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Quand l’Occident soutient ses banques, l’Algérie brade les siennes
le 08 Février, 2008 23:19:00 | 4597 lecture(s) | Voir Réactions
Avec la tentative de dénationalisation des hydrocarbures inscrite dans la loi de privatisation de Sonatrach de 2005, le projet de vente du CPA constitue une des attaques la plus symbolique et la plus frontale jamais menée contre l'indépendance économique du pays, au nom d’une prétendue politique néolibérale. La cession de cette banque, dont les résultats financiers sont plus que positifs (la question des 900 millions de dollars de créances douteuses est à appréhender sur un autre registre), présente un risque réel pour la sécurité financière du pays puisque elle permettrait au repreneur de réaliser des super bénéfices en un temps record sur nos propres ressources en devises, de transférer en devises ses dividendes, et de cogérer, indirectement avec notre banque centrale, l'enveloppe cash annuelle destinée aux importations, c’est-à-dire... une partie de nos réserves de change. Pas moins !
A quelque chose pourtant malheur est bon, car il faut bien admettre que l'on doit à la crise financière mondiale le gel de cette douteuse opération, dont tout montre qu’elle obéit à de sombres considérations politico-mafieuses. En fait, plus qu’un report relevant de la volonté du vendeur, il s’agit plutôt d’une mesure imposée par la conjoncture internationale. Le CPA n’a plus de candidat-repreneur ; sa privatisation est en panne pour cause de crise financière mondiale.
En frappant de plein fouet le système bancaire mondiale, et au premier chef les banques européennes et américaines, le krach boursier du 21 janvier, parti de la crise des "subprimes" américains (crédit immobiliers à risques), laisse encore planer la menace d'une récession mondiale qui, pronostiquent certains experts, pourrait bien, tôt ou tard, gagner "l'économie réelle".
Malgré les assurances des gouvernements et les mesures de soutien prises par les banques centrales des pays les plus atteints (FED, BCE, Banque d’Angleterre) cette crise n’en finit pas de provoquer des dégâts en cascade. Sa première répercussion sur l’Algérie aura été de réduire fortement, pour ne pas dire à néant, le champ des prétendants à l’achat du Crédit populaire d’Algérie, mais il faut s’attendre également à subir d’autres impacts différés dont nul ne peut supputer l’ampleur.
La disparition, un par un, des candidats-repreneurs du CPA s’est opérée en l’espace de quelques mois. En novembre dernier, dès les premiers signes de turbulence des marchés financiers, trois postulants - le Crédit agricole, Santander et Citibank -, parmi les six banques étrangères pré qualifiées pour entrer dans le capital de la cinquième banque algérienne, avaient dû réviser leurs projets d’investissement et s'étaient retirées de la course. L’américaine Citibank et la française Crédit Agricole n’étaient plus en position de solliciter leurs actionnaires respectifs pour racheter les 51 % la banque proposée à la vente. Comment, en effet, décaisser une grosse somme d’argent nécessaire à l’achat d’une autre banque lorsque qu’on vient soi-même de subir des déficits particulièrement élevés ?
En automne déjà, la crise financière qui se profilait commençait à raréfier les crédits, l'argent ne coulait plus à flots. Le durcissement des conditions d’accès aux prêts allait compromettre nombre de projet d’acquisitions. Les investisseurs exigeaient davantage de garanties et une rémunération plus élevée de la part des titres adossés à la dette. D’où la faiblesse des offres faites par les prétendant à l’entrée dans le capital du CPA, d’un montant équivalent à peine au tiers du prix de cession attendu, chiffre ridicule qui a obligé les autorités algériennes à « surseoir » à l’opération. Ne l’auraient-elles pas fait, la crise financière s’en serait chargée. Ce qui n’a pas manqué de se produire.
Quelques semaines après cette annonce, le krach boursier du 21 janvier acculait les derniers postulants, les trois banques françaises restées en lice - Société Générale, BNP-Paribas et Natixis/Banque Populaire - à déclarer forfait. La première, victime d'une "fraude" sans précédent, traverse une zone de turbulence qui pourrait lui être fatale. De nombreux observateurs la donne cible d'un possible "raid" de la part de sa rivale BNP-Paribas (fortement soutenue par l’Elysée intéressé à garder la Société Générale dans le giron français), désormais occupée à chercher à s’emparer de sa concurrente. Natixis, elle non plus n’est pas sortie indemne de la tempête : la crise des subprimes, qui a fait plonger ses titres et ses résultats, l’a tout naturellement éliminée de la course. En l’état actuel du marché et au vu de l’ampleur des dégâts déjà provoqués, tout laisse présager que le CPA ne trouvera pas preneur de sitôt.
