Smaïl Zidane, le père de Zizou, la star de foot français, s’épanche

Les Zidane lors de la réception que leur avait accordé Abdelaziz Bouteflika.
Les Zidane lors de la réception que leur avait accordé Abdelaziz Bouteflika.

Le père de l’ancienne gloire de l’équipe de France de football raconte sa vie et celle des siens.

Que les lecteurs soient avertis, il n’est que très peu question de Zizou. Sur les chemins de pierres d’Aguemoun au Stade de France raconte avant tout l’histoire de Smaïl Zidane, le père.

Alors que la guerre pour l’indépendance fait rage en Algérie, Smaïl Zidane se trouve en France. Sa crainte ? Etre enrôlé dans l’armée française. "C’est une obligation, mais pour moi ma guerre est ailleurs. Partir sous les drapeaux m’empêcherait d’envoyer des mandats à ma famille et ça, je ne le veux pas, je ne le peux pas", écrit-il. Au fil des pages, c’est un homme tout entier dévoué à sa famille qu’on découvre. Smaïl Zidane donne une photographie assez juste de ces émigrés partis en France pour "se sacrifier pour la famille".

Smaïl Zidane offre quelques pages assez instructives sur les menaces qui pesaient sur les Algériens pendant la guerre.

"J’évite les cafés (ceux que je fréquentais avec d’autres Algériens ont été fermés), les cinémas, tous les endroits clos où on n’est jamais à l’abri d’un tabassage, d’une rafle". Le 17 octobre 1961, l’auteur qui n’a pas l’habitude de manifester a pourtant répondu comme les milliers d’Algériens à Paris à l’appel de la Fédération de France du FLN.

"Le FLN a demandé à mes compatriotes d’être présents et de venir les mains et les poches vides d’armes ou de tout objet pouvant ressembler à une arme. C’est donc une manifestation pacifique. Le service d’ordre envoyé par le préfet de police Maurice Papon ne l’est pas lui. Il va se déchaîner sur nous. Débordés par l’afflux de manifestants, des CRS tentent de nous refouler, ils frappent avec leur matraque et blessent des nôtres qui n’ont rien d’autre pour se défendre que leurs mains. Les gens reculent, effrayés. Dans le reflux, la panique, des femmes tombent sur leurs enfants, des poussettes sont écrasées. Il y a des cris, des hurlements, du sang…Ensuite mes amis et moi sommes arrêtés et conduits dans des autobus vers des centres d’identification, la plupart d’entre nous atterrissent au Palais des sports de la Porte de Versailles".

L’homme parle de son épouse avec une tendresse que ne connaît pas chez nous. Racontant ses dimanches en famille, il écrit : "Assise sur le sable, sous un parasol, Malika ne nous quitte pas des yeux. Elle sourit, mais je la connais : elle doit se demander si elle a mis assez de crème solaire sur le dos des petits".

C’est à un exercice de confessions très touchantes que Smaïl Zidane s’est exercé dans ce livre. Pas de grande révélation sur la star mondiale de foot qu’était son fils Zidane et de nombreuses pages sur la vie de ces familles d’émigrés qui s’installent dans les années 1970 et 1980 en France avec toutes les difficultés qu’on peut imaginer.

Le football s’est invité dans la famille par Noureddine, l’aîné de la star Zizou. Ce dernier signe une licence pro à 14 ans à l’AS Cannes et offre une voiture neuve à son père en marquant un simple but à l’équipe de Nantes le 10 février 1991. Mais le joueur garde les pieds sur terre. Son père veille au grain. Il en a vu d’autre l’enfant d’Aguemoun, en Kabylie. C’est dans le foyer de jeunes travailleurs où il résidait que Zinedine Zidane rencontre Véronique sa future épouse. "Un coup de foudre réciproque ! Mon fils ne marche plus seul à présent, et cela me réconforte qu’une femme aussi attentionnée et sérieuse l’accompagne", confesse le père.

Zizou marque son entrée en équipe de France avec deux buts salvateurs face aux Tchèques qui menaient au score. Il n’était alors que réserviste. Mais quelle entrée !

Dans le brouhaha des stades, Smaïl Zidane n’oublie pas son pays. "Mon Algérie s’embrase pour de longues années que je n’aurais jamais imaginées".

Cependant les lecteurs ne sauront rien ou presque de cette invitation de Bouteflika à la famille de Zinedine Zidane et ce qui avait été dit lors de la cérémonie. En revanche, la famille a été accueillie dans le sud algérien avec tous les égards pour une star mondiale.

"Indépendamment des honneurs que le gouvernement fait à mon fils et à sa famille, il y a tous les gens qui viennent nous accueillir, comme à l’aéroport Tissaka de Djanet où nous sommes acclamés", se rappelle Smaïl Zidane.

Kassia G.A.

Smaïl Zidane, "Sur les chemins de pierres d’Aguemoun au Stade de France" chez Michel Lafon

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Mohamed Nassim Bouhedli

Merci pour l'article, que je trouve très intéressant...