L’Occident redécouvre les vertus du politique et de l’histoire

Donald Trump, le président des USA et Theresa May, le Premier Ministre britannique, le couple d'enfer.
Donald Trump, le président des USA et Theresa May, le Premier Ministre britannique, le couple d'enfer.

On est encore loin de pouvoir mesurer tous les effets potentiels de la venue de Trump à la tête des USA. On connaît grosso modo ces projets politiques concernant des pays ou des institutions, Mexique, Chine, Iran, Union européenne, OTAN etc… Mais les effets collatéraux qui sont soient ‘’invisibles’’ ou bien ne sont pas médiatisés, n’attirent pas l’attention. Pourtant dans le champ de la confrontation idéologique, ces effets ont leur importance.

Les médias par exemple qui sont dans la ligne de tir de Trump sont ébranlés dans leur piédestal du 4e pouvoir. Il faut dire que la presse américaine a pratiqué la technique de l’intox derrière le rideau de l’info et Trump président n’a pas eu de mal à la discréditer. Les médias en général ont sous-estimé les réseaux sociaux qui se sont avérés de redoutables concurrents car ces réseaux font entendre des voix indépendantes ou singulières interdites dans les grands médias. D’ailleurs Donald Trump avec les 140 signes de son compte tweeter se passe de la presse et c’est avec un plaisir un tantinet sadique qu’il est en train "d’envoyer au chômage" les journalistes qui ne sont plus des courroies indispensables pour sa communication.

Un autre effet collatéral "invisible" et d’importance touche le champ du corpus des valeurs et des règles qui régissent à la fois l’économie du marché et les rapports entre le politique et le juridique. Dans le cas des USA dont le système repose sur leur sacro-sainte constitution, cesdits rapports sont ébranlés par des décisions d’un président qu’un simple juge d’une ville décide de suspendre. Pareille friture entre les deux pôles du pouvoir, présidence et constitution n’augure rien de bon. Un autre effet collatéral touchant les règles de l’économie risque de chambouler le commerce mondial si Donald Trump persiste dans ses obsessions.

Mais avant de développer ce point, il n’est pas inutile de faire référence à un autre président américain qui a "malmené" l’économie pendant son mandat, Ronald Reagan lui aussi était un homme de "communication". Ce dernier est arrivé au pouvoir en même temps que la "dame de fer" anglaise, Margaret Thatcher. Ces deux aventuriers de l’économie de marché ont manié le sabre pour détricoter les règles existantes au nom de la nécessité de "libérer" les énergies. On a vu la casse qui s’en est suivie notamment en Angleterre où la grande industrie traditionnelle du pays a rendu l’âme au profit des services et de la bourse de Londres devenue le paradis fiscal légal pour tous les investisseurs et autres "fraudeurs" en cols blancs.

Eh bien l’Américain Donald Trump, (en compagnie encore d’un premier ministre anglais, cette fois Theresa May), est en train de revenir sur ces règles de la liberté des échanges. "Nos" deux complices américano-anglais, à la place des barrières douanières pour collecter des taxes, élèvent autour de leurs pays carrément une muraille de Chine. Ah la Chine que ne se sert de sa muraille, la vraie, que pour attirer les touristes car à Davos son président a crié haut et fort en "bon communiste" du 21e siècle son amour pour la liberté des échanges. Le monde à l’envers !!!

Face à cette véritable contre-révolution qui touche aussi bien les règles du commerce international et que des traités entre Etats (1) (accord nucléaire avec l’Iran), Trump ne fait pas trembler uniquement les ennemis politiques de son pays mais aussi ses alliés aussi sûrs que traditionnels, en l’occurrence cet Europe qui a "engendré" la puissante Amérique. C’est pourquoi aujourd’hui cette Europe se pose la question de "Que faire" ? Interrogation célèbre d’un révolutionnaire qui, à son époque avait ébranlé ses rêves de domination.

