Newsletter
Evaluer l'article ?
Interdiction des « Geôles d'Alger » : les révélations de Boussad Ouadi, directeur des éditions Inas
le 20 Novembre, 2007 11:22:00 | 3417 lecture(s) | Voir Réactions
En réponse aux allégations de Salah Chikirou, directeur central à l’Agence nationale des éditions et de la publicité (Anep) et membre du comité chargé de l’exécution du Salon international du livre d’Alger, lors de l’interview accordée le 15 novembre dernier au Soir d’Algérie, Boussad Ouadi directeur des éditions Inas, éditrice des « Geôles d’Alger », réagit et fait des révélations.
Le Soir d’Algérie : Pourriez-vous nous donner votre version des faits concernant cette «affaire »?
Boussad Ouadi : Lors de l’inauguration du Salon international du livre d’Alger par le président de la République, j’étais avec Mohamed Benchicou à l’entrée de la Safex. On nous a bloqué, donc je n’ai pu accéder à l’intérieur du Salon. Ce que nous savons nous a été rapporté par Mina Talbi, ma représentante commerciale. Sauf qu’à 16h40, je reçois un appel de Smaïl Ameziane, le directeur général de Casbah Editions, me demandant où se trouvait mon stand. Il ne sait pas ce qui se passe. Il est sollicité par une foule de curieux qui cherchaient le stand Inas. Une heure plus tard, j’apprends par Mme Talbi, qui avait fait circuler l’affiche annonçant la sortie du livre de Benchicou auprès des journalistes, que les agents de la sécurité de la Safex ont reçu l’ordre de fermer le stand des éditions Inas. Ce communiqué destiné uniquement à la presse a été distribué pendant la visite du président de la République. C’est effectivement ce qui a déclenché la panique des membres du comité d’organisation. Le lendemain, Salah Chikirou nous propose un compromis en promettant de rouvrir le stand pendant la journée. En fin de journée, rien n’avait été fait. Sur conseil du directeur de la Safex, je fais une lettre au président du comité pour lui annoncer l’expo-vente du livre de Mohamed Benchicou que je remets le vendredi suivant. Il semblerait que cette lettre les ait rendu complètement fous parce qu’ils n’aiment pas les écrits bien sûr.
En clair, quand a eu lieu la fermeture de votre stand et surtout dans quelles conditions ?
Contrairement aux affirmations de M. Chikirou, la décision de fermer notre stand n’a pas été prise le lendemain de l’ouverture du Salon mais bel et bien lors de l’inauguration par le président. Notre stand a été muré le 31 octobre à 18h30 avant même qu’un seul livre n’ait été mis en circulation. C’est à la vue du communiqué de presse que cette décision a été prise par une autorité qui n’a même pas pris la peine de nous la notifier. C’est une relation commerciale, il y a un contrat. C’est à notre demande insistante que nous avons été reçus le 1er novembre par Salah Chikirou qui «aurait obtenu un compromis », selon ses dires, pour rouvrir notre stand à condition que je prenne l’engagement écrit que je ne mettrai pas en vente «le livre de Benchicou».
Quelle a été votre réaction face à cette décision ?
Par lettre au comité d’organisation, j’ai manifesté ma réprobation contre cette voie de fait arbitraire. J’ai demandé la réouverture de mon stand afin de permettre à Mohamed Benchicou de dédicacer son livre comme tous les auteurs algériens. Dans l’après-midi de ce triste 1er novembre, ô combien symbolique, une nuée de responsables de la Safex, de la police, de l’Anep, et que sais-je encore, se sont rués sur mes collègues pour leur arracher les livres et refermer précipitamment, puis définitivement notre stand. Tout ceci, bien sûr, sans aucune notification officielle écrite.
Quel sentiment nourrissez- vous vis-à-vis d’une organisation «partiale » qui régente chaque année le plus grand événement littéraire à Alger ?
