"Ali" Juppé vs François "Fliou" : identité(s) et culture(s) au menu !

François Fillon et Alain Juppé, les deux finalistes de la primaire de droite et du centre en France.
François Fillon et Alain Juppé, les deux finalistes de la primaire de droite et du centre en France.

Qu’importe le vainqueur de cette primaire de droite demain, elle nous aura offert des instants sublimes de splendeurs et de contradictions dont seuls les politiques possèdent l’aplomb et le don nécessaires et suffisants pour faire feu de tout bois et nous gratifier de moments savoureux de rhétorique hasardeuse.

Il n’échappe à personne que le succès fracassant de François Fillon est dû, en premier lieu, aux grandes gaucheries de Nicolas Sarkozy. Les deux dernières lui ont été fatales. Et, quoiqu’en aient conclus divers analystes, l’affaire du menu frite-jambon n’en fait pas partie ! La première de ces deux maladresses dévastatrices pour l’ex-président fut la réponse insolente adressée à David Pujadas, dans laquelle il allégua honte et indignité au service public en adoptant une posture de mépris extrême et violent envers le journaliste qui ne faisait que son travail de médiateur en direct. La deuxième, et de nombreux collègues (de gauche) m’ont fait part du déclic anti-Sarkozy qui les a poussés à se rendre aux urnes des primaires, fut cette attitude de citoyen supérieur aux côtés de la fière "Carlita", le matin même du scrutin. Qui n’a pas été surpris et outré par ce faufilement indécent à travers la longue file d’attente ? Un ex-président et une ex-première dame qui ne s’encombrent point de délicatesse pour s’en aller gaiement, au mépris des hommes et des femmes, qui pour certains attendaient leur tour depuis de longues heures, voter avant les autres !? N’est-ce pas là le bel exemple de privilège abusif que le simple citoyen ne supporte plus ? Sarkozy l’aura, à ses dépends, bien tard appris !

Au-delà du programme politique, le citoyen est avant tout en attente et à l’affût de droiture et d’exemplarité à travers des modèles irréprochables de comportement. D’ailleurs, la remarquable montée de François Fillon n’a quasiment rien à voir avec son logiciel de réformes. Elle est due essentiellement à ces petites phrases percutantes débitées souvent en fin de débats pour s’approprier la position de candidat sérieux et irrépréhensible. Et son succès est attribuable bien plus à une réaction collective de psychologie comportementale que de programme raisonnable, car en fin de compte, que dit et que promet François Fillon qui ne déborde dans le terrain de promesses et de démagogie du Front National ?

- Contrairement à ce qu’annonce le candidat favori, Jeanne d’Arc, Clovis, Voltaire et Rousseau sont toujours au programme dans le cursus primaire-collège et lycée ! Il eut fallu, pour se détacher de telles improbabilités, oser annoncer que l’éducation républicaine, seule à même de construire le citoyen accompli de demain, est celle qui amplifie le message voltairien qui consiste à encourager tout un chacun à "cultiver son jardin" sans empiéter sur la parcelle des autres. Le choix de Voltaire est le seul qui s’impose pour éviter aux jeunes Français d’aujourd’hui, ceux des cités livrés aux salafisme compris, de tomber dans le piège du djihad demain !

- Le plombier qui gagne plus que le médecin !? Quelle caricature de la part de celui qui passe son temps à distinguer de la caricature partout, même là où il n’y en a pas ! C’est vrai que les artisans, électriciens, plombiers, chauffagistes, etc… réclament des tarifs souvent excessifs, mais ces excès se justifient par un poids fiscal exorbitant, comparé à celui du médecin. Résultat des courses, c’est au citoyen d’en supporter les conséquences. À cet égard, François Fillon promet des allégements conséquents qu’il était grand temps d’introduire ! Toujours est-il que diminuer le mérite du plombier par rapport à celui du médecin est d’un élitisme peu amène pour le commun des mortels. Une société saine, libre, égalitaire et fraternelle ne se doit-elle pas de fonctionner avec les talents de tout un chacun, quantifiés sur une échelle horizontale ou très peu inclinée ?

Au milieu d’un flot de contradictions que seul un politique aguerri sait en chevaucher les vagues avec habileté, il est néanmoins utile de reconnaitre, en toute objectivité, à François Fillon son attachement solide à la Famille, avec toutes les consonances naturelles et sociales que l’on se doit d’y adjoindre. Car soyons sérieux, cette histoire d’adoption par des couples contre-nature est intégralement contre-nature aussi ! Un enfant est issu d’un papa et d’une maman, point barre. Si l’évolution de l’espèce consiste à défier les lois de dame nature sous prétexte d’une intelligence et d’une tolérance supérieures, alors autant faire exploser la planète par l’arsenal nucléaire des Russes et des Amerloques ! Après tout, les armes nucléaires sont aussi le fruit de l’intelligence. Un fruit que Kim il Sung le déséquilibré possède aussi !

