Chakib Khelil 2017 : le retour du sauveur ou du filou ? (IV)

Chakib Khelil au cours de sa tournée dans les zaouïas.
Chakib Khelil au cours de sa tournée dans les zaouïas.

Dans un Moyen-Orient qui détient 66% des réserves pétrolières mondiales, l’Arabie saoudite constitue un allié de première importance pour les Etats-Unis qui lui assurent une protection militaire depuis l’accord historique du 14 février 1945 (Pacte Protection contre Pétrole).

Epilogue :

Cette alliance a poussé les Saoudiens à exporter leur idéologie wahhabite et à s’impliquer avec ses alliés du Golfe dans des conflits armés pour renforcer leurs dictatures. L'Arabie saoudite a financé le développement de mouvements salafistes radicaux dans plusieurs pays, dont l’Algérie. Les évènements du 11 septembre 2001 n’ont pas freiné la propagation du wahhabisme au niveau international. Curieusement, la feuille de route des félons qui s’attellent depuis ces quinze dernières années à détruire l’Algérie, se rapproche des fondements de l’alliance américano-wahhabite, à savoir le transfert de la rente pétrolière aux puissants contre leur protection pour la consolidation d’une dictature qui aspire à un modèle de société rétrograde qui viole les droits de la femme.

En conclusion, Chakib Khelil et son mentor ont semé les graines de la destruction du pays en s’assurant qu’il n’y aura ni transition énergétique, ni ressource humaine qualifiée capable d’imaginer et de bâtir une voie de sortie. Leur objectif est d’instaurer, grâce au chaos, un nouveau régime qui ferait allégeance à l’axe américano-israélo-saoudien.

Le retour de Chakib Khelil et l’organisation par la présidence des parties de chasse à l’outarde à partir de 2017 remet au goût du jour ce paragraphe écrit par l’auteur en 2014: "On constate aujourd’hui que l’organisation des parties de chasse à l’outarde pour les émirs ne suffit plus à arrêter les manœuvres d’encerclement à nos frontières et les agressions financées par les commanditaires étrangers. Bientôt, si on ne réagit pas, on sera forcé de s’aligner en rangs serrés pour accueillir l’Oncle Sam, envoyer à la casse les chars et les avions russes, acheter de l’armement américain, continuer à détruire l’économie et l’éducation du pays, instaurer la charia et renforcer le code de la famille pour ne pas faire de l’ombre à l’Arabie saoudite, et surtout inviter Israël à ouvrir une ambassade à Alger (lematindz le complot)."

Au niveau des instruments, la provocation est l’instrument privilégié du Clan qui l’utilise à chaque étape pour prendre la mesure de l'apathie du peuple avant de passer à l’étape suivante. Le Clan sait que notre "acceptabilité sociale" est à l’apogée et qu’il peut continuer à lancer de nouvelles razzias sans se sentir concerné par la crise financière. En Tunisie, il a suffi qu’un jeune chômeur s’immole pour déclencher une révolution. Quand le nom du premier ministre d’Islande a été cité dans le "Panama Papers", la population est sortie dans la rue pour exiger son départ. Il fut un temps où une simple rumeur de trahison ou de corruption faisait réagir tout le peuple algérien. Si nous ne réagissons pas, c’est parce que nous sortons d’une longue période de terrorisme destructeur. Nous sommes fatigués, impuissants et désorganisés face à ceplan machiavélique qui s’appuie sur des médias sous contrôle et bénéficie du silence timoré, ou même complice des opposants officiels. Après sa réhabilitation par les zaouïas, le citoyen a fini par comprendre que le retour de Chakib Khelil au gouvernement serait l’ultime provocation, un signal indiquant le début de la fin pour l’Algérie. Ce sera alors le début d’une nouvelle ère, celle de la matraque et de la peur du lendemain.

