Allaoua à l’affiche de l'Olympia de Montréal : la chanson kabyle et la haine de soi

L'affiche.
L'affiche.

Peu de chanteurs, de par le monde, peuvent remplir la grande salle du Zénith à Paris. Le chanteur kabyle Allaoua l'a fait plusieurs fois, avec brio. Mais qu'est ce qui fait donc son succès?

Suffit-il d'interpréter des chansons d'amour qui plaisent aux plus jeunes pour percer? Comment se fait-il que ses rythmes prenants et dansants peuvent-ils cheminer avec des mots simples, profonds, lyriques, sensés et engagés ? A l'évidence, il y a d'abord beaucoup de labeur, énormément de recherches et de préparation: ceux qui ont vu les spectacles d'Allaoua au Zénith de Paris sont souvent impressionnés par la maitrise du chanteur lequel montre tout son savoir et son expérience lorsqu'il interprète les morceaux des plus grandes voix de la chanson kabyle telles celles de Slimane Azem ou Matoub Lounès.

Avec le temps, Allaoua s'est forgé un public de fervents supporters : certaines de ses créations sont chantées en même temps que lui par eux, là où il passe, en Algérie ou en France. Allaoua et d'autres chanteurs kabyles de talent donnent une réponse cinglante à ceux qui n'arrêtent pas de parler de la mort de la chanson kabyle. Ce sont souvent ces mêmes personnes qui, d'une certaine façon, le regardent avec arrogance oubliant que c'est grâce à lui et à d'autres chanteurs que la jeunesse kabyle s'est délestée en partie des chansons raï et de ces "bruits" que les différents DJ font écouter durant les mariages kabyles. C'est cette même "intelligentsia" arrogante qui minimise l'art du chanteur Allaoua qui a, durant des années, vu d'un mauvais oeil les prestations de Lounès Matoub. En réalité, cette "intelligentsia" est victime d'un mal profond : la haine de soi.

Dès qu'un Kabyle réussit, elle s'empresse de le dénigrer! Ce comportement dépasse d'ailleurs la chanson; il est omniprésent dans toutes les réussites kabyles, surtout celles qui surviennent à l'étranger, dans plusieurs pays de ce monde qui devient de plus en plus un village. Bien sûr, chacun a le droit d'avoir ses goûts et ses préférences, mais il est temps que les performances des uns et des autres soient respectées et imitées dans la mesure du possible. Allaoua continue son chemin: il sera à l'affiche ce dimanche 24 avril à l'Olympia de Montréal, cette ville qui s'éprend, doucement mais sûrement, de la culture amazighe grâce à des femmes et des hommes qui travaillent, qui construisent, qui savent que l'invective et l'insulte n'ont jamais fait avancer une cause, un art, une culture, un combat, une philosophie. La chanson kabyle a encore de beaux jours devant elle : il suffit d'entendre Ulim ou Ay akal du magnifique et discret chanteur Mhand pour s'en convaincre. Mhand n'a produit qu'un seul album, il y a déjà plus de dix ans; c'est une œuvre impérissable. Mais qui connaît Mhand ?

Youcef Zirem

Youcef Zirem est écrivain; son prochain roman, La Porte de la mer, sort à Paris aux éditions Intervalles le 13 juin prochain.

Allaoua donnera un concert à l’Olympia de Montréal le 24 avril. C'est gratuit pour les enfants de moins de 12 ans. A l’occasion du printemps amazighe, les entrées sont gratuites pour les personnes nées le 20 avril


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