Lettre au président de la république française

Emmanuel Macron au cimetière chrétien d'Alger en février dernier.
Emmanuel Macron au cimetière chrétien d'Alger en février dernier.

Monsieur le président de la république française.

Quand vous étiez le simple candidat à l’élection présidentielle de votre pays, vous fîtes un voyage éclair à Alger, capitale d’un pays qui a de longues et douloureuses relations historiques avec le vôtre. Ce n’est pas le lieu de philosopher sur les mécanismes des refoulements de l’histoire qui favorisent les dénis de la réalité. C’est d’une journée précise, celle du 17 octobre 1961 dont je veux vous parler. Ce jour-là, c’était un mardi, une partie de l’Algérie en exil sortit de ‘’ses’’ bidonvilles pour défiler dans les rues de Paris. Elle voulait protester contre une décision inique qui limitait sa liberté de circuler et l’obligeait à respecter un couvre-feu dès la tombée de la nuit. Par cette manifestation ; cette Algérie en exil tenait aussi à exprimer son droit de résister à l’oppression, droit inscrit dans la charte de l’ONU, dois-je le rappeler ?

Ainsi Monsieur le président, je ne vous apprends rien en rappelant que lors de cette tragique journée, des Algériens, manifestants pacifiques, ont été livrés à la hargne de la police de l’Etat français qui agissait sur ordre des plus hautes autorités du pays. Cette précision est importante pour éviter que l’on qualifie les crimes commis ce jour-là de bavures de quelques lampistes de la police française. Ce jour-là donc des Algériens, par milliers furent arrêtés et transportés comme du bétail dans les bus de la RATP vers des camps d’internement. Ce jour-là des centaines furent blessés mais refusèrent de se rendre dans des hôpitaux de peur de se faire arrêter dans ces institutions de soins en principe protégées par les lois de la république. Ils furent secourus dans des pharmacies par des citoyens français, les uns par humanisme, d’autres par solidarité avec leur légitime combat.

Enfin des centaines furent ligotés, oui ligotés et jetés, oui jetés dans la Seine. Leurs familles à ce jour n’ont pas de lieu pour aller les pleurer et les honorer. Cette journée se solda par un carnage dans la ville des Lumières sous les flashs de journalistes militants dont les photos témoignent de la brutalité subie par ces ‘’invisibles’’ de cette époque. C’est pourquoi, aucun artifice de langage, ni argutie juridique, aucun discours reposant sur le déni de la réalité, ne peut effacer pareil acte que des écrits et des films ont exposé la cruelle réalité au grand public. Ainsi monsieur le président, le 17 octobre 1961, les pavées de Paris ont été couverts de sang, pareils à d’autres moments de la riche histoire de votre pays comme le hurle Arthur Rimbaud dans son poème ‘’l’orgie parisienne’’ Ce 17 octobre 1961, une tragédie s’est donc déroulée en plein Paris, au nom de la raison et de la justice, au nom des cris des suppliciés noyés dans la Seine, leurs enfants, des citoyens tout simplement, vous demandent de reconnaître officiellement cet évènement comme un crime d’Etat dont les victimes défendaient leur dignité. Vous entrerez dans l’histoire de votre pays comme l’un des hommes politiques qui aurait respecté sa parole publique pour être fidèle à ses nobles convictions.

