L’alliance Iran/Irak menace-t-elle le leadership pétrolier saoudien ?

Le leadership saoudien risque d'être laminé les prochaines années avec le retour de l'Irak.
Le leadership saoudien risque d'être laminé les prochaines années avec le retour de l'Irak.

Les tendances actuelles du marché de l’énergie ne sont pas bonnes pour l’Arabie saoudite.

Pour commencer, l’Agence internationale de l’Energie a publié récemment des projections qui indiquent que les Etats-Unis pourraient bien rafler au géant pétrolier du Golfe la première place de producteur de la première énergie mondiale à l’horizon 2020. Mi-mai 2013, cette même agence a révélé que l’Amérique du Nord, grâce au développement rapide de son industrie pétrolière de nouvelle génération, devrait dominer la production globale de pétrole dans les cinq années qui viennent. Ces développements imprévus ne représentent pas seulement un coup porté au prestige de l’Arabie saoudite, mais également une menace potentielle à l’encontre de la prospérité économique du pays sur le long terme et tout particulièrement dans le contexte actuel post-printemps arabe, qui voit une augmentation des dépenses gouvernementales. Mais si l’avenir du royaume apparaît décidément sombre, sa réponse apparaît des plus confuses. En l’espace de cinq jours, en avril 2013, deux hauts représentants saoudiens ont dressé des portraits diamétralement opposés des plans de production pétrolière de leur pays.

Le 25 avril, dans un discours prononcé à l’université de Harvard, le prince Turki al-Fayçal, ancien responsable de la principale agence de renseignement d’Arabie saoudite et actuel président du centre de recherches et d’études islamiques Roi Fayçal a annoncé que le royaume entend accroître sa production et la faire passer de 12,5 millions de barils par jour à 15 millions en 2020, soit une production qui continuerait aisément de faire de l’Arabie saoudite le principal producteur de pétrole mondiale. Mais cinq jours plus tard, lors d’un discours prononcé devant le centre des Etudes stratégiques et internationales à Washington, DC, le ministre saoudien des Ressources minérales et pétrolières, Ali al-Naimi, a fait passer un tout autre message et a rejeté la déclaration de Turki. Il a confirmé devant un parterre d’experts que le chiffre de 15 millions n’était même pas à l’ordre du jour. Que faire alors de cet écart de 2,5 millions de barils par jour ? Si l’on considère la dépendance mondiale à l’égard du pétrole et la hausse prévisible de demande de pétrole, un tel changement n’aurait rien d’anodin. Pour être précis, 2,5 millions de barils par jour est grossièrement l’équivalent de la production des principaux producteurs de pétrole, comme le Mexique, le Koweït, l’Irak, le Venezuela et le Nigeria.

