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L'islamisme entre vision politique et vision policière
le 05 Septembre, 2007 02:08:00 | 2601 lecture(s) | Voir Réactions
Certes, d’aucuns estiment – c’est leur droit – que les islamistes ( je pense au GSPC) sont manipulés par les services secrets. Cette thèse véhiculée par des islamistes algériens qui se sont rendus compte, après coup, que certains attentats desservaient leur cause, thèse relayée de surcroît par certains médias, procède d’une vision policière et non d’une vision politique du fait terroriste islamiste. Il est, en effet, possible de noyauter un groupe armé, mais manipuler tout un mouvement, de la base au sommet, est impossible. Affirmer que cela est possible, c’est sous-entendre que les islamistes radicaux sont des simples d’esprit que l’on peut facilement instrumentaliser : or, ce sont des gens convaincus politiquement et idéologiquement. De plus, la thèse de la manipulation et de l’instrumentalisation de l’extrémisme religieux fait l’économie de la réflexion sur les vrais causes du développement de ce phénomène tout en le sous-estimant dangereusement. Que des régimes aient laissé ce phénomène se développer en pensant qu’ils pourraient l’instrumentaliser contre les forces de la démocratie et de la modernité, est un fait évident. Le régime égyptien d’Anouar Sadate en est une parfaite illustration : il a été celui qui a le plus utilisé les religieux islamistes pour se débarrasser de ses adversaires. Or, l’histoire nous a montré les limites de telles pratiques : le résultat aura été une propagation sans précédent de l’islamisme et qu’aujourd’hui l’Egypte est au bord d’une révolution islamique. Toute chose égale par ailleurs, cela est vrai pour l’Algérie. C’est la raison pour laquelle aucun service secret au monde, y compris la puissante CIA, n’est parvenue à les manipuler. La CIA a cru pouvoir le faire quand elle a financé et armé les moudjahidin afghans et un certain Oussama Ben Laden lorsque ce dernier avait oganisé les « afghans arabes ». Pour mémoire, à cette époque, en 1977, Zbignew Brzinsky, conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, avait imaginé la stratégie dite de « La ceinture verte » (Green Belt) destinée à opposer l’islamisme au communisme soviétique considéré par Washington comme la principale menace. Elle consistait à aider les mouvements islamistes à prendre le pouvoir dans les pays arabes et musulmans suspectés d’être proches de l’URSS. Dix ans plus tard, en 1998, en réponse à une question du Nouvel Observateur, lui demandant s’il ne regrettait pas que la stratégie de la Ceinture verte ait favorisé « l’intégrisme islamiste », il se félicitait au contraire de son succès en ces termes : « Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ? » Le problème est qu’en trente ans, les « quelques excités islamistes » ont fait du chemin au point où même la CIA a été incapable d’y faire face quand ils ont commencé à s’attaquer aux régimes alliés des Etats-Unis.
En vérité et plus généralement, ce retour médiatisé du religieux, sous sa forme radicale ou dite modérée, prouve une chose : l’incapacité de la pensée islamique religieuse à se renouveler et à aborder sereinement son époque. Prenons un exemple. Nos religieux et certains intellectuels arabes s’offusquent que l’on caricature grossièrement la religion musulmane. Mais, il suffit d’écouter les prêches diffusés le vendredi par les médias arabes pour s’apercevoir qu’ils ne véhiculent nullement un message de paix et que, dans beaucoup de cas, ils véhiculent la haine pour tout ce qui n’est pas musulman. Autre exemple, la chariâa présentée comme œuvre divine alors qu’elle n’est que le fruit de la création des hommes à partir d’une interprétation des textes sacrés élaborée au Moyen-âge. Et à propos de l’Etat (Algérien, égyptien ou autre) qui fait la promotion de l’Islam, par le biais de l’enseignement, la construction des mosquées, Soheib Bencheikh, qu’on ne présente plus, faisait déjà remarquer en septembre 2001que cet « Etat musulman enseigne sa propre négation à travers l’enseignement d’un Islam qui ne se réforme pas et reste compris pour une société tribale, patriarcale, traditionnelle ». Ajoutant à propos de la chariâa : « faire d’un droit musulman issu des sociétés patriarcales une sorte de droit universel, c’est ce que j’appelle la bédouinisation de l’Islam » et d’indiquer que « toute tentative de réformer l’islam - et le droit musulman en particulier - passe par une désacralisation, par une relecture des textes à la lumière de l’intelligence moderne ». Car concluait-il, ou l’islam « marche avec son siècle, ou il reste en marge de la société moderne ». Soheib Bencheikh n’est pas seul à penser ainsi, l’irakien Madjed al-Gharbaoui, les tunisien Mohamed Charfi et Abdelwahab Medeb, le Jordanien Chaker Naboulsi, les Algériens Mohamed Arkoun, Malek Chebel et Ghaleb Bencheikh, le Marocain Filali Ansary, l’indienne Irshad Manji, pour ne citer que ceux-là, partagent la même préoccupation.
