"Abranis c'est une idée, une musique et un style"

Karim Abranis.
Karim Abranis.

Karim Abranis c'est un demi-siècle de rock kabyle, de chansons à succès, de scènes internationales. Avec ses musiciens, il a ouvert les portes du rock à l'expression kabyle. Les Abranis ce sont des rythmes qui font planer les mélomanes, mais aussi des textes puissants.

Le Matindz : Une question sur le groupe pour raconter son origine aux nouvelles générations. Comment est né Abranis ?

Karim Abranis Le groupe Abranis est né dans l'imaginaire d'un jeune ado de 14 ans en 1964 en France. Fasciné que j'étais par les performances et surtout l'enthousiasme que produisaient les Beatles sur leurs fans à la moindre apparition mais aussi les films d'Elvis ou d’autres groupes pop-rock dans ces années-là. Epoque à laquelle sont nés les plus grands groupes de rock tels les Stones, Pink Floyd, Led Zeppelin… On peut dire qu’Abranis fait partie de cette cuvée de la jeunesse mondiale qui était contre la guerre qui faisait rage au Vietnam à cette époque, ou encore la jeunesse de mai 68, de Woodstock et tout le mouvement Peace & Love.

Il nous semble qu’Abranis est un concept particulier, car d’année en année l’on a pu remarquer de nombreux passages de musiciens comme le batteur Arezki Baroudi, le bassiste Maurice Zemmour puis une nouvelle génération de musiciens avec vos fils Belaid Branis et Youva Sid etc. Ce n’est pas un groupe figé en soit ?

En effet ! Abranis n'est pas un groupe figé sur quelques personnes, c’est plutôt un concept, une idée, un discours, bien sûr une musique et un style mais aussi une story, une philosophie, une équipe heureusement d'où sa pérennité. La liste des musiciens qui sont apparus dans ce concept dépasse la cinquantaine !

Vous êtes né dans une région de montagne, où la musique moderne, notamment le style rock, était absente, pourtant cela ne vous a pas empêché dès le début de votre carrière de choisir cette musique ?

Sachez que je suis parti en France à l'âge de 13 ans et c'est en France qu'a germé cette idée de fonder un groupe rock.

Karim Abranis c’est presque un demi-siècle de chansons. Pendant tout ce temps, vous avez chanté partout et porté le rock kabyle aux quatre coins du monde. Avez-vous des souvenirs précis à nous raconter là-dessus ?

Des tas de souvenirs bien sûr, je vais vous en conter un négatif mais également un autre plus rigolo. Le premier s’est produit à Tabarka en Tunisie en 1984 quand un individu a traversé la fosse au milieu du public armé d'un couteau pour me poignarder. Par chance je l'ai repéré et le service de sécurité l'a plaqué au sol en lui ôtant le couteau. Vous savez, je l'aurais défoncé avec ma Fender s’il s'était approché de trop près. C’était un déséquilibré, m'avait-on dit à la fin du concert.

Un autre souvenir, plutôt amusant celui-ci, dans une autre ville de Tunisie. Avant un concert, nous avions demandé à voir la salle et l'installation du matériel de sonorisation mais, à notre grande surprise, on nous avait mis quatre chaises et quatre micros ... ! Les organisateurs n'avaient pas lu ou pas compris la fiche technique que notre manager leur avait fait parvenir. Yannick, le guitariste de l’époque, est rentré dans une colère noire et ce fût à coups de pieds qu'il avait balancé les chaises en question. Fort heureusement, nous avions fini par obtenir le système sonore demandée et commencé le concert avec tout de même 4h de retard ! (rire)

Au-delà de la musique, Abranis ce sont aussi les textes anciens, des textes profonds qui égrainent les chansons. Comment se font le choix des thèmes et le travail des mots?

Des textes profonds dites-vous, justement tout est là. C'est la profondeur du thème, c'est la justesse des mots et leur beauté qui font notre choix. Si le sujet n'est pas profond, il est fatalement inintéressant.

On a pu noter une absence du groupe durant le début des années 2000 et ce jusqu’à la sortie de l’album "Rwayeh". Peut-on savoir pourquoi vous avez cessé de produire des albums pendant une dizaine d’années ?

Mon indisponibilité en fin de carrière a pour origine ma place au bureau d'étude pour lequel je travaillais en dehors de la musique. Beaucoup d'expériences et surtout de responsabilités à assumer qui ne m'ont pas laissé suffisamment de temps libre pour la musique. Il me restait tout de même le week-end pour me consacrer à la musique. C’est ainsi par ailleurs que j'avais pu concocter un album dans mon home-studio que j'ai intitulé "l'album solo" sorti en 2004. En résumé, Abranis c’est 40 ans avec 10 albums ce qui donne une moyenne de un album tous les quatre ans. C’est pas mal je trouve !

L’on a constaté un retour en force sur scène depuis l’album Rwayeh, notamment avec une tournée en Algérie, qu’en sera-t-il pour ce nouvel opus "Asmekti" en vente depuis cet été ?