Ce qui me révolte c’est «les voleurs qui crient au voleur». Une fable. On invente et on déforme même la loi pour dire : «Ah ! vous êtes pris en flagrant délit !» Mais cette loi, vous n’en avez pas connaissance, elle n’a aucune légitimité… Il n’a jamais été demandé à un éditeur algérien de faire une liste de ses ouvrages pour être autorisé à exposer. Cela n’a jamais existé. Personne n’en a eu connaissance auparavant. Si vous n’avez pas signé au bas d’une réglementation intérieure «j’accepte ses conditions», comment peut-on vous reprocher de ne pas les avoir respectées. Depuis 1980, jamais un éditeur algérien n’a été soumis à fournir une autorisation.
Cette liste complète vous aurait probablement évité tous ces tracas…
Cette liste est un inventaire des ouvrages qu’il y avait avant. Ce livre ne pouvait pas y figurer puisqu’il n’existait pas dans l’inventaire. Moi, je ramène ce livre pour moi, s’il s’était agi d’une liste pour autorisation, je ne l’aurais jamais fournie. Je ne permets pas à Salah Chikirou ou à qui que ce soit de m’autoriser ou pas à vendre les livres que j’édite. Je dénie le droit à quiconque de me l’interdire. Mes livres je les mets en vente partout. Au nom de quoi pour le Sila cela ne serait pas le cas ? Si cela devait arriver, je n’y participerai pas.
Pourtant si réglementation il y a, vous devrez vous y soumettre comme les autres… Pourquoi vouloir vous démarquer ?
Ce que je dis ici est qu’il existe une réglementation applicable uniquement aux exposants étrangers. Or, je ne suis ni japonais ni libanais, donc mes livres sont autorisés à la vente dans toute l’Algérie. Le Libanais est soumis à une loi qui s’appelle le visa du ministère de la Culture qui a été édictée par Habib Hamraoui Chawki lorsqu’il était ministre de la Culture. Un livre algérien ne peut être soumis à cette loi. Il peut être, en effet, interdit par la justice et par la police. Ou alors il est en circulation et là, aucun fonctionnaire d’où qu’il vienne n’a de légitimité pour l’interdire sauf s’il se considère comme un auxiliaire de justice. S’il se considère comme un flic, là d’accord, sinon, je ne reconnais d’autre autorité que celle de la justice et de la police pour le reste, je prends mes responsabilités. Je vais devant le juge et on s’explique. C’est sur le fond que je remets en cause l’argument avancé par Salah Chikirou.
Avez-vous engagé une action en justice ?
Oui. J’ai été soumis à une décision arbitraire. C’est un litige commercial. Un préjudice moral et matériel qui m’a été causé. C’est mon droit de citoyen et de professionnel d’être présent au Salon. On m’en a empêché, je veux connaître la raison. Je demande réparation du préjudice financier et moral. Et c’est à ceux qui ont pris la décision de me répondre. C’est une aberration ! C’est comme si on vous faisait un procès, on vous pique votre argent et vous n’avez même pas un procès-verbal ni même un écrit. Vous ne savez même pas à qui vous avez affaire. Moi, j’ai payé ce stand, on ne me l’a pas offert. Cet argent va où ? A ce propos, pendant le Sila mon avocat a intenté une action en justice. L’affaire est en cours. Un huissier a constaté la fermeture du stand. Nous avons des preuves : des photos et le courrier que j’ai transmis au président du comité d’organisation.
Que reprochez-vous au comité d’organisation du Sila présidé par le patron de l’Anep ?
Je dénie à l’Anep le droit de régenter ce Salon du livre. C’est un scandale. Tous les salons du monde sont organisés par des professionnels. Qu’est-ce qu’on va inventer nous en plus ? Même les Tunisiens qui sont sous la botte de Ben Ali, même les Marocains, on les laisse travailler. Dans la profession, c’est plus subtil parce qu’il y a des intérêts trop divergents. Dans la profession, il faut trouver des équilibres pour que chacun puisse être ! Mais il faut que ces équilibres se trouvent dans une organisation, une association où tous les intérêts y sont. Or, il n’y a rien, il n’y a qu’eux. C’est le pouvoir politique. Vous croyez que c’est rendre un hommage à Abdelaziz Bouteflika en mettant ses préfaces partout. De salir le nom du président en face de n’importe quel taré qui écrit n’importe quoi. C’est une honte. On recule. C’est le retour à la République bananière. A l’époque de Houari Boumediène, ils ne faisaient pas ça et ça ne se faisait pas. Ce sont des apparatchiks qui s’imaginent bien gérer leurs carrières parce qu’ils vont mettre le portrait de Abdelaziz Bouteflika. Que le président soit là, honoré, c’est son rôle !
