A quoi joue le président ?

A quoi joue le président ?

Il vient avec les vendanges ! Le nouveau Bouteflika arrive en même temps que le nouveau Beaujolais et on le découvre ouvert, démocrate, soudainement sensible à la liberté d’expression…Il va émerveiller plus d’un. A commencer par nos confrères journalistes, émerveillés. Ils nous annoncent que Bouteflika a instruit l’ENTV de rapporter les préoccupations des Algériens. Si, si, vous ne rêvez pas ! C’est dans tous les journaux. Certes, il a mis onze ans pour le dire, mais onze ans, c’est la bonne maturation pour un grand cru. Onze ans, c’est le meilleur âge pour un règne à vie comme pour un bon Beaujolais ou un champagne de cuvée spéciale. C’est le champagne de plénitude ! Plus rien à craindre : on est installé pour le pouvoir à vie.

Et le fait est là : depuis quelques jours, dit-on, le journal télévisé de l’ENTV évoque, sans censure, les vrais problèmes des Algériens. La télévision algérienne, cadenassée jusque-là, « donne la parole aux autorités et laisse s’exprimer librement les citoyens sur leurs préoccupations quotidiennes », lit-on dans un journal réputé qui ne manque pas de révéler, « selon une source proche de la Présidence de la République », que ce changement est le résultat d’une « instruction ferme » adressée par le président Abdelaziz Bouteflika au responsable de l’ENTV lui demandant « de rapporter les préoccupations de la population lors des magazines et journaux télévisés ».

On ignore les raisons de ce subit élan démocratique qui vient de souffler sur El Mouradia. Cela n’a, bien entendu, rien à voir avec les dernières révélations sur la corruption au sein du clan présidentiel et le besoin pressant de Bouteflika de se refaire une image auprès de l’opinion. Non, rien à voir. Selon un site électronique, « président Bouteflika a décidé d’effectuer ces changements dans les programmes de la télévision publique, après avoir reçu de nombreuses plaintes sur les mauvais programmes de l’ENTV. » Des plaintes ? Il fallait des plaintes pour s’apercevoir de la magnifique caisse de résonnance qui tient lieu de TV pour les Algériens ? Et des plaintes de qui ?

Bref, ne cherchez pas à savoir, il vous suffit de retenir que c’est sur ordre du Président que la télévision algérienne a décidé de faire son travail comme cela se fait dans le monde.

On aurait pu croire que tout cela se fait bien dans le total désintéressement politique si, avec la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, le tout nouveau ministre de la Communication, Nacer Mehal, ancien directeur de l’Agence presse service (gouvernementale), n’avait grossièrement appuyé sur le trait devant des journalistes à l’APN : «Vous avez, sans doute, pu remarquer que la Télévision (nationale) commence à faire un bon travail, et ce, conformément aux nouvelles orientations qui ont été données par le président de la République lors de la dernière audition consacrée au secteur de la communication.» Traduisez : si ça va mieux, c’est grâce au président qui m’a désigné, mais c’est aussi grâce à moi, Nacer Mehal, ancien directeur de l’Agence presse service (gouvernementale), converti moi aussi, et tout aussi soudainement, à l’art de tout dire après avoir exercé pendant onze ans dans la science de ne tout taire.

Le numéro de Nacer Mehal est assez pittoresque pour mériter à lui seul un article (Lire : « Le ministre et la poudre de Perlimpinpin »). Le nouveau ministre ne craint pas les mots : « L’heure est aux réformes. Il est d’une nécessité impérieuse d’insuffler un nouvel élan qualitatif afin d’améliorer les prestations de la télévision en y associant tous les acteurs qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur de l’entreprise »

L’heure est aux réformes ? Avant l’heure, ce n’était pas l’heure. A cette heure-là, il fallait assurer le troisième mandat, le pouvoir à vie. Pas d’autres voix que celles qui « chantent » la gloire du messie. Maintenant, c’est promis, c’est l’heure. Jusqu’au jour où l’on décidera qu’après l’heure des vendanges, ce n’est plus l’heure du nouveau Beaujolais. Et qu’il est l’heure de boire le vin de la réserve.

Le vin de la réserve ? Lisez : « Nacer Mehal ou comment prendre les Algériens pour des cons »

L.M.

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Commentaires (27) | Réagir ?

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Latifa B

La confusion dans le texte de LM entre le nouveau Beaujolais et le Bordelais (peut-être??) a fait écrire à un internaute (dont je ne partage pas l'opinion, par ailleurs) que les connaissances oeconologiques de l'auteur laissaient à désirer, suggérant que son analyse l'était tout autant. Pardonnez-moi LM de faire intrusion dans un domaine qui ne me concerne pas..., mais les grands crus se distinguent par leur tenue sur la durée. Avec l'âge, ils se bonifient, contrairement au Beaujolais qui devient imbuvable passés quelques mois... Enfin et au risque de m'emmêler les crayons à mon tour en cette "période de vendanges", je dirais, comme l'a écrit simplement l'internaute Ahmed, qu'il s'agit d'une piquette de "notre cru", coupée d'un vinaigre (0% alcool) frelaté mis sur le marché par un obscur fabricant du Golfe, et importée par une de ses entreprises d'imort-import, à la raison sociale non identifiée, qui prolifèrent chez nous. WAL ILMOU LILAH!

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Ghanima

Dans la République des bourgeois-cochons, "plus ça devient vieux plus ça devient cons". L'essentiel est d'accepter n'importe quoi pour y bouffer et y rester. La république des bourgeois-cochons qui font tout pour aliéner les masses par l'argent et la morale religieuse ; les bourgeois-cochons qui n'ont que faire du patriotisme économique, du compter sur soi et du developper ses propres ressources nationales, des bourgeois-cochons prêts à toutes les compromissions pour s'incruster éternellement dans les arcanes du pouvoir, des bourgeois-cochons capables de tous les travestissements et toutes les tartuferies pour conserver leurs privilèges et leurs positions.

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