Turquie : le journal des journalistes embastillés

Turquie : le journal des journalistes embastillés

Sous le troisième règne de Recep Erdogan, le Premier ministre turc, la liberté d'expression est à rude épreuve. Embastillés depuis plusieurs mois par vagues successives, les journalistes au cachot décident de créer leur journal...

Le célèbre « modèle turc » a des ratés dans son moteur malgré tous les lauriers qu’on lui tisse. D’abord, c’est la confusion au Parlement malgré la troisième victoire de Recep Tayyip Erdogan aux législatives du 12 juin dernier. Le grand parti d’opposition laïque, le CHP ( Parti Républicain du Peuple) refuse en effet de siéger pour protester contre la détention de deux députés récemment élus - le journaliste Mustapha Balbay et l’universitaire Mehmet Haberal. En même temps, on apprend que l’ensemble des journalistes embastillés dans le pays a décidé de fonder un journal derrière les barreaux.

Une affaire symbolique qui en dit long sur le verrouillage de la liberté d’expression dans une Turquie pourtant censée être le phare salvateur vers lequel voguent les bateaux plus ou moins ivres des révolutions arabes.

Il devient en effet de plus en plus compliqué, ces temps-ci, de faire son travail d’enquêteur ou d’éditorialiste en Turquie. Plus d’une soixantaine d’entre eux ont été jetés au cachot pour appartenance présumée à différents complots. Les mauvais coups auraient été ourdis de concert par des éléments de l’armée, de l’extrême-droite et du camp laïque. Les complots, appelés Ergenekon, du nom d’une vallée mythique d’Asie centrale, berceau des « vrais Turcs », ou Balyoz , « Enclume de forgeron », visaient à renverser le gouvernement en préparant des attentats sur tout le territoire.

Le problème, c’est que tout le monde, ou presque, en Turquie, peut désormais être arrêté pour participation à ces complots. Un militaire sur dix a été inculpé, mais aussi une cohorte de journalistes et d’intellectuels. Leur arrestation est d’autant plus ubuesque que nombre d’entre eux ont précisément travaillé... sur le complot Ergenekon !

En réalité, derrière ces embastillements, se dissimule la volonté impériale du Premier ministre turc de couper les ailes à tous ceux qui osent la moindre critique. La machine judiciaire ne cesse de s’emballer pour la bonne raison qu’elle est aux ordres du pouvoir exécutif depuis le référendum de septembre dernier qui a permis des amendements constitutionnels.

De leur cellule, les journalistes ont donc l’intention de reprendre leur plume mise au chômage par la seule volonté du démocrate-autocrate Erdogan. Le Journal prisonnier devrait publier son premier numéro le 28 juillet prochain, date anniversaire de la lointaine abrogation de la censure décidée par le régime des Jeunes-Turcs en 1908. L’initiative a été annoncée par Necati Abay, porte-parole du comité de soutien aux journalistes emprisonnés. « Ce premier numéro sera entièrement rédigé par des confrères incarcérés mais, dans l’avenir, les pages seront ouvertes à des intellectuels et à des écrivains de renom » a-t-il précisé au site Hurriyet Daily News, l’un des derniers médias, avec le quotidien du même nom, à échapper encore au contrôle idéologique des pieux amis d’Erdogan.

Le Journal Prisonnier sera diffusé comme supplément par les médias réfractaires. Citons entre autres Hurriyet, Cumhuriyet, Birgün, Aydinlik et le quotidien en langue kurde Azadiya Welat. Pour le président de l’association des journalistes, Ahmet Abakay, «la presse turque traverse une période encore plus critique qu’au lendemain du coup d’Etat militaire de 1980 : l’Etat arrête et incarcère avec une impunité nonchalante...»

