Témoignage : A propos de Ali La Pointe, de proxénétisme et de Ben Brik

Témoignage : A propos de Ali La Pointe, de proxénétisme et de Ben Brik

Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik a-t-il porté atteinte à la mémoire du martyr Ali la Pointe comme l’en accuse le pouvoir algérien ? La journaliste qui avait recueilli à l’époque ses propos, témoigne.

En ce printemps de l’année 2000, Taoufik Benbrik observait une grève de la faim depuis plusieurs semaines à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris où Reporters Sans Frontières avait réussi à le transférer à partir de Tunis non sans mal. C’est donc dans sa chambre d’hôpital que nous l’avons rencontré pour un entretien pour le compte du journal «le Matin». L’ambiance était détendue et informelle. Taoufik, affaibli et amaigri se tenait allongé sur le lit et fumait sans cesse en faisant la sourde oreille aux réprimandes de sa sœur à son chevet. La conversation s’est naturellement portée sur l’histoire de nos deux pays, leurs différences et leurs similitudes, la colonisation, la décolonisation, la confiscation des indépendances par les dictatures, la bataille d’Alger et Taoufik de nous faire cette confidence : «Ali la Pointe me fascine … C’est un personnage de roman… Quel destin… Un proxénète qui devient héros de la bataille d’Alger !».

Ces propos, pourtant fidèlement rapportés par «le Matin» avaient été promptement et intentionnellement retirés de leur contexte pour être sciemment tronqués par les milieux chargés de tromper l’opinion publique algérienne : «Taoufik Benbrik a traité Ali la Pointe de proxénète». Faisant boule de neige comme la plupart des intox, est venu se greffer le mensonge suivant : «Il a également traité nos moudjahidate de prostituées». Tout cela en fait, pour justifier la censure qui se préparait et tenter de discréditer Taoufik, connu pour être un opposant farouche et courageux au régime dictatorial du président Benali. Quelques jours après, les autorités algériennes se sont fait un plaisir de prouver leur solidarité avec le président Benali en refusant a Taoufik l’embarquement sur Alger sous ce fallacieux prétexte, alors qu’il était à deux heures de réaliser un rêve : se recueillir sur la tombe de Ali la pointe.

Ce début de polémique avait fait réagir le frère de Ali la Pointe qui s’etait présenté au siège du journal le Matin pour nous dire en substance qu’il n’avait aucune honte que son frère fut un souteneur à cette époque de la colonisation mais qu’il avait en revanche honte pour ceux qui prétendaient être scandalisés par «les propos de Taoufik Benbrik» alors qu’ils ne s’étaient jamais inquiétés de la famille de Ali la Pointe ni de ses moyens de subsistance depuis 1962.

Par ce témoignage, je souhaite seulement éclairer nos lecteurs qui en toute bonne foi pourraient accorder du crédit à une intox déterrée et dépoussiérée aujourd’hui par les autorités algériennes pour tenter de justifier leur récent refus d’accueillir notre confrère tunisien Taoufik Benbrik, invité du centre culturel français d’Alger où il devait présenter son dernier ouvrage.

On l’aura compris, Taoufik Benbrik est indésirable en Algérie non pour avoir «insulté» la mémoire de Ali la Pointe que parce qu’il s’oppose et dénonce le régime dictatorial du président Bénali.

F. Dz

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Commentaires (10) | Réagir ?

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Mahmoud Bouhamidi

Qu'il ait été proxénète ou pas ce n'est pas le plus important. Le plus important c'est qu'il soit mort en martyr pour que vive l'Algérie. Il est tombé au champ d'honneur en héros. Ceux qui ont été soi-disant scandalisés par les propos de ce journaliste tunisien doivent avoir honte pour avoir méprisé la famille de ce grand martyr de la révolution durant toutes ces années!!!

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said athmani

Il vaut mieux avoir été proxénète et mourir pour l'Algérie que de vivre voleur et prétendre avoir participé à la révolution à des fins de pouvoir.

Et ceux qui ont rejoint l'ALN en 1961 et se retrouvent en haut de la hiérarchie militaire ? Pourquoi avoir attendu 7 longues années ?

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