Pour conclure, le problème est que les pouvoirs politiques en place dans le Maghreb et ailleurs ne font rien pour médiatiser le discours de ces penseurs musulmans, voire leur accorder un temps d’antenne, comme ils le font pour Qaradawi. Ils ne le font pas, non pas par peur de leurs peuples, mais par crainte de voir la pensée rationaliste se propager, induisant dans l’esprit du plus grand nombre les valeurs de modernité, de tolérance, de liberté et de respect de l’autre, ouvrant à terme la voie à la séparation du religieux et du politique. Pour ces régimes, cette pensée rationaliste est autrement plus dangereuse que l’islamisme radical dont ils pensent venir à bout par la seule répression. La lutte antiterroriste n’est pas seulement de nature sécuritaire et répressive. Elle est aussi et surtout politique.
H.Z
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Réactions (7 poste(s))
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Posté par Hocine Mezghriche, 09 Octobre, 2007 23:50:58Je suis moi-même heureux de cet échange, qui prouve que de l'honnête discussion jaillit la lumière, puisque la définition de la modernité que vous empruntez à Alain Touraine me convient parfaitement et correspond à celle que je m'échine à faire valoir dès que j'en ai l'occasion. Effectivement la première des choses à faire est de séparer le spirituel du temporel. Mais si je peux me permettre, ce n'est vraiment pas le christianisme qui a opéré cette séparation, mais c'est bien grâce à des hommes fortement rationnels tels que Galilée, Giordano Bruno ou les intellectuels du siècle des lumières (entre autres bien entendu). Bien cordialement.
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Posté par Abdesselam Ali-Rachedi, 09 Octobre, 2007 16:50:44M. Hocine Mezghriche, J'ai déjà défini la modernité, à plusieurs reprises dans le blog du Matin. Bien entendu, ce que je sais du concept de modernité, je ne l'ai pas inventé; c'est le résultat de très nombreuses lectures et de beaucoup de réflexion. Je dois vous avouer que je n'ai commencé à m'intéresser à la question qu'au milieu des années 90. A l'époque, beaucoup d'acteurs politiques algériens avaient mis en avant ce concept, par opposition aux thèses islamistes. Les démocrates militaient activement pour une Algérie moderne (Etats généraux des patriotes républicains, Mouvement pour la république...) sans trop se préoccuper de ce que véhiculait ce concept, comme si le contenu allait de soi. Il se trouve qu'en 1994, me trouvant à Paris, je découvre, par le plus grand des hasards, dans la bibliothèque d'un ami, un livre intitulé : la Crise de la modernité (1992). Moi qui étais convaincu de la pertinence et de la solidité de la position des démocrates, j?apprends que la modernité est en crise et qu'il faut la reconstruire. L'auteur de cet ouvrage, Alain Touraine, a produit d'autres écrits, tout aussi instructifs : Qu'est-ce que la démocratie (1994); Pourrons-nous vivre ensemble, égaux et différents (1997); Un nouveau paradigme, pour comprendre le monde d'aujourd'hui (2005). J'ai su par la suite que cette école de pensée avait des équivalents en Allemagne (Habermas), au Canada (Taylor) et en Grande Bretagne (Anthony Giddens, qui fut un temps conseiller de Tony Blair). A plusieurs reprises, j'ai fait des contributions dans la presse nationale pour tenter de populariser ces idées (notamment un article publié dans Le Matin, intitulé : Réinventer la modernité). Si vous voulez une définition de la modernité, permettez-moi de rappeler celle qu'en donne Alain Touraine : une société moderne est fondée sur deux principes qui ne sont pas de nature sociale : l'action rationnelle et la reconnaissance de droits universels à tous les individus. Il faut remarquer que cette combinaison entre rationalité et droits humains n'est possible que s'il y a eu au préalable séparation du spirituel et du temporel. Cette séparation, le christianisme a su l'opérer. Ce n'est pas encore le cas de l'islam. Autre remarque, le mode occidental de modernisation n'a