Deuxième lettre aux sincères ami-es du peuple

Deuxième lettre aux sincères ami-es du peuple

Peut-être ceci est une « prêche » dans un désert ou dans un noir tunnel. Mais plutôt que de se taire en ruminant solitairement des ressentiments stériles, mieux vaut libérer la parole, en espérant qu’elle intéressera au moins une personne.

Que vous dénoncez les tares des castes dominatrices, en particulier de leurs représentants, en les nommant clairement, il nous est, bien entendu, utile de le savoir. Cela ouvre nos yeux, déchire les brumes mensongères, nous indique nos réels ennemis et adversaires.

Mais, s’il vous plaît, pas de reproches à ces gens-là.

Est-il logique et raisonnable de s’étonner, de se scandaliser, de blâmer un tigre assoiffé de sang, un vautour affamé de chair, un serpent crachant son venin, un bandit qui vole, un gredin qui agresse, un psychopathe qui tue, un chef obsessivement accroché à son fauteuil autoritaire, un chef d’État s’abaissant à faire la cour à une femme pour un Prix Nobel de la paix ? (1)

Ne faut-il pas, au contraire, compléter la dénonciation par la proposition qui neutralise, mieux encore, élimine les néfastes actions de ces gens ?

Pour y parvenir, quel est le meilleur agent sinon les victimes de ces méfaits criminels ? Qui sont ces victimes sinon le peuple exploité ?… Dès lors, n’est-ce pas à lui de se charger de faire disparaître ces malfaisances ? Comment y réussir s’il ne dispose pas de ses propres organisations libres et autonomes ?

Et, s’il vous plaît, vous autres, surtout pas de jérémiades, de lamentations, de pleurs, même en style poétique… Où en est l’utilité, à part vous humilier, en montrant votre incapacité intellectuelle et votre lâcheté morale ?

Et, enfin, vous encore, s’il vous plaît, pas de cris de colère outrée, pas de propos-spectacle, pas d’insultes plus ou moins vulgaires. Ignorez-vous la règle de tout dominateur ? « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent ! » (Machiavel dixit). Le dominateur pourrait ajouter : Et que je puisse continuer à les dominer ! Même Karl Marx a succombé à cette sirène. Ayant réussi à diriger l’Internationale, il eut recourt à un procédé infâme, de trafic de bulletins de vote, pour expulser de l’organisation Michel Bakounine et James Guillaume, coupables de lui reprocher son autoritarisme sur l’association, censée être démocratique (2). N’oublions pas les émules marxistes, en premier lieu Lénine et Trotski, massacreurs des militants des soviets (3).

Par conséquent, s’étonner et reprocher à des gens au pouvoir leurs mauvaises actions, c’est leur donner de l’importance, croire qu’ils ont une conscience et une éthique. Et, ainsi, créer de fausses illusions au peuple à propos de la mentalité de ces gens. Ne suffit-il pas de la lecture des tragédies et comédies du théâtre antique grec et chinois, ainsi que du théâtre de Shakespeare pour comprendre la nature caractérielle absolument psychopathique de tout dominateur, quelques soient l’époque et la société ? Et le bref mais dense livre de Machiavel, « Le Prince », ne suffit-il pas à éliminer toute illusion, toute naïveté à propos de n’importe quel dominateur ?

Dès lors, n’est-il pas plus plus réconfortant, plus noble, plus utile de vous occuper à chercher comment nous aider, nous les dominés, pour nous auto-organiser, afin, justement, d’éliminer les injustices que vous dénoncez ou pleurez ? Qui d’autre que nous en est capable ? Qui d’autre a cet intérêt ?… Les partis politiques ? Les chefs charismatiques ? Les élites soporifiques ?

Certes, conscientiser, aider, collaborer, coopérer avec le peuple, sans prétendre en retour des privilèges (tels le « diriger »), ces actions sont difficiles par rapport à la facile insulte et à l’aisée jérémiade.

Les actions privilégiant le peuple des exploités exigent effort intellectuel (pour trouver les solutions adéquates), modestie (pour renoncer au privilège de « diriger »), et courage (pour affronter les inconvénients d’un tel engagement).

