Les jeunes Algériens : destins tragiques
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"Qui se ressemble s'assemble" a t-on coutume de dire. Cette maxime qui se veut vérité générale est pour le moins discutable.
Il en est ainsi des jeunes Algériens, ils ont tout en commun: le pays, l'âge, la couleur, la religion, les langues … pourtant, il n'y a rien de moins vrai que de dire qu'ils se ressemblent.
Il y a bien, longtemps, Ahmed Bouguerra El Ouafi, enfant de Ouled Djellal, dans la région de Biskra, mobilisé lors de la Première Guerre mondiale, survivait aux tranchées. Devenu balayeur chez Renault, à Billancourt, il finit à force de courage de travail et d'abnégation par ramener à la France, son pays d'alors, la première médaille d'or olympique de son histoire. Ça se passait à Amsterdam en 1928. célébré comme un héros à l'époque, Ahmed Bouguerra El Ouafi a fini clochard avant de mourir de mort violente. Il est enterré, à ce jour au carré musulman du cimetière de Bobigny. Personne ne s'occupe de sa tombe, encore moins de sa mémoire. C'était un jeune algérien.
Plus près de nous, le 27 Avril 2001, Hakim Arezki, fils de Tamassit, un douar surplombant Azazga, recevait deux balles dans la tête et une autre dans la cheville. C'était lors du printemps noir qui s'est déclenché en Kabylie, après l'assassinat par les gendarmes d'un autre martyr, Massinissa Guermah à Beni-Douala. Une des balles reçues par Hakim lui a sectionné le nerf optique, la troisième lui a tranché le tendon d'Achille et emporté un mollet. Pris en charge par son père ouvrier émigré, comme El Ouafi et par quelques associations compatissantes, il a survécu à l'irrémédiable avant de réapprendre à revenir à la vie. À petits pas. À 28 ans, définitivement et totalement aveugle, Hakim a appris un métier et redécouvert l'espoir. Grâce à la musique. Il est aujourd'hui … accordeur de piano et chanteur ! C'est un jeune Algérien.
Combien de milliers d'autres jeunes de ce pays au destin tragique lui ont fait don de ce qu'ils avaient de plus cher, leur vie, pour le voir libre , juste, quiet, démocratique ? Ils étaient adolescents, lorsque par centaines, puis par dizaines de milliers, ils prirent les armes pour chasser l'occupant français. Ils étaient combien quand, rêvant du paradis socialiste, ils envahirent les campagnes, en volontaires, pour aller à la rescousse des paysans ?
Ils étaient combien, à défier pour la première fois les CRS, dans la rue, en Avril 1980, pour reconquérir une identité que le FLN semblait avoir, à jamais confisquée ? A-t-on jamais vraiment compté ceux tombés sous les balles militaires en 1988 ?
Combien sont morts, drapés dans la dignité, sous les couteaux des fous de Dieu ? Quel âge avaient ces mêmes fous de Dieu ? Quel âge ont les preneurs d'otages ? Les braqueurs ? Les violeurs, les bandits de grand chemins d'aujourd'hui ? Quel âge ont les trabendistes ? Les harragas ? Quel âge ont les orphelins ? Les enfants de disparus ?
Tous jeunes, tous différents. Des milliers de destins, de trajectoires heureuses et tourmentées. Seul reste constant le sort de ceux qui ont scellé ces destins, les gouvernants, militaires ou civils. Des vieux, des dinosaures, à la peau drue et rêche. En autocrates chevronnés, les maîtres de ce pays abandonné aux pillards de tout poil, savent eux, depuis longtemps, qu'ils n'ont pas besoin de s'assembler pour se ressembler.
Ils sont militaires ou civils, ils sont du FLN, du RND, du MSP, d'Ennahda ou d'ailleurs, ils sont de l'est, de l'ouest du centre ou du sud, ils sont musulmans, chrétiens ou mécréants, diplômés ou analphabètes … Que leur importe du moment où leurs intérêts convergent et que leur objectif, dominer et affamer le peuple, reste vivace.
Contrairement aux jeunes Algériens, ceux qui tiennent la barre du rafiot Algérie s'assemblent, eux, et surtout se ressemblent beaucoup. Et la jeunesse sait …
Meziane Ourad
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