Dossier IAP : doit-on encore croire en la capacité de Sonatrach ?

L'Institut algérien du pétrole.
L'Institut algérien du pétrole.

La rubrique "Périscoop" du quotidien Le Soir d’Algérie du mercredi 22 février 2012 rapporte une information pour le moins surprenante et relative à l’Institut Algérien du Pétrole (IAP).

C’est ainsi selon cette source, Sonatrach "récupère" l’Institut algérien du pétrole (IAP) et ceci faisant suite à une décision prise lors de la précédente réunion du conseil des ministres. Sonatrach serait chargé d’en faire une école de renommée mondiale en matière de formation dans le domaine énergétique. Une première interrogation : depuis quand Sonatrach a perdu l’IAP pour qu’elle le récupère aujourd’hui ? Même lorsque l’ancien ministre de l’Energie et des mines, Chakib Khellil avait décidé d’ouvrir son capital aux entreprises étrangères, Sonatrach a toujours conservé la majorité des actions soit plus de 80%. Pourquoi voudrait-on sciemment ou inconsciemment passer l’éponge sur prés de 13 ans de gestion et qu’en est-il exactement ?

Bref rappel historique sur les circonstances de cette intégration en 1999

En 1990, l’Algérie entamait sa cinquième année de crise, contrainte de répondre à une demande de plus en plus forte dans la formation supérieure, les pouvoirs publics décident d’intégrer les instituts dits de "technologie" qui servaient de support de formation aux différents secteurs à l’enseignement supérieur. Mais pour des raisons stratégiques,d’ailleurs évidentes, l’IAP a vu ses objectifs réorientés pour consacrer ses activités à la formation de spécialisation nécessaire au secteur des hydrocarbures et ce, en étroite collaboration avec les utilisateurs. Les conséquences immédiates ont consisté en :

• Un arrêt d’une nouvelle rentrée de bacheliers ;

• Un recrutement provisoire et exceptionnel des étudiants ayant effectué les deux premières années du tronc commun technologie ;

• Continuer d’accepter les bacheliers pour les Centres de Skikda et Arzew en attendant les changements des statuts.

Plusieurs groupes de réflexion ont été mis en place pour proposer un statut à même de répondre à ces besoins. Le débat a porté globalement sur deux orientations :

• Sa transformation en un établissement public à caractère scientifique et technique, spécialisé dans le domaine de l’énergie et des hydrocarbures doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière, administrative et pédagogique placé sous tutelle du ministère de l’énergie. Il aurait fallu dans ce cas procéder à une modification de son statut défini dans le décret n° 73-51 du 28 février 1973.

• L’intégrer carrément au secteur économique, auquel cas il faudrait procéder à sa dissolution.

Après étude et analyse des différentes options depuis plusieurs années et dans des circonstances particulières qu’il est inutile de rappeler pour des raisons propres au secteur, il a été décidé d’intégrer cet institut à Sonatrach, jugée capable de représenter le secteur de l’énergie et par voie de conséquence il fallait le dissoudre ce qui fût fait en juin 1999. Le rappel de ces étapes est important pour mettre l’accent sur le fait que même si l’objectif principal de l’Intégration est clair et qui consistait à répondre aux besoins du secteur de l’énergie comme défini précédemment, ces besoins justement demeurent pour un groupe d’entreprises en perpétuelle restructuration difficilement identifiables et c’est là où réside la principale difficulté pour mener à bien le plan de redéploiement.

Des objectifs de cette intégration en juin 1999

Sur insistance personnelle de Youcef Youcefi alors ministre de l’énergie et des mines, et au lendemain de son intégration à Sonatrach, cette dernière a créé un projet pour redéployer les activités de l’institut afin de le porter au niveau d’une université pétrolière et gazière et un centre de recherche de rang international. Le motif paraît logique d’autant plus que Sonatrach devra s’inscrire d’une manière effective dans les grands challenges technologiques de l’industrie pétrolière et gazière Internationale. Cette Industrie est marquée par des transformations structurelles à l’échelle mondiale et a considérablement modifié les rapports de force qui en découlent. Une compétition concurrentielle s’est instaurée pour rendre la pérennité des acteurs plus sévère. Pour surmonter ces contraintes, il faudrait améliorer sans cesse les performances et développer l’esprit créateur et innovant. Cette université devra permettre de fournir l’élément humain indispensable pour assurer ce défi.

Ce projet s’est fixé comme objectifs de darder la même dénomination "IAP" et l’intégrer totalement à Sonatrach, d'adapter et assurer une cohérence des nouvelles missions confiées à cet Institut avec le redéploiement du secteur de l’énergie et des mines en général et de Sonatrach en particulier, en tenant compte bien entendu du contexte actuel des reformes économiques et de mettre tous les moyens humains, matériels et financiers pour aboutir à un pôle d’excellence et de référence.

