Gouvernement, c’est l’heure du mercato !

Sellal-Ouyahia, deux hommes, deux ambitions au service du système.
Sellal-Ouyahia, deux hommes, deux ambitions au service du système.

En entamant les consultations pour former le prochain gouvernement, Abdelmalek Sellal, « l’encore » premier ministre, a tenté un coup : couper court aux rumeurs faisant état de son départ.

Sur ce point, malheureusement pour lui, il a échoué. Les tentatives d’approcher le MSP, par exemple, et d’obtenir son accord pour participer au prochain gouvernement n’ont pas abouties. Le parti islamiste a fait connaître la décision prise par son madjliss-echoura : c’est non ! Jamais pourtant le MSP de Mahfoud Nahnah à Abou Djerra Soltani, ne s’est départi de sa volonté de faire dans l’"entrisme". C’est un de ses fondements politiques majeurs : pour réformer le système de l’intérieur, selon lui.

Le radical Makri, président actuel du parti en a pourtant décidé autrement ; il a entraîné dans son sillage le conseil consultatif du parti, moins 6 voix, prenant ainsi le dessus sur son meilleur ennemi et non moins rival, Abou Djerra Soltani.

Double échec pour Abdelmalek Sellal, l’encore premier ministre, si l’on ajoute l’énorme taux d’abstention au scrutin du 4 mai, où il a engagé son « joker » lors de la campagne, en promettant « urbi et orbi », que les algériens "secoués par leurs femmes" iront voter « massivement » !

L’Assemblée Populaire Nationale vient d’être officiellement installée tout comme son président Saïd Bouhadja plébiscité par ses pairs du FLN, RND, TAJ, MPA, ANR et…les députés indépendants.

Les ministres-députés- ont, bien évidemment, voté pour celui qui, depuis ce mardi, est au perchoir : vont-ils se contenter eux-mêmes de siéger à l’APN ou sont-ils en attente d’un appel pour, éventuellement, reprendre leur maroquin ? Y a-t-il eu un deal en ce sens, entre eux et les décideurs ? Ou bien ce sont-ils dit qu’il valait mieux tenir que courir, comme dit l’adage ?

C’est une question, car le mercato gouvernemental est lancé :

1. L’encore premier ministre Abdelmalek Sellal sera-t-il tenté de reprendre les mêmes et de repartir comme en 40 ?

2. Ira-t-il, par exemple, jusqu’à réhabiliter d’anciens ministres et néanmoins députés aujourd’hui :

· Comme Nadia Labidi débarquée suite au différent qu’elle a eu avec Louisa Hanoune aujourd’hui ironie du sort, sa collègue au parlement ?

· Ou Sid-Ahmed Ferroukhi et Tahar Khaoua qui n’ont pas eu l’heur de plaire à Amar Saâdani qui a obtenu leur "scalp" du temps de sa superbe ?

Maintenant que le MSP a rejeté sa proposition Abdelmalek Sellal si toutefois il était appelé, une 6ème fois à « coordonner » le gouvernement, aura toujours la ressource de faire son marché dans les rangs du :

- TAJ de Amar Ghoul qui est prêt à intégrer le gouvernement "pour l’intérêt suprême du pays, et rien d’autre", a-t-il soutenu, du MPA de Amara Benyounès qui n’attend que ça, ou encore de l’ANR Belkacem et Sahli qui depuis, ne quitte pas des yeux son téléphone, au cas où !

Dans tous les cas, le toujours premier ministre pourra compter « par défaut » sur Abou Djerra Soltani qui ne verra aucun inconvénient à intégrer le gouvernement, maintenant qu’il est moralement « démissionnaire » du MSP. Sans état d’âme, le personnage n’aura aucun difficulté, encore moins des scrupules, à travailler dans un gouvernement chargé d’appliquer en tout et pour tout « le programme du président de la République » ; manière pour lui de se venger de « l’humiliation » que lui ont fait subir Makri et consorts du MSP. Quant à Abdelmadjid Menasra, le chef du Front du Changement, parti islamiste, et non moins dissident du MSP « canal historique », il a été approché, lui aussi, avant même Mokri.Sellal ne désespère pas de l’enrôler et ainsi rendre la monnaie de sa pièce à Makri !

En revanche, avec Ouyahia et ses 100 sièges de députés, l’encore premier ministre a des soucis à se faire. Déjà, et c’est de notoriété publique, le contact n’a jamais été facile entre lui et Ahmed Ouyahia. Tous les deux aspirent à jouer les premiers rôles politiques en Algérie.

