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Algérie : le rapatriement des Français semble inévitable
le 11 Octobre, 2007 08:58:00 | 4134 lecture(s) | Voir Réactions
Peut-on vraiment rassurer les entreprises françaises installées en Algérie et les dissuader de quitter le pays suite aux menaces d’Al-Qaida ? Le pari semble délicat. Il a pourtant été osé par l’ambassadeur de France à Alger, Bernard Bajolet (photo), qui a convoqué, lundi soir, les dirigeants des filiales algériennes des principaux groupes français à une réunion de « retour au sang froid ». La rencontre intervenait après le rapatriement des familles des cadres de Michelin, des cadres de l’entreprise Vinci en charge de la réalisation d’une partie du Métro d’Alger et enfin de l’affaire de l’annulation par le Medef et par des PME françaises de leur déplacement sur Alger. Au cours de cette rencontre, M. Bajolet a reproché aux patrons français la médiatisation jugée excessive des rapatriements de leurs employés ou de leurs familles qui « pourrait nuire très fortement aux intérêts français en Algérie », assurant que la situation était loin de nécessiter l’émission d’un avis d’alerte et encore moins le rapatriement massif des expatriés français d’Algérie.
Devant le risque de déclin des affaires en Algérie, l’ambassadeur français ne pouvait faire moins que de rassurer les patrons. A-t-il été cependant écouté ? Rien n’est moins sûr. On apprend que d’autres entreprises françaises s’apprêtent à quitter le pays. La rupture semble inévitable.
Pourquoi ? Tout simplement parce que les informations en possession des autorités françaises contredisent les propos rassurants de M. Barjolet. Selon les patrons de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Bernard Squarcini, et des Renseignements généraux (RG), Joël Bouchité , interviewés pour la première fois ensemble, à l’initiative de Libération, « la menace est à un niveau élevé pour notre territoire national ou nos intérêts à l’étranger» . A la question « La menace terroriste en France est-elle montée dans le rouge après les consignes de Ben Laden et d’Al-Zawahiri de frapper «les fils de France» et depuis les attentats en Algérie ? », Bernard Squarcini, chef de la DST, estime que « l’allégeance des maquis algériens à la mouvance Oussama ben Laden, ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) devenu Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), nous pose un problème : nous nous retrouvons sous une double menace, à savoir la menace venant de la mouvance internationaliste, donc Ben Laden, mais également la proximité de l’Algérie, et donc un risque de récidive par rapport à ce que l’on a connu dans les années 94-95. » Pour Joël Bouchité des RG, « le fait d’obtenir ce label Al-Qaeda Maghreb islamique représente un grand danger pour les intérêts français et la France, et les trois pays du Maghreb. Puisqu’un groupe circonscrit au territoire algérien s’inscrit désormais dans le jihadisme international, et associe le pouvoir algérien, qu’il conteste fortement, au pouvoir français. »
En clair, la menace est prise très au sérieux et l’Etat français ne veut faire prendre aucun risque à ses ressortissants. Il les expatrie « en douce » et atténue la publicité sur la menace terroriste. Pourquoi cette discrétion ? L’éditorialiste de Libération croit détenir la réponse.
« Les patrons de la DST et des RG parlent de «double menace», intérieure et internationale. On pourrait juger que leurs propos tombent à un bien mauvais moment, alors que la France se consacre tout entière à son rêve ovale et où des milliers de supporteurs sillonnent nos rues. Mais nul n’en parle ouvertement, alors qu’au contraire, c’est quand des événements médiatiques mondiaux se déroulent dans un pays cible qu’il faut redoubler de vigilance. La menace intérieure est donc bien d’un niveau élevé. Le 20 septembre, en effet, dans une vidéo diffusée sur Internet, le numéro deux d’Al-Qaeda, Ayman al-Zawahiri, a appelé à soutenir la branche Al-Qaeda au Maghreb islamique pour «débarrasser» le Maghreb des Français et Espagnols installés dans les anciennes colonies d’Afrique du Nord. On en a parlé, un peu, puis l’actualité intérieure française, menée à bride abattue par les initiatives de Nicolas Sarkozy, est passée là-dessus. On a oublié. On a zappé. A tort.
Sans paranoïa excessive, il faut regarder en face les menaces actuelles. Les propos que nous reproduisons ici nous rappellent opportunément qu’elles sont réelles. »
L.M.

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