"Et si j’ai su que ce trésor était pour moi", de Jean-Marie Laclavetine

Jean-Marie Laclavetine
Jean-Marie Laclavetine

Jean-Marie Laclavetine a réussi le pari fou de nous raconter plusieurs histoires dans un seul roman.

Tout y est. Outre une intrigue rondement menée depuis les premières pages, il s’est employé à tisser tout une noria de récits autour de l’histoire centrale. Celle de Julia, une jeune femme hospitalisée dans le coma et que son amant, Marc, vient lui rendre visite le soir venu. Marc lui raconte des histoires pour la faire revenir. Il espère faire renaître en elle aussi le goût de l’écriture, le roman. L’histoire d’amour de ces deux-là n’est pas si banal que cela paraisse. Rencontré lors d’une soirée, Marc est écrivain. "Toi tu es mariée à un homme", a lancé Marc ce soir-là à Julia. Laquelle, pour l’épater, lui donne quelques détails : il aime les chaussures et les bons restaurants japonais, lui lance-t-elle. Au fil du temps, Marc ne saura pas grand-chose de Julia… hormis des gestes d’amour qu’elle lui exprimait. Elle lui parlait aussi de ses jumeaux dont elle lui montre des photos sur son téléphone. Les mêmes, étrangement toujours les mêmes.

Malgré cette double vie, Julia refusait de quitter son mari. Elle appréhendait même qu’il en meurt s’il apprenait sa relation fiévreuse avec Marc. C’est dire la complexité du personnage. Au-delà, l’histoire de ces amants est marquée par le sceau de l’écriture. "Reste l’écriture, notre steppe de liberté. Nous pouvons y galoper ensemble sans limites alors que le méchant réel ne nous acceptait que séparés. Tu avais lu mes romans, j’avais lu les tiens, nous parlions de la folie carnivore qui nous tenait assis à une table des nuits entières, absorbés dans la contemplation d’un écran en train de se couvrir de signes. Assurément, nous partagions la même folie, nous la connaissions, elle prenait les mêmes formes, c’était nous".

Chaque moment passé ensemble est un prétexte à l’écriture, l’invention des personnages. Des histoires écrites ont vu le jour, beaucoup d’histoire. Mais Julia est dans le coma, alors pour lui rouvrir les yeux, Marc lui raconte ces histoires qu’ils ont commencées ensemble. Il consolide les récits ou les termine… comme celles de Nora, Romain, et ses enfants Paul et Louise. Tout est dans cette imbrication des histoires très bien écrites. Cependant, si beaucoup sont imaginaires, des bribes de réalités rattrapent la fiction. Au fil des récits, on démêle une à une les intrigues, les zones d’ombre qui entourent ces deux-là. Le suspense est pour autant laissé dans toute son épaisseur jusqu’aux ultimes pages. Les histoires sont écrites par petites touches, avec des phrases courtes et sans fioritures. Derrière le style, on découvre la plume du nouvelliste talentueux auréolé de plusieurs prix. Ce roman est un excellent moment de littérature.

Kassia G.-A.

Et si j’ai su que ce trésor était pour moi, de Jean-Marie Laclavetine aux Editions Gallimard.

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