rien d'universel. De plus, si on suit les auteurs qui ont bien décrit la crise de la modernité, ce modèle est dépassé. Donc appliquer ce modèle tel quel chez nous ne peut qu'échouer. Conclusion: pour espérer en sortir, il nous faut inventer notre propre voie vers la modernité, qui emprunte tout aussi bien à la modernisation occidentale qu'à notre propre héritage. Par ailleurs, j'avais cité la Chine et l'Inde comme des pays où la culture est dominée par la pensée confucéenne, bouddhiste et hindouiste et qui suivent leur propre voie de modernisation mais qui sont encore loin d'une modernité avancée, comme vous le soulignez à juste titre. Quant aux pays arabes, je faisais référence à leurs expériences de développement sur le mode socialiste (Algérie, Egypte...) ou capitaliste (Tunisie, Maroc, Arabie Saoudite...). Les régimes de ces pays ont pensé qu'il suffisait d'importer les sciences et les techniques de l'Occident, d'importer les biens matériels (d'équipement ou de consommation) de l'Occident pour devenir modernes. L'échec a été au rendez-vous. De même pour l'idée de démocratie. Plaquée sur une société qui n'est pas encore parvenue à séparer le spirituel et le temporel et qui n'a pas encore une claire perception de la modernité, la démocratie perd sa substance au profit de la forme. Pour terminer, je vous remercie pour les remarques que vous avez formulées. J'ai été très heureux d'avoir eu cet échange avec vous.
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Posté par Hocine Mezghriche, 09 Octobre, 2007 09:17:06Mr Abdesselam Ali-Rachedi, tout d'abord merci de votre réponse mais permettez-moi quelques remarques: La première sera une simple question : Qu'entendez-vous par modernité? Que mettez-vous précisement sous ce vocable? Ou en d'autres termes, quel est selon vous l'idéal de modernité pour votre pays? Ensuite, je tiens à vous rappeler que je ne confonds nullement modernité (qualité) et modernisation (processus, action), d'ailleurs l'image du train n'était pas fortuite: ce train roule. Vous parlez par ailleurs de combinaison harmonieuse entre universalité de la raison et universalité des droits humains: je crois qu'il y a là entre nous un désaccord fondamental, car à mon humble avis, les seconds n'existent que parce que la première s'exerce. Dans votre panorama historique (pour le moins accéléré) vous usez de notions à forte connotation idéologique : culture judéo-chrétienne, colonialisme, matérialisme historique, capitalisme, socialisme... comme si ces notions devaient vous servir de repoussoir... Sans calquer systématiquement une modernisation , n'y a t-il pas de bonnes idées à reprendre ? Mais rassurez-vous, à partir du moment où ces idées sont appliquées dans un autre environnement social, culturel et historique , il n'y aura pas de copie conforme, le peuple algérien saura s'approprier ces idées à sa manière, selon sa propre recette, selon sa propre histoire, selon sa propre tradition, sa propre spiritualité.... Puis vous dites que tous les pays arabes ont copié la modernité occidentale une fois l'indépendance acquise et que toutes ces copies ont échoué...vous parlez de quels pays?? Quel pays arabe - ou tout autre pays d'ailleurs - a développé, une fois son indépendance acquise, l'esprit rationnel, la liberté, la démocratie, l'égalité des droits entre femmes et hommes, la laïcité, la liberté d'expression, la tolérance...et ensuite a échoué? Vous prenez en exemple les modernisations de l'Inde et de la Chine, pourtant celles ci se résument au développement matériel... Et ce ne sont pas des modèles de pays reconnaissant les droits humains... Enfin votre conclusion dont vous nous aviez déjà offert une version dans votre premier texte, disant que le neuf se fait aussi avec le vieux, mérite la même réponse que dans mon précédent post: Citez-moi un seul pays moderne qui n'est pas resté lui même, qui a fait de son passé table rase?? J'étais (et je reste) convaincu qu'il n'y a pas à renier son passé pour se moderniser...c'est d'ailleurs impossible.