Ces actions ne peuvent pas se contenter de lecture de journaux ou de regards sur la télévision, pour, ensuite, rédiger un facile commentaire, bien ficelé, comme on dit. Éventuellement, en vous aidant d’autres commentaires auparavant lus. Commenter est aisé.

Mais inventer ?

Effectivement, en ce qui nous concerne, nous, le peuple, vous devez inventer. Et pour cela, il faut réfléchir longtemps, profondément, avec fatigue, tension, en s’auto-critiquant, en se posant la question : ce que j’écris est-il vraiment conforme à la réalité ? Est-il réellement utile aux exploités, sans l’être d’une manière indirecte aux exploiteurs ? Est-il concrètement opératoire ?

Alors, inventer quoi ?…

1. D’une part, un projet de société juste, libre et solidaire. Réellement juste, vraiment libre, authentiquement solidaire. Les expériences pratiques d’inspiration ne manquent pas : passées et présentes, étrangères et algériennes (4). Leur connaissance est accessible sur internet, gratuitement.

2. Un programme d’action pour réaliser ce projet. Il consiste à discuter puis établir les objectifs concrets et spécifiques à concrétiser, selon un calendrier temporel, tenant compte des disponibilités matérielles et psychologiques.

3. Une forme d’organisation pour réaliser ce projet et ce programme d’action.

À ce sujet, je ne vois pas mieux et plus certain que la formation d’organisations citoyennes libres, autonomes et totalement démocratiques. C’est dans ces organisations que les citoyens ont la possibilité de discuter, d’échanger leurs points de vue, de trouver le consensus indispensable et les modalités pratiques pour concrétiser leurs décisions.

Bien entendu, ces organisations doivent également trouver le moyen de se fédérer, afin que le mouvement citoyen soit le plus large, le plus significatif et démocratique possible.

Dès lors, une question étrange se pose : pourquoi toutes les propositions de changement, de réforme, toutes réclament un parti politique, un leader charismatique, mais, à ma connaissance, aucune proposition part du peuple lui-même, non pas uniquement comme caution, mais comme agent conscient, agissant de manière autonome, en se créant lui-même ses propres organisations ?

Est-ce parce que le peuple serait uniquement « foule », « masse », « gâchi », ignorant, servile et aliéné ?

Mais alors, à quoi vous sert votre caboche, vos connaissances, votre expérience, votre intelligence, votre amour du peuple ?… N’est-ce pas pour vous efforcer à inventer, à nous proposer des formes d’organisations libres et autonomes propres à nous, peuple exploité, à venir nous aider à les concrétiser ?

Qu’attendez-vous ?… Qu’attendez-vous ?

Attention ! Si nous sommes « gâchi », nous ne sommes cependant pas imbéciles. De votre part, il ne suffit pas de parler de nous dans vos poésies, vos romans, votre théâtre, vos films, vos bandes dessinées, vos interviews, vos articles, vos essais. Nous connaissons le résultat le meilleur : argent et gloire médiatique pour vous, sur notre dos, en étalant nos misères avec la dose convenable aux prix littéraires et artistiques, d’abord des pays capitalistes dominateurs étrangers.

Vous qui savez tant de choses, connaissez le monde, ignorez-vous notre situation ? Si vous l’ignorez, venez faire vos enquêtes. Nous vous y aiderons de toutes les manières.

Vous pouvez, aussi, faire vos contre-enquêtes. Donner honneur et dignité à « l’Arabe » du passé, colonisé, méprisé par Albert Camus, c’est bien. Nous constatons que cela procure gloire et profit, accordés par les représentants de l’ex-colonisateur, en « honorable » académie réunis. Cela nous laisse plutôt perplexes, sur les « bonnes » intentions des auteurs et de leurs admirateurs.

Parce que, mesdames-messieurs les auteur-es, vous avez oublié (volontairement ou non, dans les deux cas c’est grand dommage, pour ne pas employer un autre terme), vous avez ignoré « l’Arabe » (et l’Amazighe) d’aujourd’hui, (autrement dit la victime d’un colonialisme intérieur, autochtone).

