Les langues amazighes en voie de disparition (II)

Salem Chaker assurant un cours de tamazigh pendant les années de plomb.
Salem Chaker assurant un cours de tamazigh pendant les années de plomb.

Lorsqu’on regarde la carte des langues en danger dans le monde (figure1), on se dit : on n’est pas pire qu’ailleurs ; il ne s’agit surtout pas de se comparer entre pays ou entre continents, car on est tous dans le négatif.

Qui sont-ils ces Amazighs d’Algérie dont la langue est en danger ?

C’est comme si nous venons tous de passer un examen d’un cours dont la note de passage est 60% et nous avons tous obtenu des notes variant de 0 à 40%, mais nous nous consolons parce que nous sommes dans la moyenne du groupe. Le résultat est que nous allons tous refaire le cours une deuxième fois. Malheureusement, pour les langues maternelles, on n’a pas toujours la possibilité de refaire. Toutefois, je m’éloigne un peu de la question qui est posée plus haut et je trouve que c’est important de mettre des visages sur ces Amazighs, nos frères et nos sœurs, qui risquent de devenir des orphelins de leur langue maternelle.

Les langues qui sont dans une situation critique : ce sont des langues qui probablement vont s’éteindre dans vingt-cinq ans.

- Le tidikelt est la langue amazighe des habitants de la région du centre sud de l’Algérie où se situe la ville d’In-Salah et plusieurs autres oasis aux alentours. La population est estimée à moins de 60 000 personnes.

- Le tamazight d’Arzew est parlé au sud de la ville d’Oran et dans la baie d’Arzew. Cette population de l’ouest nord algérien est estimée à 2000 personnes.

- Le zenatiya est la langue parlé par les habitants de la région des Ouarsenis incluant la ville de Tissemsilt située au centre nord de l’Algérie à l’ouest de la capitale Alger. La population est estimée à 50 000 personnes.

Les langues qui sont sérieusement en danger : ce sont des langues qui s’éteindront approximativement dans cinquante ans.

- Le taznatit ou le tamazight de Gourara (ou Touat) est la langue des habitants de la région du centre sud de l’Algérie incluant les villes de Timimoune, Adrar et Tamentit. La population est estimée à 400 000 personnes.

- Le korandje, un langage hybride du tamazight, est parlé par les habitants de l’oasis Tabelbela de la ville de Béchar dans le sud-ouest de l’Algérie. La population est estimée à 3000 personnes.

- Le tagargrent ou tamazight d’Ouargla est la langue des habitants du sud de l’Algérie des villes d’Ouargla et de Ngouça. La population ne dépasse pas les 15 000 personnes.

- Le touggourt est la langue des habitants de la région du sud-est de l’Algérie des villes de Touggourt, Temacine, Meggarine, Ghora, Tamellaht, Blidet-Amor, Tébebest et Tamast. La population est entre 8000 et 10 000 personnes.

- Le tasnusit est parlé par les habitants de la région de Beni Snous de la ville de Tlemcen dans le nord ouest de l’Algérie. On ne possède pas de statistiques fiables sur cette population qui ne peut dépasser les 1000 personnes.

Les langues qui sont dans une situation vulnérable : ce sont des langues qui peuvent s’éteindre dans un siècle.

- Le tamahaq (ou tahaggart) est la langue des habitants de la région du profond sud-est de l’Algérie (Ahaggar et Ajjer) où se trouvent les villes de Tamanrasset et Djanet. La population est estimée entre 110 000 et 140 000 personnes.

- Le tamzabit est parlé par les habitants de la région du M’Zab du centre sud de l’Algérie, c’est là où se situent les villes de Ghardaïa, Beni-Isguen, El-Ateuf, Mélika, Bou Noura, Berrian et Guerrara. La population est estimée à 150 000 personnes.

- Le tayurayt (ou tamazight n Iyurayen) est parlé par les habitants de la région de Gouraya et de ses alentours (à l’ouest de Cherchell) de la ville de Tipasa au nord de l’Algérie juste à l’ouest de la capitale Alger. La population est estimée à 15 000 personnes.

- Le tacenwit est parlé par les habitants de la région de Cherchell où se trouve la ville de Tipasa à l’ouest de la capitale Alger sur la côte nord de l’Algérie. C’est la où se trouve le Mont Chenoua, Nador, Bou Ismaïl, Hamadia, Damous, Larhat, Marceau, Sidi Amar, Sidi Mousa, Ain Tagouirt et Ténès. La population est estimée à moins de 80 000 personnes et il y a peut-être que la moitié de celle-ci qui parle encore la langue.

Figure 4 : situation des langues amazighes.

Conclusion

En Algérie, s’il n’y a pas une prise en charge réelle de l’État des langues amazighes, ce qui n’est pas le cas actuellement, dans 50 ans il ne restera que six langues sur les quatorze et dans un siècle, il ne restera que deux. On imagine facilement dans quelle situation seront-elles.

Sabih Yaïci

[1] Site Internet de l’UNESCO sur les langues en danger dans le monde.

NB. Les nombres fournis dans cet article sont approximatifs.

Lire la première partie : Les langues amazighes en voie de disparition (I)

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