Khenchela : Festival de la folklorisation de la chanson chaouie

Khenchela : Festival de la folklorisation de la chanson chaouie

Lorsqu’ on entend "musique chaouie" ou "musique auressienne" la première image qui nous vient à l’esprit est celle d’une troupe folklorique, des hommes en blanc, burnous noir, dansant sous les rythmes de la flûte et du bendir, le plus souvent lors d’une ouverture d’une manifestation quelconque ou à la marge d’une visite d’un ministre ou d’un officiel.

Cette image peu flatteuse qui réduit ce patrimoine musical millénaire à un vulgaire folklore sclérosé s’est enracinée malheureusement dans l’imaginaire collectif. Cette image est véhiculée par la télévision algérienne et les responsables culturels à travers les festivals et les activités artistiques. Le festival de la chanson chaouie dont la cinémathèque de Khenchela s’apprête à accueillir la 6ème édition ce vendredi en est la parfaite illustration. Ce festival qui engloutit chaque année des milliards de dinars consacre cette image folklorique et réductrice de la chanson chaouie et n’arrive pas malgré toutes les bonnes intentions étalées dans la presse par ces organisateurs à redorer le blason de cette musique authentique et attirer le public khencheli.

Festival de la musique et la chanson chaouie où l’on chante ‘’en arabe’’ !

"La musique, c’est du bruit qui pense", disait Victor Hugo, mais dans le pays où la réflexion est assimilée à la subversion, il ne nous reste que le bruit, tâche dont s’acquittent fort admirablement les artistes qui sont invités régulièrement à ce festival, Abdelhamid Bouzahar, Chéba Yamina, Nassredine Hora, Dadi et tant d’autres. Le trait commun entre ces artistes outre leur docilité à toute épreuve est le fait qu’ils chantent tous en arabe, alors que les chanteurs d’expression chaouie qui ont un large public demeurent persona non grata dans ce festival comme dans celui de Timgad. Dihya, Markunda, Amirouche Ighounem, Mihoub Abdesselem, Les Berbères, Nouari Nezzer, Izenzaren, Numidas, Aksel, Smail Ferrah, Ithrène, ne sont invités nulle part. Est-ce parce qu’ils ne contentent pas du bruit ? Parce qu’ils chantent les racines ? Les ancêtres ? Est-ce parce que leur musique évoque la misère et se fait l’écho des souffrances et des joies des gens ? C’est sans doute pour toutes ces raisons-là et parce que cette musique est trop fière pour faire bon ménage avec le discours d’allégeance au pouvoir que ce genre d’activités est accompagnée le plus souvent, est surtout parce qu’on ne pardonne pas à cette musique -comme le dit le vieil Hugo- sa prétention d’être "un bruit qui pense".

Jugurtha Hanachi

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Khalida targui

l'Algerie est devenu un festival, tout le monde se moque de nous, quand vous voyez un Algerien parler à la télé c'est une honte, il ne maitrise aucune langue, et puis vous oubliez les autres : le festival du film arabe le festival africain le festival du rire le festival khorroto on va d'un festival à un autre c'est ça notre activité culturelle bark