Nous sommes pratiquement vaincus et incapables de répondre aux mensonges quotidiens car les analyses de nos lanceurs d’alerte sont erronées, faute de données fiables sur notre économie. Le Clan s’est même offert, dans le cadre de sa propagande, les services rémunérés d’experts autoproclamés qui rédigent des articles mensongers pour rassurer l’opinion publique. Même la Banque d’Algérie a été instruite pour arrêter la publication de ses notes de conjoncture et ne comptez pas sur les douanes algériennes pour vous communiquer des statistiques fiables.

Les analyses du FMI sont délibérément biaisées pour donner de fausses assurances au peuple algérien. En octobre 2014, M. Zeidane, représentant du FMI, en visite de travail à Alger, a indiqué que l’Algérie peut basculer dans 20 ou 30 ans d’une position nettement positive à une position négative (Réf. Le jeune indépendant 02/10/14).Deux années plus tard, on voit qu’Il y a un zéro de trop dans ses chiffres prévisionnels.

Certains pensaient que la crise de "Panama papers" allait créer la panique parmi les septuagénaires qui nous gouvernent et que les rats quitteraient le navire. Ils ont tout faux. D’autres (et j’en fais partie) ont avancé que Bouteflika qui aime distribuer (inégalement) la richesse, démissionnerait pour raison de santé car il n’est pas enclin à partager la misère. Nous avons tous perdu de vue qu’il s’agissait d’un complot organisé et exécuté depuis 20 ans ! C’est un système bien huilé qui nous dirige vers l’abattoir et l’état de santé ou le départ du Président importe peu.

Les économistes algériens se trompent quand ils affirment que l’Algérie n’est pas solvable et qu’elle connaitra, très prochainement, une crise financière qui va bouleverser l’establishment. Les enjeux autour de l’Algérie sont trop importants pour qu’un plan de déstabilisation en cours d’exécution depuis vingt ans soit abandonné par des parrains puissants alors que le but est si proche.

Les parrains veilleront à ce qu’il n’y ait pas de crise financière durant ce 4e mandat car l’heure du véritable chaos, liée à la crise énergétique, n’a pas encore sonné pour l’Algérie. Ils se sont mobilisés pour qu’un accord sur la défense du prix du pétrole soit signé à Alger et surtout, pour en attribuer le mérite à Boutarfa, ministre de l’Energie (Boutarfa a sauve lopep). Le gouvernement décrochera des prêts pour acheter du temps en échange de compensations inavouables. Les parrains demanderont en retour la réactivation de nombreux dossiers civils et militaires (loi sur les hydrocarbures, ouverture du capital des sociétés stratégiques, vente ou cession du foncier industriel et agricole, privatisation du sous-sol minier, bases militaires etc..). Qui va garantir ce programme politique au niveau du gouvernement ?

Pour Hocine Malti (hocine malti ils ont ose), Chakib Khelil aurait un poste important au sein du gouvernement, une sorte de garantie sachant qu’il va satisfaire les exigences des investisseurs/prêteurs étrangers et ainsi gagner cinq années avant la véritable apocalypse qui va provoquer la guerre civile.

Certains journaux se sont ralliés à cette thèse surtout depuis qu'il a été lavé de tout soupçon par des zaouïas qui l’ont qualifié de Sauveur. Même s’il n’est pas désiré, tous les Algériens l’attendent comme on attend une prophétie de Nostradamus. "Il dépouillera le peuple et enrichira les siens", disent-ils.

Dans la Grèce antique, on consultait les oracles avant de prendre des décisions. Chez nous, on consulte les zaouïas. Pour ne pas être en reste, le Chef du gouvernement a sollicité la baraka de Sidi Mohamed Benouda du côté de Relizane. Il a déclaré récemment: "Certains prédisent à l’Algérie l’apocalypse, nous sommes des croyants, nous n’irons pas en enfer. Je suis venu dire la vérité, dit-il, tout le monde sait que je ne raconte pas n’importe quoi, et je peux vous assurer que les indicateurs laissent entrevoir que nous n’allons pas sombrer comme certains le prédisent. L’année 2017 se déroulera normalement, il n’y aura pas de problèmes…"

L’avenir de nos enfants est réduit à une visibilité de douze mois. Il n’y a vraiment pas de quoi être rassuré. Alors qu’en face, Paris, ville candidate aux JO de 2024 depuis 2015, construit un dossier qui reflète "sa vision à l’horizon 2024 des jeux durables, sobres économiquement, et démocratiques" !