Certains soulignent du reste qu’une initiative dans le même esprit avait eu lieu il y a 30 ans, lors de ces années noires : un projet s’était alors mis en place pour aider les jeunes auteurs arrêtés à continuer à écrire. Ils rappellent que, de décennie en décennie « ce sont les prisons qui, malheureusement, ont servi de lieu de rencontre et d’échange aux intellectuels ! »

On ignore encore comment pourront transiter les articles, des cachots vers le public. Cette histoire, ténébreuse pour ce qu’elle dit du pouvoir d’Erdogan, mais lumineuse pour ce qu’elle raconte de la résistance derrière les barreaux, nous rappelle une fois de plus la relativité des enthousiasmes bien-pensants sur «le modèle islamiste turc ». Le droit d’écrire et de penser n’est pas libre dans la Turquie d’aujourd’hui. Mais on annonce encore un bond de la croissance et il y a fort à parier que les admirateurs du miracle feront tout pour faire taire les dénonciateurs du mirage.

Martine Gozlan

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Commentaires (2) | Réagir ?

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Mohamed Amin Turki

Mais, Il peuvent toujours s'exprimer, c'est déjà pas mal

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R A M E S S E S II

Mustafa Kemal Atatürk, surnommé Gazi (« le Victorieux »), né à Salonique le 19 mai 1881 et mort à Istanbul le 10 novembre 1938, est le fondateur et le premier président de la République turque. Après la Première Guerre mondiale et l'occupation alliée de l'Empire ottoman, ce militaire de carrière refuse de voir l'Empire ottoman être démembré par le traité de Sèvres. Accompagné de partisans, il se révolte contre le gouvernement impérial et crée un deuxième pouvoir politique à Ankara. C’est de cette ville qu’il mène la guerre contre les occupants à la tête de la résistance turque.

Sous son commandement, les forces turques ont vaincu les armées arméniennes, françaises et italiennes. Puis il défait les armées grecques qui occupent la ville et la région d’Izmir, la Thrace orientale et des îles de la mer Égée (Imbros, aujourd'hui Gökçeada, Ténédos, aujourd'hui Bozcaada et Moschonisi, aujourd'hui Alibey). Après la bataille du Sangarios (aujourd'hui Sakarya), la Grande assemblée nationale de Turquie lui donne le titre de Gazi (le victorieux) [1] ; il parvient à repousser définitivement les armées grecques hors de Turquie. Suite à ces victoires, les forces britanniques choisissent de signer un premier armistice avec lui et s’engagent aussi à quitter le pays. Mustafa Kemal affirme également une volonté farouche de rupture avec le passé impérial ottoman et de réformes radicales pour son pays.

Inspiré par la Révolution française, il profite de ce qu'il considère comme une trahison du sultan lors de l’armistice de Moudros, pour mettre un terme au règne du sultan le 1er novembre 1922. Il instaure ainsi la laïcité : séparation entre le pouvoir politique (sultanat) et spirituel (califat).

Après la proclamation de la République, il déplace la capitale d’Istanbul à Ankara et il occidentalise le pays à travers plusieurs réformes. Notamment, il inscrit la laïcité dans la Constitution, donne le droit de vote aux femmes et remplace l’alphabet arabe par l’alphabet latin. Sous sa présidence autoritaire, la Turquie a mené une révolution sociale sans précédent, qu’on appelle généralement « révolution kémaliste ». Le 24 novembre 1934, l’Assemblée lui donne le nom d’Atatürk, ce qui ne veut pas dire « père des Turcs », mais le « Turc-Père », au sens de « turc comme l'étaient les anciens », le mot Ata voulant dire ancêtre.

Il meurt d’une cirrhose du foie le 10 novembre 1938 à 9h05. Au cours des funérailles nationales, il est enterré au musée ethnographique d’Ankara. Sa dépouille repose aujourd’hui dans le mausolée dit de l’An?tkabir.

bientot le point de non retour sera atteint et là bonjour le tiers monde. La descente aux enfers pour les turcks ne fait que commencer. Les Algériens sont les mieux informés sur ce phénoméne. Dahmane