Cette Europe est donc à la recherche (Rencontre à Malte) de points d’appui pour rétablir un minimum de rapports de force pour pouvoir exister en tant qu’Union Européenne menacée par les "extravagances" de ce président atypique.

Sortant du confort de ses rêveries dans un monde qui lui réussissait, l’Europe redécouvre les vertus, les vrais qui régissent les rapports entre les forces en présence, à savoir les vertus de l’Histoire et du Politique ! Ces deux catégories philosophiques ne sont pas inconnues ou étrangers à sa civilisation. Philosophes et historiens, notamment John Keegan, n’ont cessé de dire que les transformations sont toujours liées à l’histoire d’un pays ou d’un groupe historiquement constitué et qu’à la tête de ce pays ou groupe, on trouve toujours le Politique. C’est ainsi que l’Histoire prend sa revanche puisqu’on voit un économiste, (les économistes sont devenus aujourd’hui les coqueluches des médias) dans un grand journal français suggérer de mettre à la retraite le très prestigieux Français Montesquieu et le remplacer par l’Allemand non moins prestigieux Carl Von Clausewitz. Ainsi le calme et la volupté de "L’esprit des lois" de Montesquieu sont délaissés au profit du bruit et la fureur du guerrier Carl Von Clausewitz auteur de la célèbre formule "la politique c’est la continuation de la politique par d’autres moyens".

Il est bon et louable de chercher une méthode pour dépasser des obstacles mais il est encore meilleur d’opter pour celle qui a "l’onction" (la caution) de la noblesse du politique et des leçons de l’Histoire.

Mais pour atteindre cet objectif, il faut cerner les raisons qui ont poussé un pays à élire un Donald Trump et introduire dans le raisonnement les forces et les dynamiques qui font "bouger" le monde d’aujourd’hui. Ce n’est pas en se délectant dans les délices de la psychologie du personnage Trump que l’on aidera les gens à évaluer les dangers politiques de sa venue au Pouvoir. Parier sur ses éventuels revirements ou bien sur une éventuelle destitution pour raisons psychiatriques ou bien compter sur le baroque et éventuel coup d’Etat suggéré par des journaux "people" (2), ça distrait la galerie du naïfs à la recherche de sensations fortes mais ne rend pas service au Politique. Et quand on fait l'impasse sur ce dernier, l’histoire nous apprend que des "originaux" peuvent se transformer en monstre….

Ali Akika, cinéaste

Notes

(1) Les accords entre Etats sont respectés même en cas de changement de gouvernements. Sinon l’Etat "réfractaire" perd sa crédibilité comme une vulgaire républicaine ‘’bananière’’. Et plus sérieusement le non respect d’un accord se paie très cher, parfois par la guerre.

(2) Ces élucubrations ne sortent pas de mon imagination, c’est rapporter par la presse dite ‘’sérieuse’’.

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Massinissa Umerri

Franchement, je ne comprends riena votre machin. Juste apres le serment de defense de la Constitution, Trump affirme "Le carnage des Etat-Unis et son Peuple, s'arrete ICI ET MAINTENANT !" -... et fini, le bla bla bla des politiciens qui parlent et parlent que pour parler et ne delivre rien.

Il etait entoure' de 5 Ex-Presidents, les 8 Super-Juges, et 500 elus du Congre'.

C'est la voix de l'electorat Americain, la mienne incluse, qui s'est exprime'e.

La specialite' des Trump, herite'e de son pere, est d'acquerir une vieille batisse et la transformer en une forteresse de luxe.

Je ne vois franchement pas, ce que vous reprochez a Trump - De denoncer la corruption et de s'y attaquer? Quand aux Europeens, et toutes ces institutions inutiles, son message est clair: "Walk the talk, or get out of the way... "

Si seulement les 40 millions de bourikoux adoptaient une telle attitude, les choses seraient autres, et vous auriez quelque chose d'autre a faire, que critiquer sans critiquer...

Quand a la comparaison avec Reagan, elle n'a pas lieu d'etre. Le 1er est un acteur dans le monde de la fiction et, le 2nd un batisseur de CONCRET.