La décision de l’Arabie saoudite d’augmenter ou pas sa production de pétrole aura un impact sur tous les foyers du globe. On pourrait être tenté d’écarter les projections grandioses de Turki au motif de son ignorance technique du sujet, et se focaliser sur la déclaration de la personne en charge de l’industrie pétrolière du pays. C’est certainement une des lectures possibles de cette cacophonie gouvernementale. Mais en Arabie saoudite, le volume de production pétrolière est avant tout une décision politique. Au contraire de Naimi, ingénieur du secteur pétrolier qui a monté une à une les marches de la société saoudienne Aramco, Turki est un membre de la maison royale saoudienne et pour tout ce qui concerne la politique, son avis n’à pas moins d’importance. La dispute entre les deux hommes n’est finalement que le reflet de la décision stratégique majeure que doit prendre l’Arabie saoudite au cours des années qui vienne: devra-t-elle creuser davantage de puits de pétrole ou pas ? Ne disposant d’aucune rentrée fiscale liée à l’impôt sur le revenu et avec une population de 28 millions de personnes dont 40% ont moins de 15 ans, sans oublier une population masculine employée pour l’essentiel dans un secteur public hypertrophié, l’Arabie saoudite est très dépendante des revenues du pétrole pour fournir tous les services sociaux qu’elle offre à ses habitants, du berceau à la tombe. Et les difficultés financières de l’Etat se sont encore aggravées après que le printemps arabe ait contraint le régime à combattre le mécontentement populaire et distribuant encore davantage de cadeaux et de subventions. Pour encore compliquer les choses, l’Arabie saoudite est le sixième consommateur mondial de pétrole, consommant donc plus de pétrole que l’Allemagne, la Corée du Sud et même le Canada. Avec tout le pétrole qu’il consomme, le pays n’exporte que 7 millions de barils par jour, alors même que les dépenses gouvernementales ne cessent de croître. Une des autres raisons de la répugnance de Naimi à augmenter la production pétrolière est qu’il sait que Sadad al-Husseini, l’ancien responsable des prospections de la société saoudienne Aramco aurait déclaré au consul général américain à Riyad en 2007. Selon un message diplomatique dévoilé par Wikileaks que l’Arabie saoudite avait probablement surestimé ses réserves en pétrole, jusqu’à 40%, ce qui signifie que même le rythme de production actuel est intenable sur le long terme. Tout cela pour dire que si l’Arabie saoudite souhaite garantir sa viabilité économique, elle doit absolument s’assurer que le prix de rentabilité du pétrole, le prix par baril nécessaire pour équilibrer son budget– correspond aux besoins fiscaux du pays. Ce prix de revient dit le «prix raisonnable» ou, comme le disent les Saoudiens, le «prix juste»– a considérablement augmenté ces dernières années.

1- la rivalité sur ce juste prix

Si l’on se réfère à l’Arab Petroleum Investments Corporation, le prix qui arrange les Saoudiens se situerait autour de 94 dollars le baril, soit moins que le prix actuel du Brent. Or L’Iran par exemple a besoin de vendre son baril à 125 dollars pour qu’il soit rentable, ce qui explique la guerre que se livrent l’Iran et l’Arabie saoudite au sein de l’Opep. Mais en l’absence de réformes politiques profondes qui seules pourraient fournir à l’Arabie saoudite d’autres sources de revenu, ce prix de revient va sûrement selon cette même Corporation en augmentant. Cette rivalité entre des membres d’une même organisation n’est pas une dispute théorique. Elle pourrait avoir de sérieuses implications sur le futur de l’économie mondiale. Que l’Arabie saoudite le veuille ou non et elle ne le veut certainement pas, le marché global de l’énergie va s’ouvrir de plus en plus à la concurrence. Dans un marché concurrentiel, le pétrole doit être fourni par tous les producteurs en tenant compte à la fois de leurs réserves géologiques et de leurs marges. Il y a quelque chose de profondément malsain de voir les Etats-Unis, qui disposent d’environ 2% des réserves conventionnelles de pétrole produire plus de barils par jour que l’Arabie saoudite.

2- L’Iran prépare sa stratégie pour ne pas subir le revers de la médaille

Avec cette légère ouverture économique du monde occidental envers les Iraniens, ils se sont rapprochés des Irakiens pour une alliance afin qu’à long terme ils prendraient le contrôle de l’OPEP et donc écarterait le veto saoudien sur les prix. Il faut dire que l'Irak a encore de nombreux défis à relever pour devenir le géant pétrolier qu’il ambitionne d’être d’ici quelques années. Le potentiel pétrolier de l’Irak est très important : au coude à coude avec l’Iran pour la position de deuxième producteur de brut de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), le pays possède 9% des réserves mondiales d’or noir, selon la BP Statistical Review of World Energy. L’Irak est au pétrole conventionnel ce que les États-Unis sont au pétrole non conventionnel. Les exportations irakiennes de brut ont en effet bondi entre 2010 et 2012, passant de 1,88 million de barils par jour (mbj) à 2,4 mbj fin 2012, selon Thamir Ghadhban, ancien ministre irakien du Pétrole et aujourd’hui proche conseiller du Premier ministre Nouri al-Maliki. Et l’Irak ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : le pays ambitionne de porter sa production à 4,5 mbj fin 2014 et à 9 mbj en 2020, contre 3,4 mbj actuellement, d’après la Stratégie énergétique nationale intégrée (INES) présentée par le gouvernement fédéral irakien. Cet objectif est jugé trop ambitieux par certains observateurs, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) envisageant par exemple une production irakienne de 6 mbj en 2020.Mais le gouvernement de Nouri El Maliki est décidé de surmonter tous les obstacles. Le pays doit notamment améliorer ses infrastructures, à la fois pour apporter de l’eau sur les sites pétroliers et pour exporter le pétrole. Ces infrastructures sont l’une des clefs pour augmenter les exportations.

