et pèlerins africains, où, aujourd'hui, la remontée des eaux usées et des eaux salées, le massacre architectural et la promiscuité constituent l'actualité la plus prégnante.

À Ghardaïa, devenue ville au cosmopolitisme anarchique et débridé, ayant dévoré le foncier et exposé les populations au danger des inondations - plus de 100 morts en 2008 -, du fait d'une frénésie de la construction qui a envahi même les lits des cours d'eau. Et dire que Le Corbusier a été inspiré, dans beaucoup de ses plans, de l'architecture mozabite. Ghardaïa se meurt également d'un "communautarisme" dont on a sciemment entretenu les clivages et les tensions.

L'anarchie s'est aussi installée à Tamanrasset, où, au milieu d'une population multiraciale (la majorité des pays africains y sont représentés), vivant de commerce interlope, le cadre de vie des populations et les services publics passent leurs moments les moins favorables et les plus incertains.

Le patrimoine culturel et historique des wilayas du Sud, constituant le fondement même de la mémoire et de la personnalité algériennes, vit également ses heures les moins fastes, faites de pillage, de dégradation et d'abandon.

L'exemple le plus récent dans ce domaine, sur lequel ont planché des spécialistes, c'est bien le sort peu reluisant réservé aux vieilles habitations de la wilaya d'Adrar, appelées ksours.

Ces vieilles habitations traditionnelles se dépeuplent à vue d'œil. Près de 300 familles, en moyenne, quittent chaque année ces habitations pour s'installer dans les zones urbaines des chefs-lieux de daïras, principalement à Adrar ville, Timimoun, zaouïa Kounta, Tinerkouk, Bordj Badji Mokhtar ou Aoulef.

Un rapport du ministère de la Culture a tiré, l'année passée, la sonnette d'alarme sur le départ de familles vers les villes, abandonnant les vieux ksours, lieux d'authenticité et de mémoire.

Il semble que la politique de l'Etat dirigée vers la réhabilitation de ces maisons typiques et l'instauration d'un cadre de vie adéquat, n'ait pas donné de résultats probants. L'attraction des milieux urbains a eu son dernier mot. Néanmoins, l'accroissement urbanistique et l'extension des villes sont loin de répondre à des normes bien établies. L'anarchie qui y règne a été justement exploitée par un grand nombre de nouveaux ménages venant des zones rurales abandonnées.

Ces dernières ne contiendraient plus, d'après certaines statistiques, que 25 % de la population totale de la wilaya d'Adrar. Le reste étant réparti sur les villes chefs-lieux de daïra. Jusqu'à un passé récent, la population rurale habitant dans les ksours représentait quelque 60 % de la population totale de la wilaya.

L'exode des populations des ksours vers les villes est, comme l'ont souligné des élus locaux, à l'occasion de plusieurs réunions de l'APW et de l'exécutif, dicté par le déficit de développement qui grève la vie dans ces vieux quartiers qui demandent aménagement et réhabilitation. On note que la plupart des services (santé, eau potable, électricité, transport public,…) y font défaut.

Les efforts de l'Etat, inscrits pourtant dans le volet du développement rural- dont l'un des axes, appelé "thème fédérateur", est justement la réhabilitation des ksours -, n'ont pas brillé par leur incidence sur la vie des populations rurales de la région. Les populations locales et la société civile - cette dernière commence à se structurer autour des grands enjeux, comme la mobilisation contre l'exploitations du gaz de schiste et pour l'emploi - s'interrogent sur l'usage qui a été fait du Fonds du Sud et des autres programmes de développement dédiés par le gouvernement à ces territoires depuis le début des années 2000.

Amar Naït Messaoud

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