Ma Bougie pour Fekhar

Ghardaia, une retraite de 1000 ans
Ghardaia, une retraite de 1000 ans

Contrairement à ce qu'annoncent les oraisons funèbres anticipées, la mort de Kamel-Eddine Fekhar, si elle devait survenir, ne peut aucunement revêtir une quelconque normalité. Ces oraisons sont dites pour tenter d’absoudre nos lâchetés et calmer nos consciences. Après tout, si elle advenait, la mort de ce quidam aurait été son choix à lui. De plus elle serait synonyme d’un combat mené à son bout, macabre rappelons-le. Dès lors de quoi serions-nous responsables ? De rien, absolument rien !

Restés loin du tumulte, nous serions blancs comme neige. Exempts de toute complicité avec cette autocratie gérontocratique qui s’arroge un droit de vie et de mort, de richesse parvenue et de pauvreté imparable, de gloire et dénuement. Aurions-nous fait, d’une quelconque manière, cette divinité qui méticuleusement, derrière une façade "démocratique", cultive sa propre occultation ? Un Dieu, d’un nouveau genre, qui ne cherche ni à se faire connaître, ni à se faire adorer ? Non ! De tout cela nous serions innocents. Nous serions des êtres immaculés qui respectent, en toute bonne fois, la volonté d’un homme qui choisit le martyr au lieu de voir grandir ses enfants, de mener sa carrière de médecin.

Fekhar, laisserait un testament aux algériens ! Mais où étaient-ils de son combat ? A qui laisse-t-on un testament ? A des compagnons de combat, oui. Mais à des spectateurs - et ceci dans le meilleur des cas - ? Pourquoi au bout d’un chemin si escarpé rendu plus dur par le délaissement et l’isolement se sentirait-il le devoir de nous laisser un message alors que nous refusons son flambeau ?

Il y a quelque chose d’insensé dans ces oraisons funèbres anticipées. Il y a toutes nos hontes et toutes nos peurs. Pourquoi doit-il mourir ? D’abord parce qu’il est seul dans son combat. Parce que toi tu le vois comme Mozabite et il t’indiffère qu’un zombi wahhabisé veuille sa mort. Parce toi, l’autre, tu le vois comme un Amazigh et que l’on t’a appris que les pères blancs ont programmé le berbérisme pour miner l’unité nationale. Parce que vous, tenus par vos nombrils, vous voyez dans sa colère une remise en cause de vos privilèges. Parce que les planqués des années 1990-2000 ne veulent pas que d’autres batailles occupent les rues de leurs quartiers ou les ruelles de leurs villages. Parce que… parce que.

Dans cette idée de sacrifice il y a toute la gangue de la pensée religieuse qui enchaine nos esprits. L’engagement ultime serait de mourir pour sa croyance, ses convictions et je ne sais quoi d’autre. La pensée religieuse, malgré son caractère primitif, continue à lier notre raison. Alors nous regardons un homme mourir sans sourciller, sans nous dire que son combat est une farouche volonté de vivre dont le sort dépend de chacun de nous.

Abdelmalek Sellal, Ouyahia, les Bouteflika, Gaid Salah veulent la mort de Fekhar. D’un homme libre qu’ils n’ont pas réussi à soumettre. Assurément sa mort est pour eux une victoire. Mais pour nous ? Militants républicains, encartés au RCD, au FFS, au MDS, au PST ou libres de tout sigle ? Que sera sa mort ? Devons-nous la vouloir et y consentir ? La question est posée.

Ma réponse est simple : je veux que Kameleddine Fekhar vive pour qu’il continue son combat à la face de cette caste militaro-bureaucratique dont les intérêts induisent la mise à mort de chacun d’entre nous et de nous tous réunis. Si nous nous mobilisons, nous pouvons convaincre Fekhar que désormais nous sorons êtres à ses côtés, mais mort nous ne pourrons le faire.

Mohand Bakir

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