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Posté par Abdesselam Ali-Rachedi, 08 Octobre, 2007 02:40:03Des fautes de frappe ont rendu obscure ma réponse à M.Mezghriche Hocine. Voici mon texte corrigé, en lieu et place de l'ancien. Réponse à M. Hocine Mezghriche Il semble que, comme beaucoup d'autres, vous confondez modernité et modernisation. Vous avez raison de dire que la modernité est unique, c'est-à-dire un principe universel. La modernisation est le processus historique par lequel une société donnée parvient à la modernité. Ce processus n'a rien d'universel. Historiquement, la modernité est d'abord été réalisée dans le monde occidental, c'est-à-dire dans une société d?ordres (noblesse, clergé, tiers-état) imprégnée de culture judéo-chrétienne. Il est évident que la problématique ne peut être la même dans un environnement social, culturel et historique différent, notamment pour ce qui est des pays arabo-musulmans. De plus, en tant que peuples colonisés, il ne faut pas oublier que nous avons été victimes de cette modernisation occidentale. Vous préconisez de donner la primauté au rationnel (la science) sur l'irrationnel (les religions) comme si on pouvait atteindre ce résultat par décret ! Cela ne peut être obtenu qu'à l'issue d'un processus historique. D'ailleurs plutôt que de primauté, qui implique un rapport conflictuel, je préfère parler d'une combinaison harmonieuse entre universalité de la raison et universalité des droits humains. Les droits humains ne dérivent-ils pas de la sécularisation des valeurs religieuses ? Vous avez de la modernité la vision "d'un train" qu'il suffit de prendre. Vous précisez qu'il n'y a "rien à inventer de ce point de vue là". Implicitement donc, vous suggérez de copier la modernisation occidentale. Or c'est ce que tous les pays arabes ont fait une fois l'indépendance acquise. Toutes ces expériences, quelles aient été d'inspiration capitaliste ou socialiste, ont hélas échoué. La confusion entre modernité (qui est souvent réduite à la seule dimension du rationalisme) et modernisation trouve son origine dans la survivance d'une conception de l'histoire (matérialisme historique) où les acteurs n'existent pas et où ce sont les conditions matérielles qui déterminent l'état de la société. Cette idéologie postule que l'usage de la raison par le développement des sciences et des techniques conduit nécessairement au progrès. Il nous faut donc apprendre à penser autrement. Outre le Japon en son temps, l'Inde et la Chine connaissent un processus de modernisation spécifique, différent de celui qu'a connu l'Occident. Dans le contexte musulman, citons la Malaisie, Singapour et plus près de nous la Turquie. Même si ces expériences empruntent également à la modernisation occidentale, elles n'en constituent pas moins des voies originales. En guise de conclusion, cette citation d'Alain Touraine : "Aucune société n'a le droit d'identifier sa modernisation à la modernité. On ne fait du neuf qu'avec du neuf et du vieux à la fois".
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Posté par Abdesselam Ali-Rachedi, 07 Octobre, 2007 22:52:09Réponse à M. Hocine Mezghriche Il semble que, comme beaucoup d'autres, vous confondez modernité et modernisation. Vous avez raison de dire que la modernité est unique, c'est-à-dire un principe universel. La modernisation est le processus historique par lequel une société donnée parvient à la modernité. Ce processus n'a rien d'universel. Historiquement, la modernité est d'abord été réalisée dans le monde occidental, c'est-à-dire dans une société d'ordres(noblesse, clergé, tiers-état) imprégnée de culture judéo-chrétienne. Il est évident que la problématique ne peut être la même dans un environnement social, culturel et historique différent, notamment pour ce qui est des pays arabo-musulmans. De plus, en tant que peuples colonisés, il ne faut pas oublier que nous avons été victimes de cette