Au Salon du livre de Paris, l’Algérie éloignée du Maroc

Invité d'honneur, le Maroc a la part belle du Salon.
Invité d'honneur, le Maroc a la part belle du Salon.

Géographiquement proche de son voisin marocain, l’Algérie se trouve habituellement à proximité de lui lors des salons du livre de la capitale française.

Mais les organisateurs l’ont du 24 au 27 mars 2017 placée à l’opposé d’un royaume chérifien qui, devenu à l’occasion le premier invité d’honneur du monde arabe (Constantine fut en 2016, ville invitée d’honneur), bénéficie d’un pavillon épuré des zelliges multicolores ou décors exotico-orientalistes. Conçu par l'agence "Oualalou-Choi" (des architectes Tarik Oualalou et Linna Choi) l’endroit (un grand rectangle de 09X18m) est agencé de parois-claustras en bois mélaminé.

Les cloisons ajourées sont adaptées à l’édition de la Porte de Versailles puisque habillées de feuilles perforées que tout à chacun peut détacher afin de se faire confectionner un ouvrage atypique à l’intérieur. Là, le visiteur déambulera entre la librairie, l’accueil, l’espace "Beauxlivres" puis se posera sur le coussin rond d’une estrade-escalier afin d’écouter l’auteur assis face à lui. Au milieu des bouquins et étagères, celui-ci restera parfaitement audible, cela contrairement aux conférenciers intervenant du côté des différents forums. Les écrivains du pays hôte ont pareillement l’occasion de se mettre à l’abri des brouhahas environnants au moment de la dédicace de leurs œuvres, une scène à part, doublée d’une zone VİP, ayant été aménagée à cet effet. Par contre, proche des stands de "France-culture" et "RTL", celui de l’Algérie se situe à l’intersection d’allers et retours, au point d’ailleurs que les romanciers venus signer le tapuscrit d’un lecteur semblent complètement désabusés.

Près des sons radiophoniques et des spectateurs montrant leur dos, ils subissent le tintamarre des uns et le désintérêt des autres. Eux-mêmes en situation inconfortable, les potentiels acheteurs préféreront assurément la tentation marocaine, notamment celle d’un restaurant aux mets succulents et raffinés Mis, volontairement ou pas, à l’écart des attractions du "makhzen", les éditeurs d’el Jzazaïr se recroquevilleront finalement à la croisée d’un marché littéraire trop réduit pour se permettre de rater les sunlights d’une littérature marocaine souffrant par ailleurs elle aussi de problèmes de distribution et de promotion, de manque de librairies et de la sélection arbitraire du ministère de la Culture, comme le démontre l’absence d’universitaires, sociologues et anthropologues de renom privés d’agora.

Saâdi-Leray Farid, sociologue de l’art

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