Nous avons une idée sur le motif de cette ignorance. Nous avons lu certains propos méprisants, dégradants, arrogants, exagérés (bref, de néo-colonisés) sur nos tares, en Algérie et ailleurs.

Alors, cet « Arabe » et cet Amazighe actuels, dominés par cette autre forme de « pied-noirs » que sont nos propres dominateurs autochtones, et leurs complices et serviteurs, ne méritent-ils pas enquête et contre-enquête ?

Il est vrai que ces dernières ne sont pas appréciées par les jurys, ni d’Algérie ni des ex- « métropoles » coloniales, ni des actuelles « métropoles » impérialistes. Car le néo-colonialisme et l’impérialisme ne sont pas morts ; et leurs complices sont parmi les membres de nos castes dominantes, qui y trouvent leur intérêt.

Tout au contraire, ce genre d’enquête et de contre-enquête ne rencontrera, à l’étranger (parce que néo-colonial, impérialiste) qu’indifférence et occultation méprisantes ; et, en Algérie (à cause des castes dominantes), ces enquêtes et contre-enquêtes risquent de provoquer le licenciement du travail, la diffamation par les chiens de garde du régime, mener en prison, avec le risque de mourir par « accident » cardiaque.

Quant à vous autres, qui vous dites ami-es sincères du peuple, mais qui ignorez notre situation concrète dans tout son malheur, dans toute sa dramatique ampleur, secouez-vous ! Débarrassez-vous de votre scepticisme ! Libérez-vous de tous les -ismes ! Abandonnez votre indolence ! Examinez-vous honnêtement dans le miroir de votre conscience ! Libérez-vous de votre nombril ! Affranchissez-vous de votre adorable super-ego ! Soyez un intellectuel authentique, c’est-à-dire un facteur de lumière en faveur de la vérité vraie et de la justice collective réelle ! Sortez de votre tour d’ivoire, de votre bureau bien joli ! Affrontez vos peurs : le courage étant d’avoir peur, mais néanmoins agir.

Et vous, qui nous traitez de « ghâchi » en ayant l’air de nous aimer, vous qui étalez en exagérant nos défauts dans des journaux algériens ou parisiens ou new-yorkais, en laissant croire que vous le déplorez, si réellement vous nous aimez, si vraiment vous déplorez l’infâme portrait que vous présentez de nous, pourquoi ne venez-vous pas nous aider à nous améliorer ?

Oui, nous le reconnaissons. Souvent, notre comportement, nous, le peuple, nous les « masses », est passif, grégaire, manque de courage. Qui ne le serait pas, si, dès sa naissance, il se trouve écrasé, annihilé, anéanti, aliéné par la misère matérielle et son corollaire, celle intellectuelle ?

Autre question : l’intellectuel qui nous reproche notre incapacité à agir de manière positive, pourquoi ne se reproche-t-il pas à lui-même son incapacité de nous aider dans ce but ?

Cependant, il y a une certaine histoire, un certain passé. Les avez-vous oubliés ?

Durant le colonialisme, vos aînés intellectuels se sont-ils contentés, vis-à-vis de nous, peuple, de nous traiter de « ghâchi », de nous décrire avec dédain dans des journaux algériens ou étrangers ? N’ont-ils pas, au contraire, été assez modestes, parce que assez intelligents, pour venir chez nous, et nous convaincre de nous joindre à la lutte armée de libération nationale ?

Êtes-vous donc des avatars d’Albert Camus, publiant « L’homme révolté », mais se contenant de mettre en scène « l’Arabe » folklorique colonial, et préférant sa mère à la révolte des Algérien-nes contre le colonialisme, parce qu’il y trouvait son intérêt ? Ou êtes-vous de ces intellectuels qui, pendant l’odieuse période de dictature militaire, pratiquiez l’ignoble attitude du « soutien critique », tout en jouissant des strapontins qui vous étaient concédés ?