modernisation occidentale. Vous préconisez de donner la primauté au rationnel (la science) sur l'irrationnel (les religions) comme si on pouvait atteindre ce résultat par décrêt ! Cela ne peut être obtenu qu'à l'issue d'un processus historique. D'ailleurs plutôt que de primauté, qui implique un rapport conflictuel, je préfère parler d'une combinaison harmonieuse entre universlité de la raison et universalité des droits humains. Les droits humains ne dérivent-ils pas de la sécularisation des valeurs religieuses ? Vous avez de la modernité la vision "d'un train" qu'il suffit de prendre. Vous précisez qu'il n'y a "rien à inventer de ce point de vue là". Implicitement donc, vous suggérez de copier la modernisation occidentale. Or c'est ce que tous les pays arabes ont fait une fois l'indépendance acquise. Toutes ces expériences, quelles aient été d'inspiration capitaliste ou socialiste, ont hélas échoué. La confusion entre modernité (qui est souvent réduite à la seule dimension du rationalisme) et modernisation trouve son origine dans la survivance d'une conception de l'histoire (matérialisme historique) où les acteurs n'existent pas et où ce sont les conditions matérielles qui déterminent l'état de la société. Cette idéologie postule que l'usage de la raison par le développement des sciences et des techniques conduit nécessairement au progrès. Il nous faut donc apprendre à penser autrement. Outre le Japon en son temps, l'Inde et la Chine connaissent un processus de modernisation spécifique, différent de celui qu'a connu l'Occident. Dans le contexte musulman, citons la Malaysie, Singapour et plus près de nous la Turquie. Même si ces expériences umpruntent également à la modernisation occidentale, elles n'en constitutent pas moins des voies originales. En guise de conclusion, cette citation d'Alain Touraine :"Aucune société n'a le droit d'identifier sa modernisation à la modernité. On ne fait du neuf qu'avec du neuf et du vieux à la fois"
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Posté par Hocine Mezghriche, 06 Octobre, 2007 23:57:10Abdesselam Ali-Rachedi a écrit:(Pour en sortir, il nous faut donc trouver notre propre voie vers la modernité, puiser dans nos racines, notre culture, y compris notre expérience historique comme peuples musulmans, pour inventer notre propre combinaison entre rationalité et droits humains. Il ne s?agit pas de « faire du passé table rase » pour fabriquer « l?homme nouveau ». Bien au contraire, il nous faut faire du neuf avec du vieux. La vraie question est : comment être modernes, tout en restant nous-mêmes ? Notre modernisation ne peut être ni la copie pure et simple de ce qui est étranger, ni la reproduction illusoire d?un passé à jamais révolu.) Poser la problématique de la sorte c?est se mettre déjà une balle dans le pied. Citez moi un seul pays moderne qui n?est pas resté lui même et qui a fait de son passé table rase? Citez moi deux pays qui ont deux modernités différentes? La modernité est la modernité, elle est unique. Des cerveaux qui ont été dans la continuité d?Ibn Rochd et d?Ibn sina, qui eux mêmes ont été dans la continuité d?Aristote et de Platon, qui eux mêmes?.etc, ont su initier le processus, façonner et collecter la modernité au fil des âges. Nous n?avons rien à inventer de ce point de vue là. Il nous faut juste prendre ce train de la modernité ( que nous avons quitté à un moment donné?!) qui a démarré avec l?histoire de l?humanité, suivre des règles logiques, naturelles et simples comme: Donner la primauté du rationnel (la science) sur l?irrationnel (les religions) Favoriser la liberté des mentalités Optimiser la vie ?ici bas?, et la sacraliser Oublier un peu que c?est ? Allah Ghaleb? et se persuader que l?on peut s?autodéterminer. Ces quelques principes qui se sont progressivement imposés à l?esprit humain, constituent les rails du train, à nous de les poser pour faire le chemin à ?notre? propre modernité.