Pendant que les conjectures sur les risques de récession mondiale continuent d’aller bon train, que les prévisions s’entrechoquent, la contagion, elle, se poursuit. Au niveau internationale, La crise des « subprimes » a dévoilé la fragilité d’un système soumis à la dictature de la finance internationale, elle a aussi montré comment aux pays du capitalisme triomphant, les gouvernements, habituellement hostiles à tout interventionnisme étatique, pouvaient, quand leurs intérêts nationaux étaient en jeu, fermer les yeux sur leur sacro-saint dogme de la liberté du marché pour voler au secours des banques privées misent en difficulté par leurs pratiques spéculatives. Les plus libéraux surtout, on fait preuve d’un opportunisme sans précédent. « Sarkozy vire anticapitaliste ! » titrait ironiquement le canard enchaîné, pendant que Gordon Brown, le premier ministre anglais, se déclarait prêt à nationaliser une banque britannique au bord de la banqueroute, dans le seul objectif de la renflouer…
La réactivité et le pragmatisme des autorités occidentales ont mis en lumière l’ineptie et la perversité des orientations économiques du gouvernement algérien, largement à contre-courant de ses intérêts nationaux.
Au final, le krach boursier aura certes contrarié les projets du gouvernement Belkhadem, mais nullement infléchit sa politique de bradage et de démantèlement.
Meriem Benmahdi
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Réactions (2 poste(s))
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Posté par Akli Zamouche, 09 Février, 2008 20:10:16Depuis quelques semaines, ouvertement ou dans les arcanes des instances internationales, le gouvernement algérien mène une campagne de lobbying et de pressions pour accéder à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Or, au niveau interne, algérien proprement dit, un débat, feutré mais réel, existe et les responsables algériens ne manquent de cohérence dans leurs propos, voire leurs critiques. Ils n'hésitent pas à faire des comparaisons avec le Maroc et la Tunisie, à souligner leurs performances en matière d'exportations, le succès de leur politique économique et financière. Du coup, les regards se projettent vers un système algérien fermé, mais fermé de bout en bout, cloisonné, hermétique même. L'Algérie, qui détient une manne pétrolière et gazière considérable, bénéficie d'un pactole de plus de 150 milliards de dollars de plus-value pétrolière, souffre d'isolement et d'incohérence. Ce sont-là les propres mots lancés à la cantonade dès qu'il s'agit d'évoquer la tragédie d'un pays qui ne sait quoi faire de son argent, ou plutôt qui le fait délibérément dilapider. Pourtant, le même questionnement ne peut éviter de mettre en cause un président, Abdelaziz Bouteflika, qui conduit à l'impasse non seulement son propre pays mais le Maghreb tout entier. Il n'a pas encore compris, disons ne veut pas comprendre, qu'à l'heure actuelle, où la mondialisation nécessite des réponses concertées et collectives, seule la constitution d'un ensemble géoéconomique-faute d'union politique-peut assurer un développement et garantir une meilleure posture des nations. L'ALENA,l'Union européenne ou autres groupements dans le monde mettent en place des mécanismes de concertation et d'action qui les préservent de toute évidence de toute déstabilisation quelconque. Le Maghreb est depuis plusieurs décennies en panne totale, par le simple caprice d'un homme, Abdelaziz Bouteflika qui, après avoir fait l'impasse sur l'union politique, après avoir refusé de s'inscrire dans une démarche collective contre le terrorisme et livré ainsi les zones du sud saharien aux mains d'al-Qaïda Maghreb, est en train de ruiner également les chances d'une possible et virtuelle union économique. Son gouvernement-à la grande stupéfaction du peuple algérien qui ne le suit plus dans ce genre d'affaires-a préféré privilégier des banques européennes, françaises notamment, pour mettre en œuvre la privatisation du secteur bancaire algérien. Il n'est pas jusqu'au douloureux problème du terrorisme qui, par la faute d'un président accroché à ses démons du passé, demeure entièrement posé aux peuples de la région, menace leur stabilité parce que Bouteflika préfère faire cavalier seul. Ce non-Maghreb est jeté au-dessus de nos têtes, comme une épée de Damoclès, suspendu tant que le président algérien ne cessera de se complaire dans son jeu préféré : la duplicité qui lui fait dire à tout bout de champ qu'il est maghrébin-comme lors de sa dernière rencontre jeudi avec le Président tunisien- et en même temps d'être l'adversaire acharné et invétéré de l'unité des peuples Magrebins.
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Posté par Dda Stayevski, 09 Février, 2008 14:06:39Article intéressant, merci Meriem Benmahdi. Et si vous pouviez approfondir, et élargir!, ce sujet en nous donnant des exemples de bradage et de démantèlement en Algérie car moi personnellement je suis très mal informé sur ce sujet.

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