Ahmed Mahiou, un cerveau algérien en exil

Ahmed Mahiou
Ahmed Mahiou

Il a 77 ans. L’âge de raison ? Non. La raison l’a accompagné durant tout son long parcours. Ahmed Mahiou est, aujourd’hui juge ad hoc à la Cour internationale de justice. Il a été directeur à l’IREMAM, institut dépendant du CNRS. Il a été doyen de la faculté de droit d’Alger pendant six ans. Il est installé aujourd’hui en France. Il explique parfaitement les raisons qui l’ont poussé à quitter son pays auquel il reste viscéralement lié. Ahmed Mahiou est un universitaire de haut vol. Il est surtout un universaliste des plus avertis. Pour tout dire et pour le dire vulgairement Ahmed Mahiou est une de ces pointures que l’Algérie, ce pays étouffé par la médiocrité et la corruption, a laissé filer. La parole est au professeur.

Le Matindz : Après deux diplômes d'enseignement supérieur en droit public et en sciences politiques, obtenus à l'université de Toulouse, vous rejoignez la faculté de droit d'Alger, en novembre 1964. Qu'est ce qui a motivé votre retour en Algérie ? Le désir de participer à la reconstruction du pays ? Une quelconque ambition?

Ahmed Mahiou : La question de retourner en Algérie ne s’est pas posée pour moi en 1964, car il m’a semblé tout à fait normal et naturel, après avoir obtenu les diplômes permettant d’envisager une carrière universitaire, d’y retourner et d’y commencer cette carrière comme assistant. J’étais déjà chargé de travaux dirigés à la Faculté de droit de Toulouse et il m’apparaissait d’autant plus évident d’aller faire la même chose à Alger que l’Union générale des étudiants algériens (UGEMA) – dont j’étais membre depuis 1958 – avait lancé des appels pour que les jeunes diplômés algériens rejoignent leur pays.

Ma seule ambition était de devenir professeur de droit et aucune autre ambition ne m’a traversé l’esprit à ce moment précis, comme plus tard d’ailleurs lorsque l’on m’a sollicité pour exercer d’autres fonctions administratives ou politiques ; j’ai toujours décliné de telles offres en disant clairement et fermement que je suis et resterai universitaire, tout en apportant ma collaboration de juriste lorsque j’étais d’accord avec les projets sur lesquels on me demandait de travailler.

Pas encore agrégé, vous étiez, en ce temps-là, l'assistant de professeurs ou chargés de cours essentiellement français. Quelle était, alors, l'atmosphère globale à l'université d'Alger ?

Effectivement lorsque je suis arrivé à la Faculté de droit, le corps d’enseignants magistraux était composé uniquement de coopérants français aidés par un petit nombre d’autres enseignants de nationalités différentes (pays arabes ou pays socialistes européens). Les algériens étaient tous des assistants préparant leurs DES (diplôme d’enseignement supérieur) ou leur thèse pour les plus avancés d’entre eux comme moi-même.

Entre autres choses qui m’avaient frappé, j’en retiens deux. D’une part, la motivation de tous les enseignants - quelle que soit leur nationalité et quel que soit leur grade - pour faire tous les efforts en vue de suppléer l’exode des professeurs français en poste à Alger et d’encadrer du mieux qu’ils pouvaient les étudiants dont le nombre commençait à augmenter. D’autre part, la liberté du débat scientifique à l’Université alors que nous étions dans un régime de parti unique et que l’élimination des opposants avait commencé. Le discours officiel algérien sur le socialisme n’avait pas réellement prise sur la plupart des universitaires qui enseignaient en fonction de leurs convictions, ce qui permettait aux étudiants d’avoir des approches plurielles comportant les différentes variantes du socialisme, du libéralisme et même déjà un peu d’islamisme, avec l’enseignement du droit musulman. Ces divergences doctrinales faisaient donc bon ménage, avec évidemment de forts débats et quelques frictions idéologiques, le tout confiné dans l’enceinte universitaire.