Le peuple des paysans et des ouvriers illettrés, des femmes au foyer, des jeunes désœuvrés, des drogués, des voyous, des voleurs, des proxénètes, des prostituées, malgré tous leurs défauts et carences, du culturel au sexuel, ce peuple n’a-t-il pas pris vaillamment les armes ? N’a-t-il pas accepté tous les sacrifices, les tortures, la mort jusqu’à obtenir l’indépendance nationale ?

Avez-vous oublié cet autre récent passé ?

Juste après l’indépendance, quand furent éliminés État, administration et patronat coloniaux, qui a assuré le fonctionnement des entreprises et des fermes abandonnées ?… N’étaient-ce pas le peuple des ouvriers et des paysans, de manière autonome ?

Avez-vous oublié un passé plus récent encore ?

L’élimination de la dictature militaire en Algérie, qui eut l’honneur de l’avoir réalisée ?… N’est-ce pas les jeunes et un peu moins jeunes révoltés du peuple opprimé, dont certains furent, comme à la sinistre époque coloniale, assassinés par les mitrailleuses de l’armée, mais celle-ci, - ô malédiction des malédictions ! ô vile action ! ô doublement criminelle forfaiture ! - était une armée « nationale populaire », composée de compatriotes, de concitoyens, d’Algériens en uniforme ?

Et, enfin, un passé plus proche encore. Quand les hordes sauvages de fascistes, prétendument musulmans, ont égorgé hommes et femmes du peuple, bébés et vieillards du peuple, civils et désarmés du peuple, et que leurs représentants politiques appelaient ce même peuple - ô insensée conception ! ô stupide illusion ! ô méprisable manipulation ! -, à les rejoindre, en promettant le Paradis et ses houris, pour amplifier les lâches massacres, est-ce que nous les avons suivis ?… Est-ce que l’armée les aurait vaincus sans nous, sans notre aide, sans notre action, sans les patriotes en arme issus de nous ?

Vous voyez !… Le peuple n’est pas si « ghâchi » que vous le déclarez. Le peuple n’est pas si taré que vous le clamez. Malgré ses carences de toutes sortes.

Il est simplement démuni culturellement, parce que, exploité-dominé, ses salaires de survie l’empêchent de s’instruire, ses conditions de vie précaires lui interdisent la culture, ses conditions inhumaines de travail et sa durée exténuante le frustrent de toute son énergie.

Savez-vous tout cela ? Connaissez-vous notre infernale situation ? Tout au moins, êtes-vous capables de l’imaginer ?

Alors, vous toutes, vous tous qui proclamez vous désoler pour nos malheurs, regretter nos pulsions sexuels archaïques, être navrés de notre aliénation islamique, si votre désolation est sincère, si vos regrets sont honnêtes, si être navrés pour nous est authentique, qu’attendez-vous pour venir chez nous, comme les premiers combattants de la libération nationale l’ont fait, afin de commencer ensemble, de manière libre, égalitaire et solidaire, le combat, pacifique et démocratique, pour la libération sociale du peuple algérien ?

La caste dominante multiplie les mosquées, mais interdit les rencontres littéraires, et proscrit l’université d’automne de la ligue des droits de l’homme (5), déclare respecter les droits des citoyens et les ignore trop souvent. Toutes ces actions afin de nous tenir dans la caverne de l’ignorance, dans le tunnel de l’illusion, dans l’abîme de l’impuissance.