- Le point décisif qui confère à François Fillon, en cette veille de second tour, une avance irrattrapable se situe certainement au voisinage de la culture et de l’identité que la France peine à canaliser suivant un schéma convenable pour tous ses citoyens. Voir Alain Juppé étaler son chagrin du fait que des internautes aient osé transformer son prénom en Ali, le mufti de la grande Mosquée de Bordeaux est, à cet égard, fort révélateur ! Mais il faut s’en réjouir Alain et considérer ça comme un honneur dont te gratifient les musulmans de France, au nom du gendre et compagnon de notre vénéré prophète, au lieu de s’en offusquer gauchement ! Est-ce donc une tare insupportable que de porter un prénom Maghrébin ? Dans les années 1970, un animateur de la radio Kabyle d’Alger s’amusait gaiement à nous raconter des histoires drôles, avec pour unique héros un certain Ali n’Delon ! Nous nous en amusions d’autant plus que cela amplifiait notre considération envers ce monstre sacré du cinéma, soudainement devenu, à nos yeux naïfs, Algérien comme tout le monde ! Alain devenant Ali Juppé, c’eut été faire preuve de hauteur en s’en amusant au lieu de s’en offusquer !

À travers de telles attitudes, il est facile de percevoir la position malsaine de supérieur que le p’tit Gaulois s’octroie. Un rang élevé impossible à rabaisser pour le ramener à celui d’un référentiel d’égalité authentique pour tous! S’appeler Ali, prénom de colonisé, quel sacrilège pour le colon Alain ! Car soyons sérieux, il s’agit encore et toujours de relation entre colon et colonisé. Alain est le colon, Ali se doit de se contenter du rôle et de sa position d’eternel soumis. Le siècle dernier ce fût d’Alger à Tamanrasset, ce siècle naissant, c’est de Marseille à Dunkerque !

À cet égard, François Fillon verse dans une surenchère dangereuse en affirmant vouloir casser la baraque pour mieux la reconstruire ! En termes d’égalité et de fraternité, tel positionnement extrême est néfaste et préjudiciable à la construction d’une France multidimensionnelle dans sa multiracialité ! D’ailleurs, à la question "reconnaissez-vous la dimension multiculturelle de la France", François Fillon répond avec aplomb, sans la moindre moue ni le moindre soupçon d’hésitation, ses larges sourcils bien fixes : NON ! Un NON péremptoire avant de poursuivre :"La France a sa culture, les étrangers qui s’y installent se doivent de s’y intégrer et s’y assimiler !". Quel jeu pervers de racolage et de clin d’œil aux électeurs du FN quand on sait que Monsieur "Fliou" a énoncé il y a peu que la colonisation fut un partage des cultures ! Si l’on suit telle dialectique jusqu’au bout, la culture du colon se partage, mais celle du colonisé elle s’efface si elle refuse de se confondre avec celle de nos seuls ancêtres à tous, les Gaulois! Drôle de rhétorique pour le destin de la France de liberté d’égalité et de fraternité !

Peut-être est-il temps de clarifier les choses en modernisant la devise, en l’accordant aux descendants de Clovis et de Vercingétorix et pas aux autres ! Encore faut-il assumer le chantier d’analyses génétiques que cela sous entend pour séparer le bon grain Gaulois de l’ivraie indigène qui le pollue ! Pauvres humains ! À l’heure où la Science sait faire remonter nos origines jusqu’au croisement avec l’homme du Neandertal, nous en sommes encore à chercher noise à tort et à travers pour refuser l’idée d’une génétique commune ainsi que l’immense richesse que porte la notion de multi-culturalité !

Pourtant, quelle belle avancée et quelle belle victoire sur tous ces préjugés extrêmes si Juppé et Fillon décidaient d’assumer ces charmants sobriquets d’Ali et Fliou en toute alacrité ! Nul besoin de jurer par tous les saints, de la Mecque au Vatican, que tous les Arabes se sentiront immensément fiers d’être Français, et que même la Marine bleu-nuit, nous la rebaptiserons en petite "m’rioula" nationale adorée et célébrée dans chacune de nos cités, de jour comme de nuit !

Bon vent Ali ! Bon vent Fliou !

Kacem Madani

Plus d'articles de : Algérie-France

Commentaires (2) | Réagir ?

avatar
klouzazna klouzazna

Il est claire que l'unique mission affectée à ses deux candidats par leurs tuteurs du patronnat ... c'est de les débarasser de ce boulet de l'impot sur la fortune qui les empéchent de dormir la nuit !!! pour le peuple d'en bas, c'est la promesse d'une casse sociale garantie !!!

avatar
Hend Uqaci Ivarwaqène

Nighak a Madani ath sendafedh !

« Car soyons sérieux, il s’agit encore et toujours de relation entre colon et colonisé ». J’aurais rajouté « qui s’assument » !

Juste ya3ni des fois qu’ils croiraient que noukni on aurait oublié.

« Pourtant, quelle belle avancée et quelle belle victoire sur tous ces préjugés extrêmes si Juppé et Fillon décidaient d’assumer ces charmants sobriquets d’Ali et Fliou en toute alacrité ! » Que c’est beau !

. Et quand tous les français s’appelleront A3li et Mohamed, nous on changera de prénoms pour Pierre et François, ainsi on inversera cette fameuse relation « colon-colonisé ». Donc oui : A3li n’Juppé et François Fliou ! Il n’y pas de raison qu’ils en chient pas

Mais j’va kamim raconter une histoire.

Un Ami Marocain avait donné comme prénom à son Fils : "Mohamed". A chaque fois que la maitresse appelait le pauvre mioche ses camarades rigolaient bruyamment. Ça choquait tellement Mohamed qu’il demanda à son père de changer d’école.. ou de prénom. Le père fit les deux. Dans la nouvelle école, il alla voir la nouvelle maitresse, lui expliqua le problème et lui dit de ne plus appeler son fils Mohamed mais Pascal.

Il y'a de l'idée, en inversant les rôles!