Selon El Khabar, le président du RND aurait refusé dans un premier temps de répondre à l’invitation du Premier Ministre de se rendre au Palais du Gouvernement pour discuter de la constitution du prochain exécutif. Il a fini par accepter « de mauvaise grâce » dit-on, de le recevoir à la Présidence de la République (y a-t-il un sens à donner à cette décision ?) pour lui signifier que dans les formes, il n’approuvait pas sa démarche qui ne serait qu’une « initiative personnelle ». Et pour cause, lui aussi aspire à être premier ministre !

Selon les observateurs, c’est en soi, un camouflet pour Abdelmalek Sellal, après celui qui lui a été infligé par Makri qui, pour la circonstance, a transformé le MSP de parti politique à « tribunal politique » ! N’a-t-il pas réussi à faire le procès du pouvoir, de Sellal et de son gouvernement et dans la foulée celui de Abou Djerra Soltani et de ses amis qu’il a via le madjliss echouri exécuté en direct !

Après la défiance des électeurs, c’est le temps des partis politiques de dire non. Dans le camp des démocrates, les observateurs ne s’attendent guère à une participation au gouvernement du PT, FFS ou le RCD. Cela reste peu probable du moment où le pouvoir ne voit pas en ces formations des alliés capables de le soutenir dans sa politique impopulaire d’austérité.

Affaibli électoralement et isolé politiquement, le pouvoir actuel n’a-t-il pas, maintenant, d’autres ressources que de reconduire l’équipe gouvernementale actuelle ? Ou de s’en remettre à ses alliés « naturels » : TAJ MPA ANR principalement ?

Est-ce à dire que l’espoir nourri au sein du pouvoir de mettre en place un gouvernement d’alliance avec le premier parti islamiste d’opposition en termes de voix à l’APN a échoué ? Oui, si l’on estime que l’intégration de la formation politique de Amar Ghoul ou même l’attribution d’un portefeuille ministériel à Abdelmadjid Menasra le président du Front du Changement ne changeront pas la donne.

Oui aussi si l’on estime qu’à la base, la démarche de Abdelmalek Sellal était biaisée, par la faute d’Abderrezak Makri qui lui a joué un mauvais tour, en publiant dans sa page face-book l’offre du Premier Ministre, lui-même mandaté par le président de la République. Un coup médiatique réussi par le chef du MSP, qui été décidé de torpiller l’initiative, ne serait-ce que pour tempérer les ardeurs de ses rivaux « entristes » du parti.

Tel est pris qui croyait prendre écrivait un éditorialiste : « non seulement le parti islamiste a décliné poliment la proposition qui lui a été faite, mais mieux encore, il s’est déclaré hautement déterminé à poursuivre sa ligne de conduite, signifiant qu’il ne servirait à rien, pour le pouvoir, de tenter des prolongations ! ».

Le gouvernement d’"union nationale" vanté notamment par le FLN d’Ould Abbès et dans lequel seraient regroupés tous les courants politiques (nationalistes-islamistes-libéraux) a fait pschitt ! Makri et ses partisans ont étouffé dans l’œuf la ruse du pouvoir qui a misé sur les contradictions du MSP et de l’"avidité" d’un Boudjerra Soltani, qui ne pouvait résister, dit-on, au chant des sirènes.

La démarche a échoué. Et Abdelmalek Sellal aussi. Quant aux Algériens, ce n’est pas demain la veille qu’ils verront à la tête de ce pays un gouvernement resserré, à parité égale hommes et femmes ; avec des visages neufs. Pour tiers, émanant de la société civile.

Pour l’heure, c’est le mercato où vont se bousculer des hommes et des femmes politiques qui croient, dur comme fer, que leur heure est venue ; ils ont pour nom Benhamou, Tliba, Naïma Salhi et tant d’autres qui se sont revendiqués "du programme du président de la République" ; ils se disent "prêts à servir le pays", si Abdelaziz Bouteflika en décide ainsi.

L’opposition va-t-elle réagir ? Il lui sera difficile de recoller les morceaux avec notamment le MSP d’Abderrezak Makri. Ce dernier, revigoré par le bras de fer qui l’a opposé tant aux tenants du pouvoir qu’à ses adversaires du parti qu’il a mis au tapis, a gagné en crédibilité surtout auprès des militants et sympathisants islamistes.

Il s’est taillé un costume présidentiel et l’appétit venant en mangeant, il devient un sérieux client pour 2019 ! Et aussi pour les deux « dauphins » désignés Ouyahia et Sellal.

Cherif Ali

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