Une ville, une histoire : Mansourah

Mansourah
Mansourah

Maintes civilisations et envahisseurs se sont relayés en Algérie faisant de ce vaste territoire, à travers ses villes, un pays très riche en histoire. En effet, ses villes et villages sont les témoins vivants d’une mémoire dont nous pouvons être fiers, et ce de la Numidie jusqu’à l’Algérie d’aujourd’hui. De ces villes, on citera celle de Mansourah, située dans l’Ouest algérien.

Mansourah, signifiant "victorieuse" en arabe, est une commune située au centre de la wilaya de Tlemcen. Elle fut construite par le sultan mérinide Abou Yacoub Youcef. Mansourah est surtout connue pour ses vestiges datant du XIVe siècle qui sont un rappel des conflits fratricides entre les Abdalwadides et les Mérinides. En effet, convoitée par ses voisins mérinides de Fès, Tlemcen eut à résister plusieurs fois à leurs assauts. Et, sous le règne du Zianide Abou Saïd Othman, elle eut à se défendre contre un siège qui dura huit longues années (6 mai 1299 - 13 mai 1307). Le sultan mérinide Abou Yacoub Youcef fit alors ériger une ville au voisinage de la cité assiégée. Ce fut un champ militaire établi par le sultan mérinide et ce au début du siège en 1299. Cette édifice improvisé reçu le nom de "Elmahalla Mansourah" c’est-à-dire "le champ victorieux" et s’est peu à peu transformé en une véritable ville avec la construction d’une mosquée, d’un palais royal, d’un hôpital, le tout, défendu par une muraille. Durant ce siège, Mansourah devient alors la ville officielle et le siège du gouvernement mérinides dans le Maghreb central. Ce n'est que suite à l'assassinat du sultan mérinide Abou Yacoub Youcef par l'un de ses esclaves qu’il fût mit fin au siège où il y eut 120 000 morts parmi les Tlemcéniens, avec pour conséquence le retour des mérinides à Fès et l'abandon de Mansourah. Aujourd’hui, il ne subsiste de cette gracieuse cité, que fût jadis Mansourah, que les parties nord et ouest des remparts qui formaient autre fois l’enceinte de la ville et la mosquée par son magistral minaret.

La mosquée de Mansourah aurait été construite vers 1303 par le sultan Abou Yacoub, mais qui fut assassiné avant l'achèvement de son œuvre. La mort du souverain ayant été suivie immédiatement de l'évacuation de Mansourah par les mérinides, les travaux n'auraient repris qu'en 1336 à l'époque de leur retour lorsque Abou Hassan ben Otman qui rebâtit la ville. En effet, après le départ des mérinides, Mansourah qui rappelait aux tlemceniens huit années de souffrance et de deuil, fut ruinée par eux ; l’enceinte elle-même fut en partie démantelée. Ce ne fut qu’une trentaine d’années plus tard, lorsque les mérinides revinrent, sous la conduite du sultan Abou Hassan ben Otman, pour assiéger Tlemcen en 1335 que Mansourah fut restaurée. Bien que moins de deux ans après les assiégeants pénètrent Tlemcen, exactement le 1er mai 1337, ce fut pourtant à Mansourah que le roi mérinide, maître de Tlemcen, conserva sa résidence, dans le palais de la victoire qui s’élevait à l’Est du village actuel, sur une éminence, d’où l’on jouit d’un point de vue admirable. L’emplacement de ce palais est encore marqué aujourd’hui par des murailles ruinées. Le retour des souverains zianides sur le trône de Tlemcen en 1348, marqua la ruine définitive de la ville mérinide. En 1352, nouvelle occupation pour sept ans : Aboû Inân, fils d’Aboû al Hacen, conquis de nouveau Tlemcen.

Pourtant, la mosquée, ne fut jamais complètement achevée et ne demeurent debout que le périmètre de ses murs et la moitié antérieure de son minaret. Un plan reconstitué à partir de fouilles montre que cette mosquée s’étale sur un rectangle de 60 m de large sur 85 m de long. La mosquée qui comporte treize portes est entourée d’une enceinte. Elle présente une cour quadrangulaire de 30 m de côté, ornée d’une fontaine qui était entourée de portiques sur trois côtés, à l’est et à l’ouest, des portiques triples constitués par le prolongement des nefs de la salle de prière, et un portique simple au Nord. La salle de prière qui ouvre directement sur la cour comporte treize nefs perpendiculaires au mur qiblî, qui s’interrompent trois travées avant le mihrâb. Un espace carré surmonté d’une coupole qui occupe la longueur de trois nefs est placé devant le mihrâb, projeté de part et d’autre de trois nefs parallèles au mur qiblî. Le mihrâb, véritable petite pièce s’inscrit dans un espace rectangulaire en saillie sur le mur.

De part et d’autre, deux portes ouvrent sur deux petites pièces. Le minaret quadrangulaire est accolé au mur de la mosquée, dans l’axe du mihrâb ; seuls quatre niveaux subsistent. Son décor se déploie dans des encadrements rectangulaires où les vides et les pleins animent sa surface avec une alternance d’ouvertures et d’arcs polylobés aveugles. Sur la face nord, un réseau losangé est formé de briques en relief autrefois rehaussé de céramique. La porte principale s'ouvre à la base du minaret qui fait saillie au milieu de la face nord-ouest. Le minaret, bien que découronné de son lanternon, se dresse à 38 m. Une petite porte s'ouvrant dans la mosquée, sous la galerie antérieure de la cour, donnait accès à la rampe qui, par sept révolutions autour du noyau central, montait jusqu'au niveau de la galerie supérieure. Cette rampe était éclairée par de larges ouvertures percées au milieu des quatre faces et par des jours plus petits dans l'axe des rampes. Les murailles, d'un développement de quatre mètres environ, délimitaient une superficie de 100 ha. En pisé, épaisses de 1,50 m et hautes de 12 m, flanquées de 80 tours, elles ont à peu-près disparu à l'est et au sud.

Durant l’époque coloniale française, les vestiges de ce site historique a fait l’objet d’un classement en 1900 et a connu des travaux de restauration et d’entretien effectués pendant la période coloniale et post-coloniale par les architectes des monuments historiques. Mansourah, qui constitue aujourd’hui un site archéologique d’une valeur inestimable n’a pas encore livré tous ses secrets. L’histoire de cet espace, témoin d’un passé à la fois glorieux et tourmenté, est toujours en quête d’une valorisation. C’est un lieu à visiter lors de votre passage à Tlemcen.

Mohamed Benotman

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