L’évacuation d’une mosquée en Ile-de-France tourne à l’affrontement

Une prière dans la rue pour protester contre la fermeture de la mosquée.
Une prière dans la rue pour protester contre la fermeture de la mosquée.

La police a évacué mercredi une mosquée à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), au terme d'un long bras de fer entre la mairie (Les Républicains) qui veut en faire une médiathèque et une association cultuelle qui refusait de quitter les lieux malgré une décision d'expulsion.

Alors que l'évacuation du lieu de culte s'est déroulée "dans le calme", des heurts entre manifestants opposés à cette évacuation et forces de l'ordre se sont produits devant le local et la mairie, selon des sources concordantes. En signe de protestation à cette décision, des prières ont eu lieu dans l'après-midi devant la mairie. Vers 8 h 30, les serrures des entrées de la salle de prière de la rue d'Estienne-d'Orves, en plein centre-ville, ont été soudées par les autorités alors que le bâtiment était vide. Mais une cinquantaine de fidèles ont réussi à s'y introduire et ont débuté un sit-in, avant d'en être délogés par les forces de l'ordre.

A l'extérieur, l'atmosphère était plus houleuse, avec la présence de 300 manifestants "hostiles" dans la matinée, selon la police. Une centaine d'entre eux ont bloqué le boulevard devant l'édifice aux cris de "Rendez-nous notre mosquée !" et se sont dirigés vers la mairie. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour les contenir, selon la source policière. Trois policiers ont été légèrement blessés dans ces heurts et un manifestant de 53 ans a été placé en garde à vue pour violence sur personne dépositaire de l'autorité publique, selon la police.

Le lieu de prière avait été aménagé sous la précédente municipalité socialiste et loué sous un "bail précaire" à l'Union des associations musulmanes de Clichy (UAMC), qui comptait le racheter. A l'échéance du bail, le nouveau maire (LR) Rémi Muzeau, élu en 2015, avait décidé de transformer le lieu en médiathèque, tout en inaugurant en mai un nouveau lieu de prière dans sa ville. Mais l'UAMC juge cette mosquée des Trois-Pavillons excentrée et trop exiguë. Le Conseil d'État avait confirmé en novembre 2016 une décision d'expulsion prise en référé par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Des médiations vaines

Une procédure sur le fond est toujours pendante auprès de ce tribunal, selon l'UAMC. Ce même tribunal a enjoint en décembre 2016 l'UAMC, qui continuait à occuper les lieux illégalement, de payer des astreintes et Rémi Muzeau a à plusieurs reprises demandé le concours de la force publique pour faire évacuer le local. Les tentatives de médiation du préfet se sont révélées vaines. L'UAMC a refusé de s'installer sous un chapiteau et dans un local proposés par la mairie et "le dialogue ne s'est pas renoué", a déploré la préfecture. Muzeau s'est pour sa part réjoui de pouvoir récupérer l'usage d'un local "en vue du projet de médiathèque tant attendu par les Clichois".

Le Collectif contre l'islamophobie en France a de son côté dénoncé une "évacuation brutale et injustifiée". "Les tapis de prière foulés par les bottes des CRS symbolisent terriblement la manière dont les autorités +gèrent+ le culte musulman en France: une relation basée uniquement sur le contrôle d'une population, par des injonctions et humiliations répétées", estime le collectif dans un communiqué. Une nouvelle prière de rue doit avoir lieu jeudi à 16 h 30, selon les organisateurs.

Avec AFP

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Commentaires (1) | Réagir ?

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urfane

Il est nullement inscrit qu'il faille prier autre part que chez-soi. La France, me semble-t-il, est une terre chrétienne tout comme l'Arabie où l'on ne suspecte pas l'ombre d'une église, est musulmane. Il est donc normal que ce pays tente de préserver sa spécificité culturelle, laquelle d'ailleurs participe de la diversité universelle tout comme les mosquées d'Alger, de Casablanca ou de Tombouctou...