"Haytham, une jeunesse syrienne", une bande dessinée contre la dictature

Une planche de l'ouvrage.
Une planche de l'ouvrage.

"Haytham, une jeunesse syrienne" paru aux éditions Dargaud est une bande dessinée qui décrit le quotidien d’une famille syrienne de classe moyenne plutôt aisée résidant à Deraa.

L'auteur Haytham al-Aswad nous raconte : "Ce que j’aimais, quand j’étais petit enfant, c’était grimper dans les citronniers du jardin, planter les oignons au pied des orangers et manger des clémentines sous les arbres." Mais ça c'était avant. C'était le temps de l'innocence.

Son père est un opposant au régime brutal d'Al Assad. A la mort d’Hafez-el-Hassad, il exulte : "Il y a une justice. Le tyran est mort." L’arrivée de Bachard Al Assad suscite un peu d’espoir avec la libération de certains opposants au précédent régime. Ceux-ci sont régulièrement reçus dans la maison familiale de Haytham pour échanger sur la situation du pays. Cette période appelée "le printemps de Damas" ne dure pas. Le régime reprend vite ses sinistres habitudes. Les arrestations reprennent ainsi que la surveillance de la population par les "Moukhabarat" (les services de renseignement).

"Le cauchemar des opposants, c’était la prison de Palmyre. Une ville antique que les touristes visitaient tous. Mais non loin des ruines, il y avait l’un des pires bagnes au monde." Un ancien prisonnier, Moustafa Khalifé, a décrit par le menu cette sinistre prison dans un livre poignant "13 ans dans les prisons syriennes", paru chez Actes Sud.

Il y a aussi la propagande et l’endoctrinement dès le plus jeune âge, avec l’organisation de rassemblements obligatoires à la gloire du président ou l’apprentissage orientée sans esprit critique.

"En Syrie, on était conditionnés dès l’enfance. A partir de la 4ème classe, vers 9 ans, on avait des cours de Qawmyia. On nous présentait ça comme des cours de nationalisme ou d’éducation civique. Sauf qu’il ne s’agissait que d’apprendre des citations d’Hafez ou de Bachar. Le matin, on nous faisait répéter le slogan du parti Baas".

En janvier 2011, quand le régime tunisien de Ben Ali vacille, la population syrienne s’interroge, serait ce possible d’agir ici ?

"18 jours ! vous vous rendez compte ? Cela fait seulement 18 jours que la révolution a commencé au Caire et Moubarak est déjà tombé ! Ca donne le vertige. Tout est possible …. Mais non, tu n’y penses pas. Ici, il y a le mur de la peur construit par Bachar et par Hafez avant lui. …. Il suffit d’une étincelle pour que la révolution éclate…"

L’étincelle arrive suite à l’arrestation de 15 écoliers de Deraa qui ont tagué sur les murs des slogans inspirés de Tunis et du Caire. Le gouvernement refuse de les libérer, des milliers de gens descendent alors dans la rue pour manifester. Un manifestant meurt, Oussam Ayach : "Le premier mort de la révolution syrienne".

La révolte gronde durant un mois, le père Haytham est contraint à l’exil. Deraa devient une ville occupée par l’armée. La vie y est devenu impossible. Arrestations massives, liquidations physiques, tortures...

"On a appelé ça Al-Hissar , "le siège". Toutes les écoles étaient fermées. L’électricité était coupée. Le téléphone et internet aussi. Un couvre-feu a été imposé qui interdisait de sortir de chez soi. Seules les femmes avaient une permission de deux heures, en fin de journée pour circuler. C’était effrayant. On entendait des tirs à travers en rafales à travers la fille."

Après plusieurs menaces, la mère d’Haytham décide de partir pour rejoindre son époux en France. Haytham relate le départ, les dangers encourus, la fuite de nuit via la Cisjordanie puis l’arrivée en France.

Une fois en France la famille est confrontés aux différences de mode de vie, la précarité mais aussi et surtout la solidarité : "Mon père se faisait prêter un appartement à Antony dans la banlieue de Paris, par son copain Sadek. Ca n’était qu’une chambre de cité U, mais ça été notre chez-nous."

En France son père poursuit la lutte. Il participe à des rassemblements, continue de militer et de publier des écrits : "Mon père passe beaucoup de temps sur Skype avec des activistes syriens dispersés de par le monde… Pour mon père, la France n’est qu’une étape. Il continue pour la Syrie de s’investir pleinement dans la révolution". Haytham remercie la France de l’avoir accueillie.

Cette bande dessinée revient avec minutie sur l’histoire contemporaine d’un pays déchiré par la guerre, la capacité d’un peuple à se soulever et les moyens de lutte contre un régime autoritaire. Elle permet aussi d’ouvrir une réflexion sur la place des pays occidentaux tant sur la notion de l’accueil que celle d’intervenant sur place. A lire.

Kira H.

"Haytham, une jeunesse syrienne" de Haytham al-Aswad est paru aux éditions Dargaud.

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