Tant que la succession du président Bouteflika, qui fêtera au printemps prochain ses 80 ans et sa 18e année de règne, n’est pas à l’ordre du jour, il ne se passera pas grand-chose avant l’apocalypse. Les élections législatives sont la priorité absolue du Clan Bouteflika. Saâdani a démissionné pour que le FLN retrouve une sérénité interne afin de préparer cette grande fête sans trop indisposer les pseudo-partis d’opposition. L’objectif est d’avoir une chambre d’enregistrement particulièrement docile pour permettre à Chakib Khelil de réintroduire son programme de privatisation du secteur des hydrocarbures. Hugo Chavez est décédé. Il ne viendra plus à notre secours.

Chakib Khelil 2017 n’est donc ni le retour du sauveur, ni celui du voleur. Il revient avec son vrai visage, celui de l’assassin financier milliardaire et amateur de tableaux de maîtres qui vient terminer sa mission en échange d’une très forte rémunération.

Y a-t-il de l’espoir pour notre pays ?

Le sort de l’Algérie dépend de l’heure du réveil de son peuple, bercé par le biberon de la rente pétrolière et par les mensonges des médias. Hélas, notre peuple a été conditionné pour se comporter comme un animal humain, un néandertalien qui vit au jour le jour. Je vous invite à méditer l’oracle chinois suivant : "Si vous voulez détruire un pays, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en pertes humaines. Il suffit de lui détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre vingt ans, et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs. Il vous sera alors très facile de les vaincre."

On y est. Comme un animal, le peuple réagira quand i laura peur d’avoir faim et froid. Mais ce sera trop tard car les félons, qui ont déjà pris leurs dispositions,auront quitté le pays en laissant, derrière eux, misère et désolation. Quel sort (peu enviable) nous attend ? Celui de l’Irak, de la Libye ou de la Syrie?

Quand Boutarfa a été placé sous contrôle judiciaire, il donnait toujours la même réponse pendant ses interrogatoires: "c’était Chakib Khelil qui décidait de tout." (Boutarfa sous contrôle judiciaire). Effectivement, Chakib Khelil décide de tout puisqu'il en a fait un ministre.

La baisse des prix du pétrole a dévoilé partiellement la stratégie (de statu quo) de Bouteflika (la baisse des prix) mais le secret est encore bien gardé. On dit qu’il n’y a que Dieu qui connaît sa stratégie. "Moi, je sais, et Dieu, un peu", aurait déclaré Bouteflika. La situation de l’Algérie reste grave et préoccupante, surtout depuis le retour de Chakib Khelil qui confirme que l’ennemi n’a pas renoncé à sa proie.

Nous savons que l’absence de remise en cause du schéma de partage de la rente permet au système de maintenir la paix sociale jusqu’en 2019 grâce aux réserves de change. Mais pour plusieurs représentants du système, dont Ouyahia et Chakib Khelil, le statu quo jusqu’à l’épuisement des réserves est une démarche suicidaire. Il faut en déduire, à notre avis, que le régime, impliqué dans les scandales de corruption, restera solidaire du clan Bouteflika mais n’acceptera pas le modèle actuel car il a besoin d’une visibilité au-delà de 2019.

Le programme proposé par l’argentier Chakib Khelil, ce "mal nécessaire", est un nouvel arbitrage sur le partage de la rente qui va sacrifier des pans entiers des alliés du régime, notamment les barons de l’importation, et qui risque de menacer la paix sociale avec la révision des subventions.