Le processus de redéploiement a visé cinq axes d’activité :

1- La formation d’ingénieurs spécialisé de très haut niveau dotés dès le départ d’une solide base scientifique et technique et d’un professionnalisme confirmé et en étroite adéquation avec les besoins et les objectifs du secteur utilisateur.

2- La formation post-graduée

Elle devra se faire en partenariat avec les universités nationales et surtout étrangères et être en synergie avec les préoccupations du secteur de l’énergie et des mines. Cette formation visera à long terme d’affirmer la vocation industrielle de l’IAP et la positionnera parmi les premiers instituts mondiaux spécialisés dans les hydrocarbures et les mines.

3- La formation de techniciens supérieurs.

Elle sera assurée par les deux centres régionaux de l’est et de l’ouest et bénéficie d’un environnement qui lui facilite les relations avec l’industrie pour donner aux élèves les moyens d’une formation pratique performante.

4- La recherche scientifique et technique appliquée à l’industrie des hydrocarbures.

Son objectif est de permettre à court terme de jouer un rôle crucial dans la maîtrise et la diffusion de nouvelles technologies en vue de leur application effective dans l’industrie des hydrocarbures. Elle constitue un domaine privilégié de formation et de résolution des problèmes industriels. Il faudrait réserver à cette activité une importance particulière non seulement sous l’égide de Sonatrach mais impliquer ses partenaires nationaux et étrangers.

5- La formation continue et le recyclage permanent.

Elle touche des ingénieurs d’Etat, ceux d’application et des techniciens du secteur de l’énergie, pour adapter régulièrement leurs connaissances au développement de la technologie. Elle est une forme concrète de prise en charge réelle et efficace des problèmes du secteur.

Des principales actions planifiées depuis son intégration à Sonatrach en 1999 :

• Rechercher une forme d’organisation pour concrétiser les objectifs tracés;

• Tenter de trouver une nouvelle filière d’enseignants/ chercheurs ;

• Lancer un concours pour le recrutement d’ingénieurs spécialisés avec comme « Instructions » de toucher le maximum de citoyens à travers le territoire national (opération réalisée) ;

• Concrétisation de la première phase d’enseignement qui consiste à donner aux futurs ingénieurs spécialisés, une solide formation en anglais ;

• Conception des programmes de formation à débattre et à envoyer pour audit ;

• Signature des conventions cadres avec les entreprises du secteurs (Naftec, Enip, ENTP, Expl, Sonelgaz etc.) et avec les universités (Boumerdes, Sétif , Usthb, etc.) ;

• Mise au point et proposition de plusieurs thèmes pour la formation industrie ;

• La prospection des partenaires étrangers a abouti à la signature d’une convention cadre avec l’institut français du pétrole puis un contrat particulier pour la formation d’un master en économie pétrolière et management stratégique ;

• Des contacts ont été entrepris avec plusieurs universités étrangères (Allemagne, USA, UK, Suisse). Finalement, ce sont les écossais d’Aberdeen qui ont eu le contrat dans des conditions discutables.

Qu’en est-il exactement sur le terrain ?

L’arrivée de Chakib Khellil au ministère de l’énergie et des mines le 26/12/1999 a quelque peu changé la donne. Dès sa première visite à cet institut, le ministre a clairement affiché son intention de le privatiser en ouvrant son capital car pour lui son redéploiement devait dépendre du marché et de la concurrence en matière de formation en Algérie. L’intéressé s’est accaparé de tous les pouvoirs dans le secteur de l’énergie et tenter de brouiller les cartes pour s’écarter complètement des objectifs cardinaux de l’intégration de cet établissement. Face à cela et en dépit d’une reconnaissance unanime de doter le secteur d’une institution du gabarit décrit plus haut, la question de savoir si Sonatrach seule peut le hisser au niveau recherché s’est posée avec acuité. Dans ce cadre une réflexion a été lancée aux partenaires pour transformer l’IAP d’institut d’entreprise en un institut commun à tout le secteur des hydrocarbures. (Voir allocution d’ouverture du PDG de Sonatrach durant les journées scientifiques et techniques n° 04). Depuis cette date, une confusion totale s’est instaurée sur tous les plans et notamment sur celui pédagogique car la formation d’ingénieurs spécialisés à partir d’un "input" d’ingénieurs d’Etat s’est avérée selon toute vraisemblance un échec (selon les résultats du concours). En effet, ce type de profil qui existe sur le marché national du travail a dû subir les revers du système universitaire dont les insuffisances sont connues de tous. Donc pour trouver l’élément humain indispensable afin de relever le défi technologique face à une concurrence accrue, le profil est à rechercher ailleurs. Les différentes structures de Sonatrach ne jouaient pas le jeu et par voie de conséquence est née une inadéquation entre les besoins en formation et la formation en cours. L’organisation de l’Institut telle que retenue par Sonatrach s’est avérée inefficace pour concrétiser les objectifs tracés. La dissolution de l’IAP l’a totalement éloigné de l’enseignement supérieur ce qui a rendu la formation diplômante institutionnellement difficile sinon impossible. Les utilisateurs ont d’autres préoccupations que de réfléchir sur des axes de recherche