Votre déclaration à Alger sur les crimes contre l’humanité durant la colonisation est courageuse et vous honore à un moment où vous sollicitiez le suffrage des Français dont beaucoup se complaisent encore dans une lecture tronquée de l’histoire. Je ne peux croire que vous avez fait ce voyage pour glaner les voix des enfants des manifestants d’octobre 1961 comme le prétendent certains esprits mal intentionnés. Je préfère croire que l’attitude du candidat et futur président d’un grand pays répond à d’autres considérations moins intéressées. Vous feriez alors un geste symbolique de haute portée politique d’un président à la tête d’un pays qui veux nouer des relations solides avec un pays géographiquement voisin mais aussi parce l’histoire continue de labourer leur présent. Un présent encore rongé par le lourd héritage des contentieux du passé. Arracher les rances des ressentiments des uns et les épines de la colère des autres, ne peut qu’accélérer l’ouverture des portes à de fructueuses et amicales relations entre les deux pays. Monsieur le président, la décision que vous prendriez soulagera les descendants de ces victimes. Elle effacera le froid de cette nuit-là qui gela l’oasis de leurs rêves d’enfants. Donnez-leur l’opportunité de remplacer les images insupportables de cette noire journée par celles de la danse des vagues de notre commune mer. C’est ainsi que les corps des morts ballotés par la houle de la Seine trouveront le repos de leur âme. Quant aux vivants, leur conscience s’enrichira de cette reconnaissance officielle qui les aidera à s’engager pour que pareils actes ne soient plus possible.

Puisse votre stature d’homme d’Etat répondre aux attentes des deux peuples français et algérien dont la frontière n’est autre que cette Méditerranée berceau de tant de civilisations, une Méditerranée qui doit cesser d’être un cimetière des parias de l’Afrique pour devenir un lac de paix tant rêvé par ses habitants.

Ali Akika réalisateur du film Enfants d’octobre 61.

Lien avec le film :

Rassemblement pour commémorer la journée du 17 octobre 1961 au Pont Saint-Michel Paris Paris 5e Mardi 17 octobre 2017 à 18h30.

Plus d'articles de : Opinion

Commentaires (6) | Réagir ?

avatar
Léon Philippe

Pauvre Ali Akika,

Vous en êtes encore à parloter pour ré-attiser de vieilles haines et surtout masquer la descente aux enfers que subit l'Algérie à cause de ses présidents successifs, depuis que les français sont partis.

Un petit rappel des réalités vraies :

En 1962, la part des hydrocarbures dans les ventes à l'étranger n'était que de 53 pour cent ! Cela veut dire ce que cela veut dire : 47 pour cent des recettes de l'Algérie provenaient de produits hors-hydrocarbures. Aujourd'hui, ce taux est passé à 3 pour cent ! L'Algérie ne produit plus rien, n'exporte plus rien. Et ce n'est ni la faute de Bigeard ni celle de Massu ! C'est la responsabilité des "libérateurs" qui ont pris le pouvoir en 1962, et dont M. Bouteflika est un échantillon fort représentatif.

Aucune vision, aucune stratégie, rien que l'exercice absolu du pouvoir. La gouvernance ? Plus tard !En près de 19 ans de règne, Bouteflika n'aura pas diminué d'un seul dinar la facture alimentaire du pays, bien que les caisses de l'Etat n'ont cessé de déborder de dollars. Huit mille milliards de dollars plus exactement, de quoi devenir un pays quasi-développé, capable, en tout cas, de se passer de pétrole.

A l'échelle des crimes historiques, condamner 40 millions d'Algériens à la précarité est-il plus pardonnable que le crime de les avoir colonisés ?

Aucun président n'a bénéficié d'une si généreuse manne financière. Le 5 juillet dernier, un président digne de ce nom aurait annoncé à son peuple la fin de la dépendance pétrolière, la fin du chômage et des incertitudes. Au lieu de cela, il leur a appris qu'ils seront plus pauvres et sans aucune politique de rechange.

Parce qu'il n'a pas diversifié l'économie nationale malgré un afflux financier sans précédent, Bouteflika laisse une Algérie à l'agonie : dès la fin de l'automne 2017, les subventions seront supprimées, l'Algérie risque de connaitre le temps des licenciements de fonctionnaires, des produits de première nécessité inaccessibles de même que l'électricité, le temps du retour à la bougie et au charbon de bois, de la réduction des budgets santé et de l'éducation. mais aussi de l’incertitude sur les versements des retraites et des prestations sociales.

Alors... Un peu de pudeur, monsieur Ali Akika

avatar
azrael cambyse

alors on attend encore un mot, un geste, de son ancien maitre?

Je pense que les algériens et les Français s'en contre foutent et que maintenant il faut grandir et passer à autre chose...

visualisation: 2 / 6