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Debat :« La démocratie est-elle concevable dans le monde musulman ? » 6. En Turquie les femmes ont peur

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Si une nouvelle Constitution permet aux femmes le port du voile dans les administrations comme à l’université, la pression sociale obligera alors tout le monde à le faire, affirme une féministe turque.

Alors que le débat fait rage à propos du projet de nouvelle Constitution, notre Premier ministre Tayyip Erdogan semble vouloir donner des garanties sur la question du voile et sur ses conséquences en termes de pression sociale. “Que les femmes n’aient donc pas peur ! Qu’elles n’aient aucune inquiétude !” a-t-il ainsi déclaré. “Cela fait cinq ans que l’AKP est au pouvoir, et que s’est-il donc passé en Turquie ? Où est le problème ?”
Et pourtant, monsieur le Premier ministre, les femmes commencent vraiment à avoir peur ! Celles qui n’ont pas voté pour l’AKP et qui n’ont jamais envisagé de se couvrir la tête sont très inquiètes depuis le lendemain des élections. Il n’y aurait aucun problème, selon vous. Laissez-moi vous donner un exemple, qui vous paraîtra peut-être sans importance mais qui est en réalité extrêmement révélateur.

Les veuves mettent le voile de peur d’être mal vues

Il n’aura ainsi échappé à personne que les jeunes femmes qui viennent travailler comme femmes de ménage ou en tant que baby-sitters dans les quartiers aisés d’Istanbul commencent depuis quelques années à porter le voile. Elles sont même désormais toutes voilées… en tout cas jusqu’au moment où elles rentrent dans les maisons où elles sont employées. En effet, là où elles travaillent, elles sont loin de chez elles. Elles y sont donc plus à l’aise et se promènent toute la journée en tee-shirt, portent des jupes qui vont jusqu’aux genoux et ne voient même aucun inconvénient à avoir des contacts avec des hommes qui viennent par exemple effectuer des réparations dans ces maisons. Cela ne pose aucun problème, puisque c’est comme cela qu’elles ont toujours vécu… du moins jusqu’au moment où l’AKP est arrivé au pouvoir.
En effet, depuis quelques années, elles subissent dans leurs quartiers une pression croissante, au point que les jeunes femmes de leur âge se sont maintenant résolues à porter le voile. Depuis trois ou quatre ans, certaines femmes, et en particulier les veuves qui veulent obtenir des aides à l’occasion de distributions de nourriture ou de charbon, mettent désormais le voile de peur d’être mal vues. Soyez donc certain, monsieur le Premier ministre, que le jour où cesserait cette pression sociale dans leur quartier, ces femmes se dévoileraient immédiatement.
Nous avons ainsi été témoins de ce changement forcé chez les femmes qui travaillent chez nous. Nous craignons donc que cette pression sociale qui s’exerce sur ces femmes s’étende aussi à nous dans les huit ou dix années à venir. Cette crainte n’existait pas avant le 23 juillet [lendemain des élections législatives qui ont vu la victoire de l’AKP avec 46 % des suffrages] chez les femmes qui ont suivi des études et qui ont gagné leur liberté sur le plan économique.
Mais, aujourd’hui, l’inquiétude chez ces femmes a atteint son paroxysme. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans mes articles au lendemain des élections du 22 juillet, cela fait maintenant deux mois que je me suis transformée en une sorte de mur des lamentations pour les femmes désemparées, qui se voient de plus en plus comme une minorité. Il ne m’est désormais plus possible d’aller chez le boucher ou à la banque sans que des femmes – que je ne connais pas mais qui, elles, me connaissent – m’abordent pour me faire part de leurs inquiétudes par rapport à cette situation. Je suis également bombardée de messages électroniques allant dans ce sens.

Prendre ma fille avec moi et quitter la Turquie

Dans ces conditions, monsieur le Premier ministre, vous seriez bien avisé de réaliser une enquête – l’AKP fait ça très bien – aussi auprès de ces femmes. Cette enquête ne vous donnerait probablement aucune indication pertinente si elle était réalisée auprès de ces jeunes femmes de ménage qui sont obligées de porter le voile pour échapper à la pression sociale. Il en serait par contre tout autrement si cette même enquête prenait vraiment en compte les états d’âme des “femmes qui ont peur”. Cela permettrait peut-être de dissiper ces craintes, si tant est que ce soit là votre intention.
Aujourd’hui, je n’ai donc malheureusement aucune certitude quant à la possibilité que je puisse dans huit ou dix ans sortir sans me couvrir la tête. Si la pression sociale des quartiers devait atteindre le cœur des villes, je pourrais alors être obligée de prendre ma fille avec moi et de quitter la Turquie.

 Postez un commentaire Réactions (1 poste(s))

  • Posté par popeye_dz wali, 21 Octobre, 2007 15:42:17
    Les premieres victimes de l'islamisme ont toujours été les femmes car objet de frustration des musulmans ; c'est un élément clé dans l'asservissement des peuples entiers en attendant.... le paradis disent ils.La Turquie semblait bien partie sous ATTATURK mais il est regrettable de constater un virage à 180 degrés avec le retour des islamistes au meme moment ou elle negocie son admission dans la communauté europeenne ; Les islamistes turques veulent le beurre et l'argent du beurre. Les europeens ne sont pas dupes et Sarkozy a bien raison d'opposer un NON categorique.. aujourd'hui c'est le foulard, demain la burka, et apres demain une mosquée à 3 Milliards.
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