Il faut reconnaître que cette liberté de réflexion universitaire n’a jamais été mise en cause par les autorités, y compris pendant la période où elles avaient décidé de contrôler l’Union nationale des étudiants algériens (UNEA) qui échappait à l’emprise du Parti ; les leaders étudiants ont été réprimés mais sans interférence notable sur le contenu des enseignements. C’était un paradoxe dans un pays où il y avait un monopole de la doxa idéologique, mais sans réellement lui donner de suite en matière d’enseignement universitaire ; cette situation s’est prolongée même après la réforme intervenue en 1971 qui voulait introduire les options socialistes, notamment les trois révolutions (agraire, industrielle et culturelle) dans les différents cursus universitaires.

Le 5 décembre 1969, la première réunion sur la réforme de l'enseignement s'ouvre au palais Zirout Youcef, à Alger. Vous prenez la parole face au président Boumediene. Vous avez exprimé, lors de cette réunion, votre scepticisme concernant la politique d'arabisation, surtout telle que prônée par ses partisans les plus acharnés. Les plus aveugles. N'avez-vous pas eu peur de la réaction de Boumediene ?

La question de la réforme de l’enseignement était latente, mais elle ne devient officielle qu’à la rentrée de l’année 1969-70, notamment avec la réunion de la première commission nationale, sous l’égide du chef de l’Etat. Pour la première fois donc un débat est ouvert auquel sont conviés un certain nombre de responsables universitaires à côté de responsables administratifs (ministères en charge de formation) et politiques (Parti, syndicat et autres organisations de masses). La présence de Boumediene a naturellement intimidé un certain nombre de collègues qui ne savaient pas comment réagir à propos de l’option d’arabisation, alors même qu’ils n’étaient pas en faveur d’une telle politique; ils ont donc esquivé le sujet ou tourné autour du pot avec l’idée d’y aller progressivement et par des étapes prudentes. Pour ma part, j’étais décidé à dire ce que je pensais, surtout après des interventions intempestives de quelques partisans – à vrai dire très minoritaires - d’une arabisation à outrance et aussi rapide que possible.

Sans doute qu’outre mes convictions, l’enthousiasme de la jeunesse a joué également pour me donner la force de livrer le fond de ma pensée sans réticence ; j’ai donc contesté les affirmations intempestives ; j’ai surtout montré que, s’il est normal que l’Algérie s’arabise, cela devait se faire dans la sérénité et le sérieux et non dans le contexte d’incantations politiciennes et démagogiques, car l’Algérie ne dispose pas des moyens d’une véritable et bonne politique dans ce domaine et que l’arabisation est une chose trop sérieuse pour la confier aux seuls arabisants. A la fin de la réunion certains collègues m’ont reproché mon audace et se sont même inquiétés pour les conséquences que cela pouvait avoir pour ma personne. J’ai simplement répondu que je n’ai pas deux discours, l’un libre à usage intime et l’autre censuré à usage externe et que je dirais toujours publiquement ce que je pense, quel que soit le prix à payer.

En 1973, vous demandez à être déchargé de votre mission de doyen de la faculté de droit, pour vous consacrer à l'enseignement et à la recherche. Quelques années plus tard, Vous quittez l'Algérie pour vous établir en France. Qu'est-ce qui vous a poussé à partir ? Les menaces? La déception? La lassitude? Le travail ?

C’est une bonne idée de me poser cette question, ce qui me permettra de clarifier les raisons de mon départ en France et de mettre un terme à certaines inexactitudes. Je suis parti à Dijon, en octobre 1990, dans le cadre d’un congé sabbatique prévu par le statut des enseignants qui souhaitent effectuer des recherches et publier en étant accueilli par une université ou un centre de recherches à l’étranger. Au cours de l’été 1991 alors que j’étais sur le point revenir à Alger, j’ai été contacté par l’Institut d’études et de recherches sur le monde arabe et musulman (IREMAM) d’Aix-en-Provence pour me dire que l’Institut était à la recherche d’un directeur et que mon nom figurait sur la liste des personnes à proposer aux autorités compétentes.