S’il y avait eu une organisation, le scénario aurait-il été autre ?
C’est un salon commercial, culturel. Il y a l’intérêt du libraire, celui de l’éditeur, de l’imprimeur et celui de l’importateur. Il y a des guerres entre nous mais on trouve des terrains d’entente qui font que tout le monde est à peu près satisfait. Et on fait valoir l’éthique professionnelle, on fait se confronter des intérêts divergents pour arriver à une synergie.
Pour conclure, quelle perspective offre cette «affaire» à l’expérience de la liberté d’écriture en Algérie ?
Enfin, cette expérience reste instructive à plus d’un titre et elle fera date dans les annales de l’édition algérienne. Il faudra méditer sur le courage de cet homme injustement incarcéré durant deux ans pour des motifs inavouables, à nouveau interdit de Salon du livre, toujours pour les mêmes motifs inavouables mais toutefois édité dans son pays librement et lu par des milliers d’Algériens qui s’arrachent son livre dans des séances de ventes-dédicaces émouvantes, durant lesquelles se mêlent de simples gens du peuple, des intellectuels, des hommes politiques qui se reconnaissent dans son combat pour la liberté d’écrire et de dire librement ce que l’on pense, ce que l’on veut, dans le respect de toutes les opinions. Puisse cette expérience se renouveler et que se créent un, deux, trois, plusieurs Benchicou…
Propos recueillis par Sam H.
lesoirculture@lesoirdalgerie.com
Postez un commentaire
Réactions (1 poste(s))
-
Posté par wahab benidir, 21 Novembre, 2007 06:03:58Aprés Octobre 88 et son nouveau lot de chouhada de la cause nationale, il est impensable d'assister à pareille chose. Non seulement les responsables de tous nos maux sont de retour, mais force est de constater qu'ils sont plus ancrés qu'auparavant. Rien qu'a entendre les discours creux d'un Belkhadem (avec sa double casquette), rien qu'à voir les apparatchiks de l'ancien système sur le devant de la scène, il n'y a qu'un pas qui nous sépare de l'abîme (dixit un ancien premier responsable du FLN des années 70 aujourd'hui disparu). Faire du neuf avec du vieux a toujours été impossible car ces gens là, fermés à tout, ne gérant que leurs intêréts immédiats fussent-ils au détriment du peuple, ont certainement juré d'avoir leur revanche contre le peuple qui les avait vomit sans aucune forme d'équivoque. Le larbinisme dont il font preuve (et le Président n'a besoin de personne car avait-il dit, il n'acceptera jamais d'être un Président décomposé en fraction). Que les BELKHADEM et consorts nous mènent à notre perte est inacceptable, car tôt ou tard, le réveil sera inéxorablement là. En définitive, des zélés plus royalistes que le roi essayent par tous les moyens de plaire à la Cour croyant aller dans le sens voulu, donnant des preuves d'allégeance plus conséquentes et pensant surtout que le Palais, reconnaissant, recompenserait leur attitude (attention au retour de manivelle). VIVE LA LIBERTE dans sa globalité et honte à ceux qui veulent nous mettre des oeillères en ce 21ème siècle qui avec les moyens modernes de communication nous à permis et en avant première de lire des extraits du livre de Mr BENCHICOU par le biais du Net (alors ITABTBOU KOULHOUM), le livre est là, bien là, et les Algériens l'ont bien lu (d'ailleurs même à l'intérieur des bourgades, il fait l'objet de véritables débats). Bon courage à tous.

Accueil