Nous allons probablement assister bientôt à un resserrement des alliances de partis et de personnalités proches du pouvoir, une sorte de tentative de retour à la case départ pour tenter de trouver une solution consensuelle sur l'après-Bouteflika afin d’éviter d’être surpris par un éventuel retour aux urnes avant la fin du 4e mandat. Cette solution passe par la désignation, parmi les lièvres identifiés (y compris les islamistes), d’un candidat du consensus, qui va perpétuer le pouvoir avec les mêmes mécanismes de gouvernance et surtout garantir l’impunité au régime. Il est évident qu’on risque de s’orienter vers un retour au tout sécuritaire dans la mesure où le nouveau mode de distribution de la rente ne pourra pas assurer la paix sociale.

En fait, le modèle de l’argentier n’est pas destiné à sortir le pays de la crise mais au contraire à mieux l’enfoncer. Il va permettre de justifier des opérations de bradage du secteur des hydrocarbures avant le chaos économique et social qui sera déclenché par la chute de production d’hydrocarbures (bombe à retardement programmée par l'ingénieur pétrolier Chakib Khelil qu’on ne pourra pas désamorcer avant dix ans au moins). Le régime qui devra faire face à plusieurs fronts risque d’y laisser des plumes. Quelle que soit l'issue, tout ira très vite comme en Irak, en Libye ou en Syrie, ces pays très riches qui découvrent aujourd'hui la misère. Le régime algérien découvrira alors qu'il s'est fait piégé comme l'ont été tous ces dictateurs avant eux. Le fait de rester caché derrière le rideau n'y changera rien.

L'objectif des manœuvres est avant tout géopolitique. L'Algérie est aujourd'hui entièrement encerclée par des pays alliés de l'Otan qui vivent de l'aumône des fonds des pays du Golfe. La menace est très perceptible. Si l'Algérie refuse de jeter à la casse son armement d'origine russe, elle sera détruite car la véritable cible de la feuille de route de Bouteflika a toujours été le régime qui l'a intronisé président à vie. On entendra alors le cri du fou du roi " Echec et Mat" du fond de sa propriété à Washington ou de son Ranch au Texas.

Avant la fin de ce 4e mandat, on ne pourra plus cacher l'existence d'un complot planifié visant à créer une pénurie énergétique et à épuiser rapidement toutes nos ressources pour livrer l'Algérie pieds et poings liés au FMI ou à l'ONU. Les personnes en charge de la sécurité nationale ne pourront pas dire au peuple : "On ne savait pas, c'est l'américain Chakib Khelil qui décide de tout".

Seule une armée débarrassée de ses brebis galeuses pourrait sauver l’Algérie en cooptant, avant 2018, une personnalité intègre pour diriger un gouvernement de salut public. Pour obtenir l’adhésion du peuple, la justice réformée doit instruire tous les scandales de corruption, condamner les coupables et tenter de récupérer les milliards de dollars détournés et les biens immobiliers mal acquis à l’étranger. Ce n’est qu’à ce prix que le peuple pourrait accepter d’adhérer à la démarche. Il faut absolument reprendre le flambeau du président Boudiaf assassiné en direct à la télévision par des lâches qui continuent à se cacher derrière le rideau et à manipuler une marionnette handicapée pour s'enrichir.

Sid Kaci

Lire les premières parties :

- Chakib Khelil 2017 : le retour du sauveur ou du filou ? (III)

- Chakib Khelil 2017 : le retour du sauveur ou du filou ? (II)

- Chakib Khelil 2017 : le retour du sauveur ou du filou ?

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mourad fakou

Source: Q. O.

Exportations hors hydrocarbures ou fuite de capitaux officialisée ?

par Mourad Benachenhou

Les toutes récentes statistiques officielles indiquent que l'Algérie possède des réserves de change équivalant à 114 milliards de dollars, et que le déficit de la balance commerciale pour l'année 2016 est estimé à 17 milliards de dollars.