Avant d’accepter il me fallait d’abord avoir le point de vue de mon ministre de tutelle en Algérie qui était alors Djilali Liabès, à la mémoire duquel je tiens à rendre un hommage tout particulier. J’ai donc fait le déplacement à Alger pour m’entretenir avec lui et, alors que je m’attendais sinon à un refus, du moins à une réticence de sa part, j’ai eu au contraire son soutien en me disant que je capitaliserai de l’expérience qui servira ensuite en Algérie. Etant donné que je devais diriger un Institut à l’étranger, il fallait aussi avoir le point de vue du ministère des Affaires étrangères et j’ai donc rencontré le titulaire du poste, M. Lakhdar Brahimi. Là, également, il n’y a eu aucune hésitation du ministre pour m’encourager à accepter, en ajoutant même que par cette opération on inversait en quelque sorte la coopération habituelle entre les deux pays. Voilà donc les circonstances précises dans lesquelles j’ai été amené à accepter d’être le directeur de l’IREMAM et à assumer cette fonction de 1992 à 1998.

Votre question évoque d’autres choses et j’y réponds plus brièvement. Certes, j’ai reçu des menaces comme la plupart des intellectuels à l’époque, sous forme écrite ou téléphonique, cette dernière forme ayant inquiété sérieusement les membres de ma famille et des amis à Alger qui m’ont demandé d’éviter d’y venir momentanément. J’ai répondu à chacun que s’il fallait mourir pour la démocratie, cela ne me faisait pas peur car, à cet égard, ma position rejoint pleinement celle du grand et courageux écrivain Tahar Djaout - une autre mémoire qui mérite également un hommage particulier – selon laquelle "si tu dis tu meurs, si tu ne dis pas tu meurs, alors dis et meurs !".

Deux éléments n’ont pas joué de rôle : la déception et la lassitude. Je continuais à travailler sur l’Algérie et à m’y rendre pour de brefs séjours d’enseignement et de recherche, surtout que j’avais conclu des accords de coopération avec quelques universités et centres de recherche à Alger et Oran et que j’avais facilité la venue en France d’un certain nombre d’enseignants ou chercheurs qui voulaient s’éloigner temporairement de la violence qui s’accentuait sans cesse dans le pays.

S’agissant du travail, comme je travaillais sur l’Algérie et le monde arabe, j’avais évidemment la chance d’être dans un centre de recherche qui dispose de la meilleure bibliothèque en Europe sur le monde arabe, notamment le Maghreb et plus spécialement l’Algérie. Comme je travaillais aussi sur le droit international, j’avais l’avantage de collaborer avec le Faculté de droit d’Aix-en-Provence et surtout le Centre d’études et de recherches internationales et européennes bien connu pour ses travaux dans ce domaine. A Alger, je n’aurai pas eu ces facilités et cela aurait beaucoup affecté ma production intellectuelle : au lieu de publier la dizaine d’ouvrages et la centaine d’articles qui sont actuellement à mon actif, je n’en aurai produit que le tiers ou le quart.

A l'IREMAM, organisme rattaché au CNRS dont vous avez été le directeur, vous avez été amené à travailler sur des sujets aussi graves que multiples tels la gouvernance dans le monde arabe, les relations intermaghrébines, la sécurité alimentaire en Afrique, la démocratisation dans les pays du sud ou les droits de l'Homme... Commençons par la gouvernance dans les pays arabes. Existe-t-elle vraiment ?