De nouveaux oléoducs vont être construits, L’objectif est de porter la capacité d’exportation de pétrole au sud du pays : d’où sort la grande majorité du brut irakien : 3,8 mbj actuellement à 6,8 mbj en 2017. La bureaucratie crée beaucoup de frustrations chez les compagnies internationales qui se plaignaient des délais requis pour obtenir des visas ou réaliser les importations de matériaux nécessaires. Quant à la sécurité, elle reste une source d’inquiétude pour les entreprises même si le nombre d’incidents reste faible, comparé au pic de 2006-2007 où de nombreux oléoducs ont été attaqués. En ce qui concerne l’épineuse question des relations entre le gouvernement fédéral irakien et le gouvernement régional du Kurdistan, les autorités de la région autonome Kurdistan ont récemment signé plusieurs accords de prospection pétrolière avec des compagnies étrangères, contre l’avis du gouvernement central de Bagdad, qui les juge illégaux. Les diplomates et les spécialistes estiment que les problèmes entre Bagdad et la région autonome kurde, dotée d’une grande partie des réserves de brut du pays, sont l’une des plus lourdes menaces pesant sur la stabilité à long terme du pays. Dans tous les cas de figures et en cas de la coopération entre l'Iran et l'Irak et la réalisation des objectifs prévus pour l'augmentation de la capacité de production du pétrole, l'on arrivera, à court terme à un chiffre susceptible de remettre en cause la suprématie de l'Arabie Saoudite sur les marchés mondiaux du pétrole, d'autant que ces deux pays disposent des réserves qui sont, a total, supérieures à celles de l'Arabie Saoudite.

3- L’Irak a-t-elle les capacités techniques ?

Ce pays est condamné à exploiter rationnellement son pétrole et gaz pour rehausser son statut et élever le niveau de sa population. Il a la capacité de produire de plus en plus de pétrole. Il a même un grand potentiel. Pendant plus de trois décennies, le pays a souffert de guerres dévastatrices et des sanctions internationales. Alors que sa production avait atteint 3,5 millions de barils/jour en 1979, elle vient tout juste de revenir à 3 millions de barils/jour. Pendant toute cette période, elle aura été inférieure au niveau atteint alors. Un tiers de la surface de l’Irak présente un grand potentiel d’exploitation de pétrole et de gaz mais il n’y a pas eu de campagne d’exploration pendant plus de 25 ans. Aujourd’hui, l’Irak s’est imposé comme le troisième exportateur mondial de pétrole, derrière l’Arabie saoudite et la Russie mais devant l’Iran. Quinze méga-contrats ont déjà été signés. La production à Majnoun, un des champs pétroliers géants, va démarrer d’ici la fin de l’année. L’AIE se montre plus prudente que les autorités de Bagdad quant aux estimations et table sur une production de 6,1 mb/j en 2020 puis de 8,3 mb/j en 2035. Mais ce serait déjà énorme.