Des projections pessimistes sur la situation financière extérieure de l'Algérie

Si on ajoute à ce dernier montant la somme de 15 milliards de dollars qui refléterait les payements effectués à des opérateurs étrangers pour les services de tous types exécutés sur le territoire national, ainsi que pour les transferts liés aux bénéfices et rapatriement de capitaux étrangers dans notre pays, la balance des payements pour 2016 aurait connu un déficit de 32 milliards de dollars, en augmentation de 2 milliards de dollars par rapport à l'année 2015.

Un déficit est par définition une différence négative entre les recettes et les dépenses, ou plus précisément, entre les sommes en devises reçues de l'étranger, d'un côté, et de l'autre, les payements effectués en devise au profit d'opérateurs étrangers. La réduction des réserves de changes indique que ce déficit de la balance des payements a été comblé par une ponction sur ces réserves.

Les projections de recettes d'exportation des hydrocarbures, qui, malgré les multiples promesses et déclarations volontaristes des plus hautes autorités politiques et financières du pays, continuent à représenter plus de 95 pour cent des rentrées de devises, pourraient, au cours des prochaines années, s'établir à un niveau en deçà des dépenses en devises nécessaires non seulement pour les besoins de consommation de la population, mais également pour les besoins en matières premières, produits semi-finis, et équipement de tous types pour les activités de production et d'investissement nationaux.

L'Année 2020, tournant funeste

La question qui se pose est la suivante : au rythme actuel d'évolution négative de la balance des payements, en combien d'années les réserves de change arriveront-elles à un niveau exigeant soit le recours aux emprunts extérieurs, qu'ils soient de type financier, ou directement liées à des activités commerciales, soit la réduction des dépenses en devises au niveau des recettes d'exportations, avec les conséquences périlleuses qu'une telle austérité causerait ?

Pour effectuer cette projection, on peut partir des hypothèses suivantes, qui apparaissent réalistes au vu de l'histoire récente de la balance des payements algérienne, et des prévisions d'évolution des prix du pétrole sur les marchés internationaux :

-On pourrait se baser sur un chiffre d'importation incompressible de 55 milliards de dollars sur les quatre années à venir, auquel on ajouterait les quelques 15 milliards de dollars de payements extérieurs pour les services facteurs et autres sorties de devises liées aux investissements étrangers en Algérie.

Donc, chaque année, la Banque centrale algérienne aurait une facture de 70 milliards de dollars à payer pour toutes les dépenses engagées sur des biens et services fournis par des opérateurs économiques étrangers.

On prendrait ainsi comme hypothèses supplémentaires :

-que les importations resteraient stables et qu'elles suffiraient à couvrir les besoins de consommations comme de production, sans excès de tension ou pénuries, et sans effets négatifs sur la croissance économique du pays,

-que le taux de change du dollar par rapport à la monnaie principale d'importation, qui est l'euro, resterait suffisamment stable pour ne pas aboutir à l'augmentation de la facture des payements extérieurs, et

-que les prix des biens et services achetés à l'étranger resteraient eux aussi relativement stables pendant la période de projection.

D'autre part, on pourrait, face à ces dépenses, tenter d'effectuer une projection aussi réaliste que possible du prix moyen du pétrole brut permettant d'évaluer le montant approximatif des recettes en devises qui pourraient être attendues.

On pourrait choisir l'hypothèse optimiste d'un prix moyen du baril de pétrole à 65 dollars, qui est dans la fourchette acceptée d'évolution de son prix, établie entre 55 dollars et 70 dollars, au cas où aucun évènement majeur ne vienne soit réduire ce prix projeté, soit aboutir à son augmentation.

Avec toutes ces hypothèses, aussi réalistes les unes que les autres, on arriverait à des recettes d'exportation des hydrocarbures, arrondies à 43 milliards de dollars sur la période de calcul. Ajoutons à ce montant 1 milliard de dollar pour les recettes provenant réellement de biens et services hors hydrocarbures.

Des exportations hors hydrocarbures dont la moitié est constituée par des dérivés des hydrocarbures !

