Arrêt du processus électoral de 1991 : chronique d'un procès (II)

Chadli Bendjedid poussé à la porte par les généraux en 1992.
Chadli Bendjedid poussé à la porte par les généraux en 1992.

Y a-t-il un lien entre la répression de la Révolte du 5 octobre 1988 et l'arrêt du processus électoral de 1991?

Face au grand malaise généré par la situation explosive du pays et le contexte international marqué par l'invasion du Koweït par l'Irak, l'Armée algérienne devait-elle rester spectatrice ?

L'Armée a-t-elle pris le pouvoir grâce au 5 Octobre 88 ?

Dans notre précédent article, nous avons passé en revue la confrontation des trois thèses développées sur l'arrêt du processus électoral de 1991. Celles-ci ont refait surface lors du procès en diffamation du général Khaled Nezzar contre M. Habib Souaïdia à Paris, du 1er au 5 juillet 2002 et mis l'Armée algérienne au coeur de ces conflits...

Sid Ahmed Ghozali impuissant...

Dans son "Mémorandum -Devoir et Vérités" publié dans le quotidien El Watan, qui sera repris dans ses Mémoires, Khaled Nezzar, l’ancien ministre de la Défense, ne manque pas de rappeler que les résultats des élections législatives du 26 décembre 91 ont provoqué dans le pays une "vague d’angoisse" y compris chez une partie de l’électorat Fis. Pourtant, il explique, qu’en dépit de "louables efforts", le chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, n’avait pu assurer un scrutin "libre et honnête" comme il l’avait promis. Selon Nezzar, il ne le put pour plusieurs raisons :

1) Les municipalités Fis qui représentaient alors plus de 80 % des communes du pays échappaient au contrôle de l’Administration et les mosquées ont été progressivement érigées en tribunes électorales et en foyers de subversion, sans compter le fait que plus d’un million de cartes d’électeurs n’ont pu être distribuées.

2) Les conditions de vote ont été déterminantes : le scrutin uninominal majoritaire à deux tours retenus par l’ex-APN contre la proposition faite à l’époque par le chef du gouvernement d’un mode proportionnel. Khaled Nezzar attribue la responsabilité de cet "échec" au FLN, accusé, ainsi que son secrétaire général, d’avoir fait obstruction dans ce face à face qui l’opposait au gouvernement.

Ce même parti est accusé également de s’être opposé, le 5 juin 1991, dès la destitution de l’ex-chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche, à la constitution d’un conseil consultatif national (CCN) qui, selon le général Nezzar, devait regrouper l’ensemble des forces politiques au lendemain de la proclamation du second état de siège.

Ce que dit en substance Khaled Nezzar sur cette période de crise, dix ans (2002) presque après les faits, résume les éléments essentiels qui ont conduit à la vacance du pouvoir et à l’arrêt du processus électoral: "Le nouveau chef du gouvernement, en dépit de ses louables efforts pour favoriser une relance du processus démocratique, ne put assurer un scrutin libre et honnête comme promis et pour cause les municipalités Fis échappaient à l’administration publique et les mosquées demeuraient des tribunes électorales et des foyers de subversion. Un million de cartes d’électeurs ne fut pas distribué, volontairement. La présence intimidante des militants du Fis dans les bureaux de vote et l’absence quasi totale des autres formations politiques, tout cela favorisa l’altération de la consultation législative du 26 décembre 1991 dont les résultats en termes de sièges, auraient été tout autres si le Bureau politique du FLN n’avait pas imposé le mode de scrutin uninominal majoritaire à l’assemblée nationale, en opposition au projet gouvernemental qui, lui, prévoyait un scrutin proportionnel intégral au niveau de la wilaya." (In Mémoires…)

Dix ans (2002) après l’arrêt du processus électoral, et dans un contexte politique marqué par les législatives qui consacrent le retour du FLN comme parti majoritaire au parlement et dans la coalition gouvernementale, la crise en Kabylie, les foyers de tensions marqués par des émeutes, le regain des massacres terroristes, le rôle de l'Armée algérienne revient au premier plan de la scène politique comme il y a dix ans, dans l'arrêt du processus électoral. Les dernières déclarations du général major et chef d'état-major des forces armées, précédées d'interventions anonymes du "général X" et suivies de celles qui s'expriment sous une "source autorisée" traduisent, à ce niveau du jeu clair-obscur, un malaise accru à un double niveau : le projet de concorde nationale de Bouteflika et les implications du double attentat du 11 septembre.

R. M.

Lire l'intégralité de l'article dans http://www.freealgerie.com/debat-du-jour/259-arret-des-legislatives-de-91-chroniques-dun-proces-ii-larmee-a-t-elle-pris-le-pouvoir-grace-au-5-octobre-88.html

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Commentaires (1) | Réagir ?

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ali Foughali

Comment peut-on accepter en tant que peuple d'être dirigé par un type comme Chadli ? Impensable!