Réconciliation en vue entre Alger et Rabat
Les pouvoirs des pays d’Afrique du Nord cesseront-ils donc de prendre en otage les peuples de la région et de jouer avec les sensibilités nationales ?
La réponse, on la connaîtra les semaines ou mois prochains. Car les choses bougent, mais timidement aux yeux des habitants de cet espace. Le Maroc et l'Algérie se préparent à se réconcilier après une brouille de plus de deux décennies, les deux pays ayant annoncé vendredi une visite officielle à Alger le 23 janvier du ministre marocain des Affaires étrangères, Saad Eddine Othmani. "Cette visite s'inscrit dans le cadre de la consolidation du processus des rencontres et des concertations entamé par les deux pays pour hisser leurs relations au niveau des aspirations des deux peuples frères", a indiqué vendredi le ministère marocain des Affaires étrangères dans un communiqué. Il s'agit de la première visite officielle à Alger d'un chef de la diplomatie marocaine depuis 1989.
Le déplacement de Saad Eddine Othmani, lundi et mardi, sera aussi la première visite officielle à l'étranger du nouveau chef de la diplomatie marocaine qui verra son homologue algérien Mourad Medelci. Othmani, par ailleurs un des principaux dirigeant du parti islamiste Justice et développement, sera aussi reçu par le président Bouteflika.
Les frontières, l'enjeu
Le nouveau chef du gouvernement marocain, l'islamiste Abdelilah Benkirane, a appelé en décembre à un rapprochement avec l'Algérie, susceptible selon lui, de résoudre le problème du Sahara occidental. "Si nos différends avec l'Algérie sont réglés avec l'ouverture des frontières, le problème du Sahara sera résolu. La fraternité avec l'Algérie résoudra tous les problèmes", avait-il déclaré. La frontière entre les deux pays - qui court sur plus de 1.500 km de la Méditerranée au Sahara - a été fermée en 1994 après un attentat islamiste à Marrakech (sud du Maroc) que Rabat avait imputé aux services secrets algériens.
"raffermir les liens de fraternité et de coopération qui unissent les deux peuples frères". Les deux ministres "examineront les voies et moyens susceptibles de relancer l'Union du Maghreb arabe (UMA) en réorganisant certaines de ses institutions et de ses mécanismes en vue d'une meilleure efficacité", a-t-il ajouté.
"Le Maroc attache une grande importance au réchauffement des rapports bilatéraux, une étape cruciale pour la construction du Maghreb arabe", a indiqué à l'AFP une source proche du gouvernement marocain. Alger et Rabat se sont rapprochés ces derniers mois, à travers des déclarations apaisantes et un échange de visites de délégations ministérielles. Le 6 novembre, le roi Mohammed VI a appelé à un Maghreb qui transcende l'enfermement dans "les postures figées" et "les antagonismes stériles".
Mourad Medelci a expliqué dans une récente déclaration que la fermeture de la frontière entre l'Algérie et le Maroc "n'a jamais été une décision irréversible" et que "la réconciliation avec le Maroc sera consolidée avec le nouveau gouvernement marocain". Ces propos font écho à la main tendue par le roi du Maroc appelant à l'ouverture des frontières et à une normalisation des relations.
Les relations entre le Maroc et l'Algérie sont tendues depuis un demi-siècle. Il y a eu d’abord la guerre menée pour un bout de sable à Figuig, en octobre 1963. Puis une décennie plus tard, à cause du conflit du Sahara occidental. Rabat reproche à Alger son soutien au Front Polisario, qui revendique l'indépendance de cette ancienne colonie espagnole annexée par le royaume marocain en 1975. Cependant, depuis quelques années et l’entrée en scène de la Minurso, le Front Polisario exige un référendum d’autodétermination. Le Makhzen lui répond : pas de référendum, mais une autonomie. Armes au pied, les relations sont encalminées depuis. Rabat contant sur l’usure des Sahraouis dans les camps de Tindouf.
Fondée en février 1989, l'UMA regroupe cinq pays: Maroc, Tunisie, Algérie, Libye, et Mauritanie, mais cette organisation est en panne depuis des années en raison de différends entre ses membres. Son dernier sommet régional date de 1994. Cependant, depuis une année, on assiste à un formidable renouvellement des dirigeants de la région. Avec, Kadhafi et Ben Ali chassés du pouvoir et Hassan II qui a légué le Makhzen à son fils Mohammed VI en 1999, c'est la disparition de tous les anciens dirigeants qui avaient figé par leur humeur et leur orgueil l'espace maghrébin. De tous les nouveaux dirigeants, seul Bouteflika appartient à la vieille garde. Prisonnnier des pratiques des années 70, saura-t-il pour autant collaborer avec les nouveaux responsables de la région pour relancer l'organisation régionale ? Les mois
Sofiane Ayache/AFP
Commentaires (18 posté(s))
Les plus populaires
- Abderrahmane Hadj-Nacer : "L'autorité n'a pas d'adresse"
- Les insondables paradoxes du Mouvement de la société pour la paix
- L'Algérie des chimères… ou le peuple sans rêves
- Un nouvel avenant à l’accord franco-algérien pourrait se dessiner
- Merzak Allouache dérange qui ?
- Elections législatives du 10 mai : l'unique gagnant est Saïd Bouteflika (43)
- Le Front des forces socialistes, le prix de la compromission (20)
- La chanteuse Warda El Djazaïria est morte au Caire (15)
- Leur Jules Ferry et nos derviches (13)
- Après les législatives : quelles leçons pour l’avenir de l’Algérie ? (13)
- Québec : étudiants et gouvernement veulent l'ouverture d'un dialogue
- MDS : les résultats des législatives consacrent le comportement despotique et arrogant du pouvoir
- Le Conseil constitutionnel proclame les résultats définitifs des législatives
- Azawad : des manifestations populaires anti-islamistes à Gao
- Syrie : la guerre civile s'installe après une année de violences aveugles
- Elections législatives du 10 mai : l'unique gagnant est Saïd Bouteflika
- Un nouvel avenant à l’accord franco-algérien pourrait se dessiner
- Les paradoxes des législatives : le FLN 6,11% de voix et 75% de la population non représentée
- Leur Jules Ferry et nos derviches
- Avec moins de voix que de bulletins nuls : le FLN majoritaire avec 5 % de l'électorat !





