Affrontements armés entre Touaregs et groupes progouvernementaux dans l’Azawad

Affrontements armés entre Touaregs et groupes progouvernementaux dans l’Azawad

Un calme tendu régnait vendredi après-midi à Kidal, dans le nord du Mali, théâtre de violents combats la veille ayant opposé un groupe pro-gouvernemental et l'ex-rébellion touareg de l’Azawad.

La situation demeure très tendue dans l'Azawad. Des affrontements ont éclaté jeudi après-midi à Kidal, bastion de l'ex-rébellion touareg et chef-lieu de la région du même nom dans l'Azawad (l'extrême nord-est du pays. La Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, ex-rébellion à dominante touareg) et la Plateforme (coalition pro-gouvernementale) y cohabitaient depuis février. Ces groupes et le gouvernement ont signé en mai-juin 2015 un accord pour la paix et la réconciliation au Mali, en proie à des troubles depuis quatre ans. Cependant depuis quelques jours, la tension est montée d'un cran. A Gao, une manifestation touareg contre les autorités a viré à la répression. On parle de nombreuses victimes parmi les civils. Dans un communiqué rendu public le 13 juillet, la CMA qui exige une commission d'enquête observe : Cette marche nous rappelle à quel point il est aujourd'hui urgent de procéder aux changements nécessaires afin que la population de l’Azawad prenne en charge son avenir et puisse surmonter la misère et le désespoir.

Paix armée dans l'Azawad

Les affrontements ont impliqué des membres du Groupe d'autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), de la Plateforme, et des hommes du Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA), de la CMA. Après une accalmie nocturne, des coups de feu ont été brièvement entendus vendredi matin, puis le calme est revenu, selon plusieurs habitants, dont un élu local, joints depuis Bamako. "Des armes lourdes, y compris des mortiers, ont été utilisées lors des confrontations", affirmait la Minusma, appelant leurs responsables "à mettre fin immédiatement aux hostilités".

Tous ont fait état de morts dans les affrontements, sans cependant s'accorder sur le bilan. Un responsable de la CMA a parlé de beaucoup de morts dans le camp adverse et de trois ex-rebelles tués.

Aucun responsable du Gatia n'a pu être joint par l'AFP et aucun bilan n'a pu être obtenu de source officielle ou indépendante. Mahamat Saleh Annadif, chef de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) présente à Kidal, s'est déclaré choqué, consterné par ces violences dans un entretien à la radio de l'ONU dans le pays, Mikado FM.

Le Gatia militairement affaibli ?

Dans un communiqué reçu vendredi par l'AFP, la CMA exige le retrait du Gatia de la ville de Kidal et ses alentours pour éviter une éventuelle reprise des hostilités. Selon un élu local, les violences sont liées à une querelle de pouvoir entre rivaux de deux tribus touareg, les Imghad et les Ifoghas. Les Touareg - minoritaires au Mali mais très présents dans la région de Kidal - sont représentés dans les deux camps qui se sont affrontés dans le passé puis ont enterré la hache de guerre par un pacte d'honneur conclu au dernier trimestre de 2015.

A la faveur de l'accalmie, les habitants ont repris timidement leurs activités vendredi mais des civils et collaborateurs de l'ONU demeuraient calfeutrés au camp de la Minusma où ils se sont réfugiés depuis jeudi, d'après des témoins. Certains ont fait état d'une perte de terrain des pro-gouvernementaux face aux ex-rebelles, ce qu'ont confirmé à l'AFP une source de sécurité étrangère et un élu local.

Le Gatia est aujourd'hui militairement très affaibli face à la CMA et le HCUA contrôle en grande partie la situation, a déclaré la source de sécurité. Selon l'élu local, le Gatia a perdu beaucoup de positions. Certains de ses combattants sont mêmes réfugiés au camp de la Minusma.

Vendredi, la France a condamné les combats à Kidal, en violation du cessez-le-feu et de l'accord pour la paix au Mali, appelant les belligérants à mettre fin immédiatement à la violence et à appliquer pleinement cet accord, comme ils s'y sont engagés.

Cet accord conclu à l'issue de longues négociations est censé définitivement isoler les jihadistes, qui ont contrôlé entre mars-avril 2012 et 2013 le nord du Mali. Ils en ont été en grande partie chassés par une intervention militaire internationale déclenchée en janvier 2013, et qui se poursuit. Mais des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères.

Il y a quelques jours, l'armée malienne a enterré, mardi, 17 de ses soldats tués dans une attaque menée à Nampala dans le centre du pays par un mystérieux groupe peul.

Sofiane Ayache/AFP

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