Car il faut noter que dans ces recettes, on inclut actuellement des dérivés des hydrocarbures, qui ont représenté, au cours de ces derniers années, en moyenne 50 pour cent des « exportations hors hydrocarbures, » alors qu'elles devraient s'ajouter en toute spécificité, aux recettes en hydrocarbures, ne constituant que des sous-produits dépendant de la production de ces hydrocarbures, et dont difficilement séparables d'eux à la fois techniquement et commercialement.

Donc, dans la meilleure des hypothèses, la balance des payements algérienne connaitrait un déficit annuel de :

70 milliards – 44 milliards = 26 milliards de dollars annuellement.

Un simple division indique que les réserves en devises actuelles s'épuiseraient en 4 années et quatre mois, et qu'il faudrait, après cet épuisement, et en supposant que la règle de bonne gestion suivant laquelle on doit maintenir en permanence des réserves de changes égales à au moins 6 mois de dépenses d'importations commerciales, c'est-à-dire pour l'Algérie approximativement 28 milliards de dollars, ce qui ramènerait les réserves de change disponibles à 114 milliards – 28 milliards = 86 milliards de dollars, et ramènerait à 3 années et 4 mois la période où les autorités publiques pourraient être placées devant le choix risqué soit d'une brutale réduction des importations et de la production nationale, soit d'un recours massif à l'emprunt extérieur avec ses aléas politiques et financiers imprévisibles.

L'optimisme est-il possible ?

Les autorités publiques disposeraient-elles d'éléments permettant un plus grand optimisme que celui qu'invoquent les projections proposées ici ? Est-il possible qu'il y ait une inversion dans le marché pétrolier international ramenant les prix des hydrocarbures à leur niveau maximum de 110 dollars le baril ? Ou les mesures actuelles de réduction des importations de produits de seconde nécessité vont-elles avoir un effet bénéfique sur la balance commerciale, et donc sur le déficit de la balance des payements ? Verrait-on une chute brutale des produits importées, ou même une sensible réévaluation du dollar par rapport à l'euro, ce qui réduirait encore les dépenses en devises du pays ? Va-t-on vers une brusque découverte par les investisseurs étrangers que leur nouvel Eldorado serait l'Algérie, sur laquelle ils déverseraient des milliards de dollars pour tirer avantage des bénéfices fiscaux et autres promis par son code de l'investissement ?

On pourrait multiplier les hypothèses les plus optimistes qui pourraient conforter les autorités publiques dans leur approche quelque peu gradualiste au problème des équilibres financiers extérieurs auxquelles elles sont confrontées et qu'elles attaquent par une politique de coups d'épingle. Ces hypothèses n'ont, hélas ! aucune base réaliste et palpable, et ne pourraient être que des rêveries d'un « promeneur solitaire. »

Gouverner, c'est maintenir l'espoir, et on ne peut pas blâmer ces autorités de diffuser un message d'optimisme, à condition qu'elles évaluent avec réalisme la situation dangereuse dans laquelle l'Algérie est placée, du fait que sa structure économique s'est détériorée depuis son ouverture et l'expansion des activités du secteur privé, qui a été loin de répondre aux espoirs de voir émerger une classe de vrais entrepreneurs, non de gagnes-petits plus moins inféodés au système politique, et en tirant des profits à la fois immérités et immoraux.

Compter sur le secteur privé pour diversifier les exportations ? Une illusion futile et irresponsable prouvée par les chiffres !

Bien sûr, reste le « serpent de mer, » qui est constitué par les « exportations hors hydrocarbures » dont la moitie est représentée, comme il a été rappelé plus haut, par des produits dérivés des hydrocarbures, et le reste par un inventaire digne du poète humoriste français Jacques Prévert. Quant à la rubrique « sucre » dans ces exportations, - qui représente en moyenne 240 millions de dollars par an- elle ne peut être considérée comme une exportation hors hydrocarbures, car, comme tout un chacun le sait, et il suffit de faire une recherche simple sur l'internet pour constater que, si l'Algérie « exporte » du sucre, elle ne le produit pas, ou plutôt, elle ne le produit plus depuis la disparition de la culture de la betterave sucrière dans la région de Khémis-Miliana et la fermeture de l'usine de traitement de la betterave en 1970, c'est-à-dire il y a déjà 46 années de cela.