Dans tout pays il y a une gouvernance et le problème est de savoir si elle est bonne ou mauvaise. De manière générale, elle a été mauvaise ou très mauvaise dans tous les pays du monde arabe où se sont installés des régimes autoritaires au prétexte d’assurer l’unité nationale, le développement et la non-ingérence étrangère. Or, sur chacun de ces points, cela a été un échec d’autant plus impardonnable que certains d’entre eux avaient l’avantage de disposer d’une rente en hydrocarbures qu’ils n’ont pas réussi à transformer en moyen de développement. Cela est même plus grave, dans la mesure où cette rente est devenue en quelque sorte une malédiction, car les autres secteurs (agriculture, petite et moyenne industrie, services, etc.) ont été négligés pour décliner progressivement, rendant un pays comme l’Algérie totalement dépendant du cours du pétrole. L’échec politique est tout aussi patent, avec comme résultat la chute de certains régimes et la revendication, y compris par la violence, de changement de gouvernance.

Droits de l'Homme, démocratisation... Consacrer autant de temps que vous à l'étude de ces thèmes tels qu'abordés dans les pays arabes révèle en vous un optimiste impénitent. Croyez-vous vraiment que les régimes de ces pays cèderaient, un jour, un pouce de "leurs territoires" ?

Je ne crois pas être un optimiste impénitent, comme vous le dites, mais plutôt un optimiste patient qui pense que les droits de l’homme, la démocratie, l’Etat de droit ne s’importent pas comme les usines clés en mains et qu’il faut du temps pour que ces notions et surtout leurs pratiques s’insèrent dans les sociétés arabes. Tant que ces valeurs restent l’apanage de minorités, elles resteront assez vaines et elles ne s’épanouiront que lorsque la majorité des sociétés arabes les aura apprivoisées pour en faire leurs valeurs. C’est ce qui tente de poindre à l’horizon de ce que l’on nomme "printemps arabe".

Toute la question est de savoir si ces évènements vont produire quelque chose de positif et il est difficile de répondre simplement par oui ou non, surtout que les situations sont fort différentes d’un pays à l’autre. Ce qui est sûr, c’est que le chemin de la bonne gouvernance n’est pas tout tracé et qu’il y aura aussi bien de grandes avancées que d’importantes régressions, comme le montre l’exemple de la Tunisie. Autrement dit, le chemin est pavé de bonnes et mauvaises intentions et on retrouve l’optimiste qui pense que le temps jouera en faveur de la bonne gouvernance et le pessimiste qui pense le contraire avec autant d’arguments. La préoccupation la plus importante est que, du côté des populations, il y a une impatience légitime et leurs réactions deviendront de plus en plus imprévisibles et peuvent devenir impossibles à gérer, non seulement pour des régimes autoritaires, mais aussi pour des régimes plus démocratiques.

Vous avez longtemps combattu dans les instances internationales, notamment à l'ONU, pour les droits des peuples autochtones, le droi à l'eau, le droit de la mer, la sécurité alimentaire etc. Avez-vous obtenu quelques victoires ?

Dans le domaine international, il y a rarement des victoires, y compris dans le domaine militaire où, comme vous le savez, certaines victoires apparentes sont de vraies défaites (Vietnam, Afghanistan et Irak pour les Américains). Il y a seulement des progrès dans l’élaboration et l’adoption des règles de droit, ce qui ne veut pas dire qu’elles seront respectées et appliquées par tous les Etats. La grande faiblesse du droit international est qu’il n’y a pas d’autorité supérieure aux Etats pour leur imposer le respect des engagements pris, notamment dans les domaines que vous mentionnez où il faut s’en remettre à la bonne volonté et la bonne foi des Etats. Le seul domaine où une telle action peut intervenir est celui de l’atteinte à la sécurité internationale, à condition que le Conseil de sécurité donne son accord, ce qui renvoie la décision à un accord des grandes puissances qui disposent du droit de véto.

