"El hamdou lillah"
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Ancien journaliste à "Algérie Actualités" notamment, célèbre pour ses reportages, Meziane Ourad rejoint Lematindz pour un billet hebdomadaire.
Il faut d'abord que j'explique ce café. Au temps où il les Algériens étaient des révolutionnaires, où ils se battaient pour l'indépendance, ils étaient nodaux, à Paris. C'était là que se prenaient les décisions. C'était aussi là que mourraient les Algériens. Qu'ils s'entretuaient.
MNA contre FLN. FLN contre les services français. MNA contre l'idéal de liberté. Aujourd'hui, le café arabe, amnésique, est toujours posé au coin ou au fond d'une rue de Paris ou de Rennes, mais il n'en sort plus aucune idée. Aucune colère. Juste des clameurs. On n'y commente pas les révolutions - révoltes ? - arabes . On n'y parle pas de Palestine, encore moins de ses héros. On n'y évoque plus le "Che" ou Boumédiène. On ne se souvient pas, dans ces lieux, de Lénine. Pas plus que de Nasser.
On n'y parle pas de Madjer ou Belloumi. De Fergani. De Khalef. Amirouche, Abane, Abdelkader, Ben Badis, tout ce monde est bien loin....
Qui, ici, connaît Redouane, cet enseignant, syndicaliste, mort devant ses élèves à Bab El-Oued ?
Qui souvient de M'hamed Rechidi, mort à El-Kattar, après des années d'exil et de harcèlement du pouvoir algérien ?
Qui, ici, évoque encore les morts d'Octobre 88, ceux du Printemps noir ou la coulée rouge qui a emporté 200 000 Algériens ?
Qui pense à tous ceux, disparus, que les mères cherchent encore ?
Le café arabe, à Paris, connaît le cours du parpaing, les résultats du tiercé, les mensurations de la serveuse du bar d'en face. Le café arabe a oublié Slimane Azem, El Hasnaoui, Saadaoui, Meriem Abed...
Le café arabe est tout simplement devenu arabe. Tonitruant mais jamais décisif. Décideur. C'est pour cela, qu'allègrement, après tant de morts, les Tunisiens, les Egyptiens, les Libyens, et plus tard tous les peuples du bassin sud de la Méditerranée pourront célébrer l'arrivée des islamistes au pouvoir.
L'Occident, alors, pourra dire : "El hamdou lillah".
M. O.
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