Ahmed Gadda, le dernier "bandit d’honneur" des Aurès

Ahmed Gadda
Ahmed Gadda

Si les montagnes de Kabylie, Belkacem Krim et Amar Ouamrane avaient constitué les premiers maquis dès 1948, il n'en a été pas autrement dans les montagnes des Aurès où un groupe de jeunes rebelles ont choisi la voie de la lutte contre le colonialisme à la même époque.

Le rejet du colonialisme avait atteint un paroxysme dans ces régions difficiles d’accès où les populations sont traditionnellement rebelles à toute forme d’oppression. Ce rejet avait été canalisé par le mouvement national et la volonté d’indépendance avait franchi assez vite de grands pas. Des jeunes réfractaires à l'ordre colonial ont pris le maquis bien avant 1954. Leur rôle sera d'ailleurs déterminant au cours du déclenchement de la révolution de Novembre.

Le témoignage du moudjahid Ahmed Gadda apporte un éclairage intéressant sur ce qui avait été rapporté par quelques récits. Ceux-ci réduisaient ces combattants en de simples bandits d’honneur, sans vision politique ou nationaliste et qui agissaient d’une manière totalement indépendante. Si l'on en croit ces écrits, ils vivaient même sur le dos des populations dont les citoyens les plus aisés étaient rackettés. Ahmed Gadda, sans doute le dernier de ce groupe de rebelles, fait vaciller ces certitudes.

Ahmed Gada est originaire de Chenouara (Tkout), dans les Aurès. Il n’avait que 13 ans quand Hocine Berrehaïl le charge d’écrire des lettres de menace destinées aux caïds, aux agents de l’ordre et aux responsables locaux de l’administration coloniale. A partir des années 1940, il avait constitué au côté de Hocine Berrehaïl (chef du groupe et premier à rejoindre les montagnes dès 1942), Sadek Chebchoub, Ali Darnouni, Messaoud Benzelmat, Aïssa El Mekki et Belkacem Grine un groupe de "bandits d’honneur" qui a donné du fil à retordre aux gendarmes et supports des autorités coloniales françaises.

Leurs actions suscitaient beaucoup d’espoir et de fierté dans toute la région. Ils seront rejoints par un autre groupe. "Je me souviens de quelques noms dont Mohamed Bensalem Benamor, Mohamed Belaadel, Mohamed-Salah Bensalem, Salah Ouassaf, Lakhdar Bourek, Messaoud Mokhtari, Messaoud Maâche, Djoudi Bicha (dit Boucenna) et Mohamed Ben Ahmed Meziani", se rappelle Ahmed Gadda.

Ahmed Gadda, raconte qu’il a été arrêté 15 jours plus tard sur dénonciation. Il s’évade de la prison grâce au concours de Omar Benzerarar, un gardien de prison, souligne-t-il. "En ce temps-là, Mostefa U Boulaid entretenait déjà des relations continues avec notre groupe, il nous communiquait assez régulièrement des noms de notables et traîtres à menacer pour les pousser à arrêter tout rapport avec les autorités française", dit-il.

L’administrateur de la commune d’Arris, Fabier, avait appris sans doute sur renseignement les rapports entre le groupe des bandit d’honneurs et le fameux U Boulaid. L’administrateur avait tenté de soudoyer Berrehaïl. En contrepartie d’une mesure d’amnistie, Berrehaïl devait assassiner U Boulaïd. Mais c’était mal connaître l’homme des montagnes aux convictions d’acier. Berrehaïl informat U Boulaïd par l’intermédiaire de Mostefa Aïssi, tout en l’assurant de son soutien et de sa fidélité à la cause nationale. A partir de 1954, le groupe de Berrehaïl allait contribuer ainsi d’une manière effective au bon déroulement de certaines missions de l’ALN, facilitant la création des cellules et de groupes ainsi que l’acheminement des armes cachées dans les maquis des monts Chelia et Chnaoura. Ce même groupe de Berrehaïl avait accueilli des chefs qui préparaient la révolution et des membres recherchés de l’Organisation spéciale (OS), à l’image de Abdallah Benttobal, Didouche Mourad, Habachi Abdeslam, Chihani Bachir, Bouzida Mohamed, Abdelhafid Boussouf, Rabah Bitat et Mohamed Ben Djedou.

En 1951, c’est également ces "bandits d’honneur" qui, en parfaite connaissance de la région, avaient permis à plusieurs responsables nationalistes dont Zighoud Youcef, Abdelbaki Bekouche, Amar Benaouda, Slimane Berkat, Mekki Berkat de se rencontrer secrètement.

Ahmed Gada assurera que Mohamed Mezoudj, alias Omar Agrour, membre du groupe de Belgacem Grine, est le premier chahid de la région des Aurès. Il était activement recherché depuis 1947. En effet, au déclenchement de la guerre d’indépendance, il fut chargé par U Boulaïd d’attaquer le siège de la brigade mobile au centre-ville de Batna. A la fin de l’attaque, Mezoudj s’était réfugié sur les hauteurs du mont Kasrou situé à proximité du centre-ville de Batna, puis à Seriana où il sera tué lors d’un accrochage avec des gendarmes, le 3 novembre 1954.

Notre valeureux ancien "bandit d'honneur" avait aussi pris part à la bataille d’Ifir Lebleh aux côtés de Mostefa U Boulaïd. Et échappera à toutes les opérations militaires lancées contre les maquisards de la région.

Abdelmadjid Benyahia

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Rabah IBN ABDELAZIZ

Dans ce pays de micket, les Héros sont devenues des Zéros et les escrocs sont devenues des ZAÏMS (LEADERS), le monde à l'envers.