Le constat

Lors de l’installation du nouveau Directeur Général de ce qui reste de l’Institut Algérien du Pétrole (IAP), le ministre de l’énergie et des mines, Dr. Youcef Youcefi a eu à constater l’immense gâchis fait à cette institution de renommée mondiale (voir article dans le quotidien soir d’Algérie du 19 septembre 2011). Les moyens financiers consentis par Sonatrach n’ont fait que miroiter son image externe mais en aucun cas réussit à le booster de l’intérieur pour en faire un pôle d’excellence comme le souhaitait ce même ministre bien avant l’arrivée du fameux Chakib Khellil en 1999. Le diagnostic amer est fait, les dégâts sont visibles. Déroutés par des ordres et des contres ordres, les différents responsables en charge de ce projet ont emprunté toutes les voies à l’exception de celle qui les conduisait vers un centre de renommée mondiale. Ils donnaient l’impression d’utiliser ce fleuron de l’industrie des hydrocarbures comme un tremplin. Si des mesures n’ont pas été prises à temps pour stopper cette dérive c’est probablement parce que le système est tellement atteint par l’encanaillement et la gabegie qu’il ne réagit plus aux doses de sanctions conventionnelles.

Conclusion

Le plus grave est que ceux qui ont applaudi, hier, avec Chakib le font aujourd’hui avec Youcefi au nom du principe de la coordination/subordination c'est-à-dire la discipline. Ils obéissent mais la bouche ouverte. Il faut souligner par ailleurs que la capitalisation, la consolidation et la fertilisation du savoir et du savoir-faire pétrolier et gazier ne sont pas une affaire d’entreprise mais celle d’une nation. Sonatrach a été chargée de les réaliser pour le compte de l’Etat au même titre que le développement national. Ceci explique son intérêt médiatique pour un éclairage de l’opinion publique. C’est pour cela qu’on est en droit de se demander si Sonatrach n’a pas réussi à hisser ce patrimoine pendant prés de 13 ans, comment pourrait-elle le faire aujourd’hui et avec les mêmes têtes ?S’agit-il d’un autre round à vide pour occuper les gens durant une autre génération ?

Rabah Reghis, consultant et économiste pétrolier

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Commentaires (4) | Réagir ?

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Khalida targui

On devrait croire Sonatrach après un lavage de cerveau et un régiment de gazanates en renfort. Si elle continue à nous mentir c'est que le savon Isis pour une fois a lavé pour notre flouss. Ce qui est curieux c'est que tous ces voleurs protègent leur butin dans les banques dites des pays civilisés et démocratiques. Il y a quelques mois de cela, une collègue a voulu ouvrir un compte à l'étranger pour déposer 400 euros, toutes ses économies. Elle voulait en cas de bobo et vu l'état de notre système de santé, qu'elle puisse au moins se soigner un peu. On lui a répliqué qu'elle ne pouvait pas le faire, l’Algérie est un bled difficile... Quand on publie la liste des hommes les plus riches au monde aucun nabab arabe n'apparait comme heureux élu. Étrange ! Heureusement il y a des gens honnêtes qui dénoncent et qui nous soulagent même si leur combat a besoin plus d'un miracle. Bon courage!

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mohamed boudebza

Pour le moment et depuis les derniers scandales, on entend que des affaires scabreuses dans cette entreprise: Gassi T'ouil, affaire de la TPE, arbitrage avec ses associés, villas detournés par les syndicaliste etc. Recemment un document circulait sur internet montrant un rapport d'opportunité établi par ce Huguehougu et qui a tenté de tromper son PDG pour faire passer des promotions institut en question IAP. l'ancien DRH de Naftec serait dans la liste parce qu'il est de Constantine comme Huguehougu. Le PDG ayant découvert le pot aux roses a fait des annotations en qualifiant cette operation de "scandaleuse" mais n'a pas pris de mesure. Ceci montre que l'impunité est totale à Sonatrach personne ne commande. Pourquoi? parce que les responsables demandent des services à leurs subordonnées qui les tiennent. C'est une entreprise à éclater

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