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Posté par Abdesselam Ali-Rachedi, 05 Octobre, 2007 17:02:16Les visions strictement policières de la lutte contre le terrorisme sont manifestement insuffisantes pour en venir à bout. Tout le monde reconnait que le terrorisme trouve sa justification dans une idéologie (et non une religion) qui est l?islamisme ? L?islamisme, lui-même, résulte de la crise de la modernité, plus précisément de l?échec des expériences de modernisation forcée. Durant tout le moyen âge occidental, le politique et le religieux étaient confondus. Dans la modernité, temporel et spirituel sont à la fois séparés et combinés. Il en résulte un rapport harmonieux entre l?universalisme de la raison et l?individualisme moral. L?universalisme de la raison peut alors se déployer dans tous les domaines (scientifique, technique, économique et même politique). Ainsi, l?Etat-nation est la résultante de la modernité politique. L?individualisme moral correspond à ce qu?on appelle aujourd?hui les droits humains. Dans ce cadre, l?individu est libre, y compris dans ses croyances, quelles qu?elles soient, tant qu?il respecte celles d?autrui et que l?intérêt général est préservé. C?est le fondement même du vivre ensemble. Si la défense de l?intérêt général est du ressort exclusif de l?Etat, des contre-pouvoirs sont toujours nécessaires pour protéger les individus contre les abus inévitables de l?Etat. Contrairement à une opinion largement répandue, due sans doute à la persistance de l?idéologie marxiste et sa conception du matérialisme historique, la modernité ne se réduit pas au seul exercice de la raison et à la quête du progrès. Cette vision est tout aussi fausse que celle qui prétend fonder une société sur les seules croyances religieuses. Par ailleurs, si la modernité est un principe universel, valable en tous lieux et en tous temps, la modernisation, c?est-à-dire le chemin que prend une société donnée à un moment historique donné pour y parvenir n?a rien d?universel (exemple : le cas du Japon). De fait, historiquement, la modernisation occidentale a été l??uvre d?une élite bourgeoise, blanche, masculine et de culture judéo-chrétienne. Dans sa quête inlassable du progrès, ce fût une modernisation conquérante qui a dominé les femmes, exploité les ouvriers et soumis les peuples indigènes au colonialisme et à l?esclavage. Il est évident que ce modèle de modernisation ne peut pas fonctionner dans l?autre sens et donc est inapplicable dans les pays du Sud. Lorsque les peuples musulmans ont été brutalement mis en contact avec la modernité occidentale et sa supériorité matérielle (Bonaparte en Egypte), ils ont cherché tout naturellement à s?y adapter. Les uns ont opté pour le mimétisme, c?est-à- dire tenter de copier l?Occident en tous points. Une deuxième tendance a pensé qu?il fallait réformer l?Islam : ce fut la Nahda (El Afghani, Abdou?). Enfin, une troisième tendance a prôné le retour aux sources, à l?Islam des origines : ce fut la Salafya qui a généré l?islamisme contemporain. En réalité, aucune de ces trois réponses n?a été adéquate. De plus, même en Occident, la modernité a évolué puisque les femmes se sont libérées, les ouvriers ont obtenu des droits considérables et les peuples colonisés ont recouvré leur indépendance. En outre, la mondialisation a fortement affaibli les Etats-nations réduisant la vie sociale à la toute puissance de marchés dérégulés d?un côté et des individus livrés à eux-mêmes de l?autre. Il en est résulté une forte tendance au repli identitaire et la constitution de nouvelles communautés fondées sur l?appartenance. Faute de pouvoir être des citoyens, les individus tentent de s?accrocher qui à une identité religieuse, qui à une identité linguistique, qui à une identité ethnique. Autrement dit la collectivité politique fait place à des agrégats de communautés culturelles. Les horreurs de la purification ethnique ne sont que la conséquence tragique de ce phénomène. Dans le monde musulman, l?échec des modèles de développement/modernisation, qu?ils aient été de type socialiste ou de type capitaliste, a précipité les pays dans la crise, à un moment où la modernité occidentale est elle-même entrée en crise et où les effets dévastateurs de la mondialisation se déploient sans frein. L?islamisme (et sa dérive ultra-violente) est un symptôme dû à l?échec de cette modernisation forcée, imposée par des régimes autoritaires. Mais comme les médecins le savent bien, supprimer le symptôme ne guérit pas la maladie. C?est pourquoi, il est illusoire de croire que l?on peut se débarrasser de l?islamisme sans trouver une réponse satisfaisante à la question de la modernisation. D?ailleurs, les islamistes ont raison de rejeter l?occidentalisation (modernisation importée), puisqu?ils sont le produit de l?échec de cette modernisation. Pour en sortir, il nous faut donc trouver notre propre voie vers la modernité, puiser dans nos racines, notre culture, y compris notre expérience historique comme peuples musulmans, pour inventer notre propre combinaison entre rationalité et droits humains. Il ne s?agit pas de « faire du passé table rase » pour fabriquer « l?homme nouveau ». Bien au contraire, il nous faut faire du neuf avec du vieux. La vraie question est : comment être modernes, tout en restant nous-mêmes ? Notre modernisation ne peut être ni la copie pure et simple de ce qui est étranger, ni la reproduction illusoire d?un passé à jamais révolu.

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