Il en sera autrement pour celui-ci. Pas de tournée juste une promo sur le net ou encore quelques radios, télés et enfin quelques articles dans la presse.

Justement, vous êtes actuellement en pleine promo de votre nouvel album "Asmekti", un cd de 11 titres. Quel est votre sentiment concernant l’accueil qu’en font les médias et bien évidemment les fans ?

Les fans de Abranis sont fidèles, et leur nombre a eu un effet boule de neige en ne cessant d’augmenter de génération en génération. Quant aux radios, elles ne fond pas suffisamment la promotion des nouveaux produits. Elles n'ont pas cette culture et se cantonnent à diffuser des chansons de plus de 30 ou 40 ans d’âge. Elles n’ont malheureusement ni une programmation démocratique, ni équitable. Chaque animateur passe ce qu'il veut et souvent les mêmes titres ! J’en connais de bonnes volontés et de très professionnelles mais c’est difficile pour eux de s’affirmer. Enfin, Amirouche Belaid, producteur des éditions Gosto, m'a affirmé dernièrement que la vente en Algérie du CD physique était en baisse significative et que les seuls albums vendu sont celui d'Abranis et celui de Mourad Guerbas. La vente en hotline via le net et surtout le piratage ainsi que le MP3 vont finir par tuer le CD.

Un petit aparté Karim, l’hiver dernier vous aviez poussé un sacré coup de gueule à l’encontre de certains médias et organisateurs de concerts. Le moins que l’on puisse dire c’est que vous n’y êtes pas allé de main morte et vous n’avez pas eu peur d’être isolé par la presse et les organisateurs. Finalement on s’aperçoit que vous avez plutôt été soutenu par les artistes d’abord mais également par la presse. Le message était nécessaire ?

Vous faites référence au communiqué du 14 octobre 2015 que j'ai adressé au public et aux professionnels de la culture dans lequel je dénonce le manque de sérieux et de compétences de tous ces gens. Et pourquoi ai-je suspendu les concerts en Algérie ?! Rendez-vous compte qu’à ce jour je reste dans l’attente du versement d'un modeste cachet d’un concert donné dans le cadre du Festival Tikjda de 2010 ! J’ai payé mes musiciens de ma poche…

Plus généralement Karim, quelles sont vos modèles et influences artistiques ?

Mon idole quand j'étais ado était Elvis Presley le king du rock ! Mais j’étais également fan de John Lennon des Beatles. Les autres que j'écoutais que je peux vous les citer en vrac : James Brown, Outils Redding, A.C.D.C. Deep Purple ou encore Johnny Halliday. Et parmi les Algériens Slimane Azem, Taleb Rabah, Saadaoui Salah et j'en oublie sûrement beaucoup d'autres !

Comment faites-vous le choix du texte à mettre en musique et comment choisissez-vous les rythmes ? Je suis curieuse de savoir comment vous procédez ?

Il nous faut plaire et émouvoir à la fois, or pour émouvoir il faut être compris, pour être compris il faut être clair. Pour la musique, en ce qui me concerne, je suis à l'aise dans des rythmes rock, funk, soul, groove. Je mets le rythme et le tempo qui me semble idéal. Je prends la basse ou la guitare et, avec une certaine faculté, je me focalise sur le texte et son sens. C’est ainsi que je peux donner un rythme et un style à une chanson en me concentrant sur son sens et la portée que je veux lui donner.

Certains vous appellent la légende, d'autres sur le net le King du rock berbère, qu'est-ce que cela vous fait ?

Tous ces qualificatifs sont cool et sympas, cela m'amuse même. C’est quand on m'appelle cheikh que cela me plaît moins. La plupart m'appelle Da Karim, mais le best ce sont les enfants dans la rue qui m'appellent Karim Abraniiiis ! (rire)

Quelques questions plus personnelles Karim. Beaucoup d’artistes nous disent qu’ils chantent beaucoup une fois chez eux. Qu’en est-il pour vous?

La mère de mes enfants le fait toute la journée (rire) mais moi rarement. Cela m'arrive de le faire sous la douche car il y a une bonne acoustique dans les salles de bains. A vrai dire, chanter, je préfère le faire sur scène ou en studio.

Une dernière question personnelle pour la route Karim. Etes-vous croyant, agnostique ou athée ? Croyez-vous en l'existence d’extra-terrestres.

Voila une question rock in roll ! (rire) Je suis spirit...

Concernant la croyance des extra-terrestres… Notre planète est comparable à un grain de sable dans le désert par rapport à l'infinité cosmique. Croire que seul le grain de sable sur lequel je suis contiendrait de la vie serait complètement absurde et naïf pour moi. Dans l'espace infini, il existe des milliards de galaxies comme la nôtre elle-même contient des milliards de soleils semblables à celui que nous voyons. Pour sûr, il existe des planètes habitées ailleurs que sur Terre, et parmi ceux qui nous rendent visite, ceux là ont au moins dix mille ans d'avance sur nous.

Propos recueillis par Nassima Chillaoui

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