Le titre d'un ouvrage collectif auquel vous avez participé est : Où va l'Algérie? Vaste propos... Avez-vous trouvé des réponses ? L'arabo-islamisme, l'économie parallèle et la corruption semblent l'avoir clouée sur la ligne de départ du chemin qui mène vers la prospérité et le progrès. La violence a fait le reste. L'Algérie s'est fermée au monde. Plus aucun étranger ne nous rend visite. Je compare notre pays à la Corée du nord. Suis-je dans l'erreur?

Je commence par la dernière question pour dire que vous êtes effectivement dans l’erreur avec votre comparaison. Si je voulais polémiquer avec vous, je dirais, en recourant aux adages, que "tout ce qui est excessif est insignifiant" ou encore que "comparaison n’est pas toujours raison". Même lors de la décennie noire, au moment où la violence dominait en Algérie, certes le pays a restreint l’accès mais sans jamais le fermer au monde et a fortiori depuis que la violence est maîtrisée, puisque tout Algérien peut librement circuler et que toute personne étrangère munie d’un visa peut s’y rendre. Je suis plus que stupéfait par la comparaison avec la Corée du Nord, car le journaliste que vous êtes ne saurait ignorer la situation réelle prévalant dans ce pays qui est un régime totalitaire alors que l’Algérie est simplement un régime semi-autoritaire.

Pour le reste je dirai que la mission d’un chercheur même engagé, en sciences sociales et humaines, n’est pas de trouver des réponses, mais d’abord d’étudier et de comprendre le plus objectivement possible les situations qu’il observe et éventuellement de suggérer des pistes de réflexion et d’action pour ceux qui ont le pouvoir de décision. Le chercheur n’a pas à se substituer aux hommes politiques auxquels il appartient de proposer des solutions ; s’il veut s’engager dans cette voie, il lui faut alors adhérer à un parti politique qui milite pour la conquête du pouvoir.

Dans une de vos interventions, à Alger, en 2012, vous disiez : "Je m'inquiète pour la démocratie en Algérie." Vous pensiez à la manipulation épisodique de la Constitution. Pensez-vous qu'on sache encore ce que sont des textes fondamentaux dans un pays comme le nôtre?

Sur le terrain du droit il y aurait beaucoup à dire et il faudrait une autre interview pour en débattre. Pour me limiter à l’aspect constitutionnel que vous évoquez, je pense que l’élaboration, l’adoption et la mise en œuvre d’une constitution sont des actes trop importants et fondamentaux pour que tous les processus la concernant, de près ou de loin, soit à l’abri de toute contestation. Or aucune constitution algérienne, y compris les plus récentes et en apparence démocratiques, n’échappe à la contestation car lesdits processus n’ont pas été réellement démocratiques. Les constitutions algériennes ont été imposées ou au mieux octroyées et, par conséquent, elles portent un vice originel dont il faudra se défaire un jour ou l’autre.

Vous êtes juge ad hoc à la cour internationale de justice. A ce titre, on vous a déjà demandé de vous prononcer sur la notion de" crime de la colonisation". L'Algérie parle beaucoup de repentance que la France doit, selon elle, exprimer. Ce serait, d'après les Algériens, un préalable à la normalisation des relations entre les deux pays? Y a-t-il du censé là-dedans ?

En cette matière, je ne parlerai pas de repentance, terme ayant une trop forte connotation religieuse puisque les trois religions du Livre s’y réfèrent souvent en liaison avec la notion de pêché. Je préfère parler de reconnaissance de certains faits et de certaines réalités et il n’est pas insensé de demander à la France de reconnaître les violences commises en Algérie pendant la période coloniale, notamment la guerre d’indépendance. En revanche, ce qui mal sain c’est l’exploitation politicienne des deux côtés de la rive méditerranéenne de cette "guerre" des mémoires, dans la mesure où certains milieux veulent instrumentalisés les événements douloureux du passé et les prendre en otages pour leurs desseins politiques.