Alors, ami-es sincères, nous vous attendons, nous, jeunes émigrés clandestins qui risquons de mourir en mer ! Nous vous attendons, nous, chômeurs, pour renforcer nos comités et en organiser d’autres ! Nous vous attendons, nous, travailleurs de syndicats autonomes, pour nous aider et favoriser la naissance d’autres syndicats autonomes ! Nous vous attentons, nous, paysans des campagnes, délaissés dans notre misère ! Nous vous attendons, nous, vendeuses et vendeurs de rue, incapables de disposer d’une boutique adéquate ! Nous vous attendons, nous, drogués, voleurs et violeurs, que la misère matérielle et culturelle a transformés en monstres, au détriment desquels certains journalistes se font du beurre dans des publications parisiennes et new-yorkaises ! Nous vous attendons, nous, les prostituées que la même misère a réduites à vendre nos corps et notre honneur ! Nous vous attendons, nous, les jeunes désillusionnés, désorientés, désespérés, indifférents à la « bolitique » ! Nous vous attendons, nous, les femmes maltraitées ! Nous vous attendons, nous, les étudiants méprisés ! Nous vous attendons, nous, les petits employés écrasés ! Nous vous attendons, nous, musulmans honnêtes mais manipulés ! Nous vous attendons, nous, femmes et hommes du peuple contraints, pour survivre, à travailler dans les organismes de répression ! Nous vous attendons, nous, citoyennes et citoyens ne sachant quoi et comment agir pour nous délivrer des injustices quotidiennes dans tous les domaines, pour nous affranchir de la violence physique et psychologique, pour nous délivrer des files exténuantes dans les bureaux administratifs, pour nous débarrasser de la peur du méchant, du rusé, du malhonnête, parce qu’il dispose d’un brin de pouvoir dans la hiérarchie dominante, ou parce que, exclu de celle-ci, il l’imite comme bandit franc-tireur ! Nous vous attendons, nous, exploité-es et dominé-es, de manières diverses !

Oui ou non ? Êtes-vous disposé-es à nous aider pour nous débarrasser de la peste de l’exploitation économique, et du choléra de la domination politique ?

Ainsi, vous verrez combien d’associations, de clubs, de comités, d’organisations populaires, libres et autonomes peuvent être créées ; combien leur multiplicité peut faire naître d’union, de solidarité ; combien de cette union et de cette solidarité peut surgir de force citoyenne.

Ainsi, vous constaterez quels enthousiasmants champs d’activité créatrice s’offrent à qui, plutôt que gémir ou insulter, préfère construire et édifier.

N’est-ce pas de cette manière, uniquement de cette manière que le peuple exploité-dominé parvient à détruire les Bastilles royales et les Palais tsaristes de l’exploitation-domination ? Comme il a éliminé la Bastille coloniale ?… À ce peuple, il manqua seulement la conscience lucide de ne pas se faire manipuler par une nouvelle caste exploiteuse-dominatrice, constituée de semi-analphabètes psychopathiques . Soit ! Cela eut malheureusement lieu. Eh bien, il reste à veiller à ce que cette trahison, cette manipulation ne puissent plus se répéter.

Si, ami-es sincères, il vous est impossible de venir chez nous, parce que le criminel arbitraire des dominateurs vous a contraints à l’exil hors de la patrie, du moins souciez-vous de nous, pensez-nous, écrivez sur nous, écrivez-nous, adressez-vous à nos enfants ; ils vous liront et nous traduiront. Et quand vous viendrez au pays pour revoir votre famille, faites un saut chez nous, aussi, dans nos horribles bidonvilles, dans nos lamentables douars. Vous connaissez la noble tradition de notre accueil ; nous partagerons le sel du couscous, le sel de la fidèle amitié. Vous savez que nous ne tombons pas dans le piège qui veut nous diviser, en distinguant « Arabe » et « Amazighe ». Pour nous, la seule distinction est entre dominateur-exploiteur et dominé-exploité.

Ami-es sincères du peuple, pensez aussi à nous, étudiez aussi pour nous, écrivez aussi pour nous, venez aussi à nous !… Non en « Maîtres », non en « Guides », non en politiciens, non en chefs de partis politiques, mais simplement en conseillers, en amis. C’est tout ce que nous vous demandons. Le reste, nous apprendrons à le faire, non sous votre autorité, mais uniquement avec votre solidarité, comme membres du peuple.

Dernières observations.

Qui donc produit le changement social réel, fondamental, radical, celui qui élimine vraiment l’exploitation, et donc la domination ?

Est-ce une caste d’intellectuels, même les plus « savants » ?… Non ! Karl Marx a politiquement et sociologiquement failli ; les théoriciens « libéraux » capitalistes ont failli ; les cléricaux ont failli. Les preuves sont devant les yeux de qui sait voir, sans préjugés.

