Mobilisation pour la libération des détenus en Algérie

Des militants en grève de la faim
Des militants en grève de la faim

Contrôlé, hier, à son arrivée à Médéa, Me Dabouz doit se présenter ce matin à la gendarmerie pour payer une amende dont il n’avait aucune connaissance. Lors du contrôle d’identité d’hier soir, les gendarmes ont parlé d’une « contrainte par corps ». L’avocat de Kamel-Eddine Fekhar n’exclue pas qu’il soit empêché de poursuivre sa marche vers la prison de Laghouat.

Par ailleurs, quatre militants sont entrés en grève de la faim à compter de la soirée d’hier, 16 avril 2017. Ils exigent la libération des détenus politiques, d’opinion et de confession. Leur action s’inscrit dans le cadre du plan d’action du Comité National pour la Libération des détenus politique et d’opinion (CNL-DPO). Hamid Ferhi (coordinateur national du MDS), Kader Fares Afak (acteur et militant des droits de l’Homme), Moumouh Kadi et Abdelkader Kharba mettent en œuvre une décision arrêtée le 14 avril dernier.

Le CNL-DPO prévoit d’amplifier la mobilisation pour obtenir l’élargissement des détenus politiques. Ceux du Mzab, Slimane Bouhafs, le chrétien emprisonné à Sétif et d’autres citoyens emprisonnés pour leurs croyances ou leurs opinions, à l’image des Ahmadites, objets d’une campagne de harcèlement politique et judiciaire des plus impitoyables.

C’est ainsi que des efforts seront consentis pour mettre sur pied deux commissions. Une première pour enquêter sur les évènements du Mzab. Les affrontements qui ont endeuillé la vallée sont aux yeux de nombreux observateurs extrêmement suspects et une enquête indépendante pourrait mettre à jour l’implication de secteurs décisionnels du pouvoir dans le déclenchement et l’entretien de ces dramatiques évènements. Une seconde commission, composée de professionnels de la santé, demandera à examiner les détenus politiques et d’opinion. En effet, les informations les plus alarmantes circulent sur leurs états de santé et les conditions de leur incarcération.

Le CNL-DPO, inscrit son action dans la durée, mais l’urgence reste la préservation de la vie de Kamel-Eddine Fekhar, qui est à son 106ème jour de grève de la faim. Les informations à son sujet sont alarmantes. Sa santé est gravement éprouvée. Mais, les autorités algériennes adoptent à l’égard de son cas la même attitude qu’elles ont eu à l’égard du journaliste Mohamed Talmat. Ce dernier est décédé en détention dans des conditions obscures. Ses proches ont parlé d’un grave traumatisme crânien dont ils ignorent la cause. Lui aussi avait entamé une grève de la faim pour dénoncer son incarcération. Les gouvernants ont assumé la responsabilité de le laisser mourir.

Ce précédent, laisse planer les pires craintes sur le sort de Kamel-Eddine Fekhar.

Ces mêmes autorités restent sourdes aux appels de la fille de Slimane Bouhafs. Incarcéré depuis de longs mois à la prison de Setif, ce militant Kabyle, converti à la foi chrétienne, dit craindre pour sa vie. A l’approche du mois de jeun musulmans, il est l’objet de brimades, voire d’agressions. Par la voix de sa fille il demande à être transféré dans une prison où il sera moins sujet à ce harcèlement religieux sur lequel l’administration pénitencière ferme les yeux.

La question de la garantie et du respect des droits de l’homme resurgit au moment où l’ensemble de la classe politique est engouffrée de grès ou de force dans des législatives de recomposition politique. C’est du moins la portée annoncée que leur assigne le pouvoir en place. Le brouhaha qui accompagne cette joute électorale rends quelque peu inaudible la mobilisation du CNL-DPO. D’où l’interrogation de nombreux militants : faut-il attendre l’irréparable pour qu’enfin la prise de conscience se fasse ?

Mohand Bakir

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