S’agissant de la colonisation, s’il est vrai que le droit international le considère désormais comme un crime, aucune convention ne l’incrimine effectivement et ne prévoit de juridiction pour en connaître. Quant aux crimes reprochés à la France pendant la guerre de libération, il ne faut pas oublier que les Accords d’Evian qui lient les deux pays s’opposent à leur poursuite en les amnistiant.

D'autres voix disent plutôt que la France et l'Algérie seront amies lorsque tous les dinosaures qui ont été impliqués dans la guerre d'Algérie, des deux côtés auront quitté la table...

L’amitié entre Etats est toujours quelque chose de diplomatique et donc de complexe. Je ne crois pas que le changement de génération des gouvernants changera fondamentalement la situation ; en revanche, il peut très largement atténuer les rancœurs et crispations, rendant ainsi plus serein et apaisé le débat sur la mémoire.

Il est coutumier d'entendre au pays, des gens dire que l'école algérienne produit des analphabètes trilingues. Quelle part de responsabilité, cette école porte-t-elle, dans la décennie noire? Comment procéder pour en faire une "fabrique" à démocrates ? Que faut-il réformer en elle pour en faire une école, effectivement formatrice ?

Le bilan et la réforme de l’école algérienne sont un vaste sujet qu’il est impossible de résumer en quelques propos. Tout le monde sait que l’école est sinistrée pour diverses raisons et, pour ma part, je retiens trois éléments :

- D’une part, la démagogie qui a toujours régné dans l’approche des problèmes d’éducation, là où le sérieux et la rigueur doivent être privilégiés ;

- D’autre part, le culte du quantitatif et l’oubli du qualitatif : à chaque rentrée scolaire ou universitaire, on a droit à des bilans chiffrés pharamineux faisant état du nombre de locaux (écoles, collèges, lycées et universités) construits et des chiffres déjà moins pharamineux concernant le nombre d’enseignants. Certes, il faut des locaux et des enseignants, mais pas n’importe lesquels, surtout s’agissant des enseignants. Or les enseignants algériens sont de plus en plus mal formés à tous les niveaux ; le résultat est naturellement catastrophique puisqu’un enseignant incompétent exerce ses ravages sur plusieurs générations d’élèves ou étudiants ; c’est ce que j’appelle l’effet multiplicateur de la médiocrité qui fait que l’école algérienne déforme l’esprit de ses élèves ;

- Enfin, une introduction incontrôlée de la religion dans le cursus scolaire qui fait qu’au lieu des former des esprits éveillés, ouverts, démocrates, les institutions d’enseignement tendent à former des «récitateurs de Coran» qui viennent réciter par cœur le cours, au lieu d’exercer leur réflexion, d’aiguiser leur esprit, notamment en se posant des questions sur le contenu des cours. Heureusement que certains élèves et étudiants parviennent à surmonter, non sans mal, cette mauvaise formation et à s’en sortir.

Entretien réalisé par Méziane Ourad

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Commentaires (13) | Réagir ?

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Massine Ait Ameur

Ce monseiur parle avec beaucoup de cliches arabo-baathistes : le Maghreb, le Monde Arabe, la normalite de l'imposition de la langue arabe en Algerie,.. desolant.

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amazigh zouvaligh

Pour les kabyles, c'est toujours la mort ou l'éxile, et cela depuis la nuit des temps, mais surtout depuis le royaume de 1999 à ce jour, le clan maléfique d'Oujda a imposé aux kabyles l'éxile forcé chez Fafa, surtout pour les universitaires et intellectuels, un deal a été signé entre cette mafia et Fafa, du coté algerien on desserre l'étau sur la mafia qui nous gouverne, ces gens là revendiquent leur droits et sont conscients du malheur du pays, de l'autre coté de Fafa, ces gens là sont les bienvenus en France car ce sont des travailleurs, intellectuels, laiques qui s'intégrent et c'est une bébédiction pour encourager les mariages mixtes, car la France est vieillissante!

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