Est-ce un chef politique, fut-ce le plus « génial » ?… Non ! Lénine, Trotski, Mao Tsé Toung ont failli ; la preuve : le genre de société finalement produite.

Est-ce un Parti politique, même le plus aguerri ?… Non ! Le parti bolchevique a failli.

Est-ce une armée de prétoriens ?… Non ! L’armée fasciste espagnole a finalement failli ; l’armée algérienne n’a pu pérenniser la dictature.

Est-ce Dieu ?… Non ! Ceux qui l’évoquent sont tellement divers et opposés, que l’on ne sait vraiment à quel Dieu chacun d’eux se réfère.

Est-ce un groupe d’intellectuels, le plus « éclairé » et courageux, tels les Encyclopédistes français du XVIIIè siècle ?… Non ! Ceux qui s’en sont réclamés ont instauré la guillotine où 80 % des suppliciés appartenaient au « Tiers-Etat », c’est-à-dire au peuple.

Que reste-t-il ?… Il reste le « ghâchi », la foule, la masse, le peuple, les exploités-dominés.

Les uns le conditionnent par des élections dites « démocratiques » ; elles aboutissent à l’élection de représentants qui le maintiennent dans l’exploitation économique, la domination politique et l’aliénation culturelle. En accordant de temps en temps, quand le profit est excellent, quelques miettes.

Les autres manipulent ce peuple pour prendre les armes, pour se sacrifier, pour verser son sang, pour mourir ; puis, ce peuple découvre que la victoire profite à une minorité qui trouve une forme inédite pour l’exploiter et le dominer.

De petits groupes minoritaires (les autogestionnaires) ont, au préalable, averti le peuple de ces funestes processus diaboliques. Leurs écrits et leurs déclarations furent censurés, interdits, et, plus grave, leurs auteurs emprisonnés, assassinés par la caste autoritaire, sinon exilés.

Alors, quoi ?…

Alors, le peuple reste malgré tout, malgré les expériences écrasées, malgré les échecs répétés, l’agent fondamental de tout changement social radical. Seul lui a intérêt à éliminer l’exploitation, donc la domination.

Et vous, ami-es sincères, seul-es vous, parce que sincères et désinteressé-es (du point de vue des privilèges matériels) et intéressé-es uniquement par la réalisation d’un bel idéal humain de justice, liberté et solidarité, seul-es vous êtes capables de nous aider.

Alors, venez à nous ! Venez parmi nous ! Soyez conséquent-es ! Soyez courageux-ses !

Aidez-nous donc à créer les conditions matérielles et culturelles de notre émancipation, aidez-nous à établir nos organisations libres, autonomes, pacifiques, démocratiques et solidaires.

Est-ce à nous, peuple, de vous le faire savoir ?... Notre émancipation sera la vôtre ! Son nom est autogestion sociale. Si vous n’y croyez pas, nous attendons vos arguments. Au moins discutons ce thème ! Sortons-le du « placard » dans lequel ses ennemis l’ont mis, et (re)mettons au soleil de la connaissance la question de l’autogestion.

Kaddour Naïmi,

kad-n@email.com

Notes

(1) Voir Nobel : Quand Bouteflika baratinait une juge norvégienne : "Eva, c'est terrible ce que vit mon pays…"

(2) Voir James Guillaume, L'Internationale, documents et souvenirs, disponible ici : https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Internationale,_documents_et_souvenirs/Tome_III

(3) Voir La révolution inconnue

(4) Voir La révolution inconnue ; La (méconnue) plus importante révolution du XXè siècle ; Belle comme un comité d’autogestion

(5) Les autorités interdisent l'université d'automne de la LADDH

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Commentaires (1) | Réagir ?

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abdelkader heni

vous trouvez que les algériens forment un peuple, grande surprise, actuellement, il n'y a pas plus larbins que nous les algériens et moi-même en premier, nous sommes entrain d'assister à l'agonie de notre cher pays pour lequel des hommes et des femmes sans pareils se sont sacrifiés sans broncher.