S’il ne fallait retenir qu’un chiffre, ce serait celui-ci : la croissance de la production mondiale de pétrole d’ici à 2035 sera assuré à 45% par l’Irak, à 42% par d’autres pays de l’OPEP, et à 12% par les pays non-OPEP, résume Fatih Birol, chef économiste à l’AIE, qui a dirigé l’Iraq Energy Outlook et qui était présent également à cette conférence de l’IFRI. Bagdad entend bien profiter de ce retour en force sur la scène pétrolière. Thamir Ghadhban a été le candidat de son pays au poste de secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). L’Équateur et l’Arabie saoudite, premier producteur mondial, sont également sur les rangs. L’Irak a des arguments : les pays du Golfe ont accumulé des milliards de dollars de réserve ces dernières années, Dans son esprit, les Emirats pétroliers de la péninsule arabique ont plus que profité de l’affaissement de la production irakienne. À présent, "ils ont intérêt à les satisfaire". Bagdad ne se sent, pour l’instant, lié par aucun quota de plafonnement de sa production. "Nous sommes membres de l’OPEP mais nous ne sommes pas dans le système de quota", explique l’ancien ministre. "Aujourd’hui, personne ne s’oppose à la hausse de notre production. Nous considérons que jusqu’à 3,5 mb/j, il n’y a pas de problème. Après, on discutera". D’ordinaire, l’OPEP veille à coller au plus près de la demande mondiale de pétrole pour maintenir des prix élevés. "Auparavant, il y avait un accord implicite selon lequel l’Iran et l’Irak maintenaient des productions équivalentes", indique-t-il. "Or aujourd’hui, l’Iran produit 4,2 mb/j. D’autres pays que nous ont des projets pour augmenter leur capacité. Sur quels critères ? Il faudra qu’on en discute : la population ? Le besoin de rentrées financières ? Les réserves connues ? En tout cas, nous n’avons aucune intention de quitter l’OPEP". Le choix du prochain secrétaire général étant fait le 12 décembre dernier. Tous les spécialistes estiment que la rivalité entre l’Irak et l’Arabie saoudite va s’exacerber dans les prochaines années.

Rabah Reghis, consultant et économiste pétrolier

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Commentaires (3) | Réagir ?

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Bachir ARIOUAT

Quand, l'Irak retrouvera sa pleine compétence politique et économique, et que l'Alliance Irak, Syrie, Iran, reprendront et ils fonctionneront en osmose, il suffit de regarder l'histoire de ces pays, pour comprendre, que l'Arabie Saoudite avec où sans l'Egypte qui est toujours entre les mains d'une armée corrompue, l'Arabie Saoudite et ses alliés dans la région auront qu'à se tenir tranquille, ils n'auront même pas le rôle de porteur des boites de cirages au profit des Etats-Unis.

L'Iran qui est déjà une puissance militaire indépendante dans la région, ce pays disposera de l'arme Atomique qu'il n'en déplaise à la France, la Russie, Israël, et consort, ces pays Iran, Irak, Syrie, redeviendrons les pions principaux dans la région, c'est eux qui compteront vis-à-vis des autres pays à puissance égale où supérieurs.

L'Arabie-Saoudite, ses complots diviseurs et manipulateurs du monde Sunnite resteront loin derrière et ils redeviendrons des porteurs des boites de cirages de ces pays, comme dans le temps, place qu'ils n'auront jamais dû quitter.

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ali chemlal

L' alliance Iran Irak doit s' élargir a d' autres pays, l'Egypte, l'Algerie, la Syrie, la Tunisie, pour aboutir a l'isolement de l'Arabie Saoudite et du Qatar, les Fabriques de terroristes, car tout le mal que subissent les pays arabes, vient de ces fournisseurs d' armes et de propagandes pour déstabiliser les pays d' Afrique et du Moyen Orient.

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Bachir ARIOUAT

Mon avis, nous ne devrons pas nous alliés aux pays d'Asie, nous n'avons pas la culture et la pensée de ces pays, la priorité doit être donner en premier au pays originaire de l'Afrique du nord et certains pays de l'Afrique noirs qui sont plus proche de notre culture et civilisation.

D'autre part, qu'on le veuille où non, nous sommes plus proche du mode vie de l'occident que du moyen orient, mais sans pour autant se considérer que nous sommes des occidentaux, nous sommes entre les deux, pour ce qui concerne, la vision de la vie, la liberté d'expression, la tolérance, nous sommes proche de l'occident, alors que le monde Asiatique, il est intolérant, ils n'ont pas la liberté d'expression et j'en passe.