Proclamer que l'Algérie produit du sucre est au moins une contre-vérité, et, au plus un mensonge dangereux, car délibéré.

On peut classer dans la spéculation boursière cette exportation, qui est en fait de la réexportation d'un produit boursier brut, après son raffinage, qu'ont revend comme produit boursier raffiné, en jouant du coût moins élevé de ce raffinage, en termes de main d'œuvre, et surtout d'énergie, par rapport aux raffineurs d'autres pays, et en gardant à l'extérieur du pays, une partie des devises ainsi gagnées.

Il faudrait, évidemment, plus qu'une simple constatation du fait qu'il s'agit là essentiellement d'une exportation à but spéculatif sans impact positif sur l'équilibre de la balance commerciale comme sur la balance des payements, et destinée à alimenter, au vu et au su de tout le monde, une fuite de capitaux présentée comme une contribution positive à la diversification des exportations. Seule une analyse comptable approfondie de cette « exportation » permettrait de mieux en cerner l'impact sur les équilibres financiers extérieurs du pays. On voue aux gémonies « l'opacité de l'Etat, » certainement à juste titre dans le domaine de la politique économique, quelque peu vague et pleine d'incohérence.

Mais, cela n'empêche nullement de proclamer, en particulier dans cette phase cruciale, qu'il est probablement temps que l'on exige du secteur privé, et plus spécifiquement de ceux qui naviguent dans son océan à pleines voiles, la transparence dont l'absence est tant décriée dans la gestion de l'administration publique !

En conclusion

Peut-on compter sur l'apparition miraculeuse d'industriels qui se consacreraient corps et âme à la création d'une industrie exclusivement exportatrice, à l'exemple des industriels japonais après la seconde guerre mondiale, ou des groupes industriels coréens, qui, partant littéralement de zéro après 1962, concurrencent les pays industriels ayant plusieurs siècles d'avance sur eux ?

Serait-on à la veille d'une révolution industrielle, -dont aucun signe n'apparait dans le mode de conduite des affaires à « l'algérienne, » -permettant d'espérer que ce déficit de la balance des payements pourrait voir sa solution dans une multiplication par 15 des exportations hors hydrocarbures pour les 4 années cruciales à venir ?

Pour l'instant on ne voit rien venir et on a même l'impression que nos privés algériens, profitant de l'évident vide politique et de la paralysie que connait le système de prise de décision au sommet, deviennent encore plus cupides, et voudraient élever d'un cran leur appétit, en jouant de leurs muscles politiques pour s'emparer d'une plus grande partie de la rente pétrolière et assurer leur main mise tant sur l'économie que sur le système de gouvernance du pays.

Vouloir dépasser cette phase en s'appuyant sur le secteur privé, et en comptant sur l'initiative et les forces du marché, c'est aller tout droit vers la même situation que celle qui a causé les évènements de 1988 et a jeté les fondements des évènements sanglants de la décennie noire, dont on continue à vivre, même marginalement, les effets.

Ainsi, dans cette phase où des décisions urgentes sur le plan économique doivent être prises, avant l'échéance cruciale de 2020, qui viendra plus rapidement qu'on ne pense, on constate que la rhétorique de la classe politique au pouvoir n'a pas changé, et que l'on continue à suivre la méthode « Coué, » tout en prenant des mesures marginales et bien en deçà de celles dictées par la gravité de la situation économique et financière du pays.

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moh arwal

Le scenario evoqué en conclusion de l'article est possible, il faut garder espoir dans notre jeunesse. Tout a été dit et rien n'a été dit.

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