La race-frontière (1) à l'épreuve de la mondialisation: racisme et immigration

Migrants dans le Sahara
Migrants dans le Sahara

Certainement, la mondialisation a accéléré le mouvement des populations et de plus ce sont des jeunes qui risquent leur vie pour accéder à l'eldorado du monde occidental.

Afin d'y arriver ces personnes parcourent des milliers de kilomètres pour parvenir aux portes de l'Europe. Le théâtre de ce long parcours est le Sahara, le plus grand désert du monde qui représente un obstacle écologique majeur pour l'homme. A tel point que les spécialistes du désert reconnaissent qu'ils maîtrisent mal le mouvement des vastes étendues de sables qui rappelons-le changent radicalement la physionomie de l'espace.(2)

Notre propos ne concerne nullement la connaissance qu'ont les hommes du désert mais simplement de situer le danger que représente le Sahara pour tous ces jeunes Africains. Qui de mieux avec les moyens modernes de la communication, des équipes de sauveteurs arrivent à sauver des vies humaines sans que cela amoindrit le risque de la mort pour des centaines de jeunes qui malheureusement ne bénéficient pas de tout cette assistance réservée, hélas, qu'à des personnalités en mal de sensation forte. Rien n'y fait, et ce malgré leur armada technologique, les armées modernes ont toutes besoin de l'expertise des sahariens détenteurs d'un savoir géo-astral sans équivalent dans la connaissance du Sahara.

Notre propos n'a pas pour ambition de traiter du problème de la désertification en Afrique d'autant que le rythme s'est accéléré avec le réchauffement climatique. D'après les études en cours, ce processus accélère la cadence des mouvements migratoire du continent dont la population augmente d'une façon vertigineuse. Face à tous ces défis, un certain nombre de prévisionnistes pensent que le continent africain connaîtra dans les prochaines décennies, un développement économique considérable. Pour les plus optimistes d'entre eux, ils le considèrent d'ores et déjà comme le nouveau pôle du déploiement intégral du capitalisme mondial. En effet, ni les aléas climatiques, ni la dimension démographique ne représentent des obstacles pour un tel développement économique, tout du moins, tel que le prévoient les prévisionnistes. De deux choses l'une : ou bien la projection globale s'avère exacte et dans ce cas-là, une refonte totale de la gouvernance politique est nécessaire pour le déploiement du capitalisme mondial sinon l'effet conjoncturel de l'émergence de quelques pays africains qui connaissent un taux de croissance à deux chiffres est un feu de paille. Comme n'on est pas encore là, les choses telles qu'elles se présentent sous nos yeux ne sont pas bonnes à voir parce que le flux migratoire ne se tarit pas et continue à déverser des masses de jeunes, et c'est les plus chanceux d'entre eux qui arrivent à bon port.

Au malheur des uns qui subissent de la maltraitance de la part de leurs geôliers qu'ils les réduisent en esclaves en les vendant sur des marchés informels. Au pire, quelques uns après avoir été tués, sont dépouillés de leurs organes afin d'alimenter la longue liste d'attente des patients fortunés. Ce tableau cauchemardesque de la migration africaine n'émeut nullement les dirigeants africains.

A cet égard, la politique menée par les autorités maghrébines en matière d'immigration dépend des accords passés avec les pays européens. Ils jouent malgré eux, le rôle de gendarme. Ils mènent une politique répressive à l'égard de tous ceux qui cherchent une vie meilleure. A l'exemple de l'Algérie qui organise régulièrement des battues dans les villes en allant chasser les Noirs sur les chantiers ou à leur domicile pour finalement les déposer dans l'extrême-sud du pays. Généralement, ils sont délaissés dans les zones-frontières. Inéluctablement c'est ce point précis qui nous intéresse pour aborder le sujet du racisme ordinaire. C'est un problème récurrent qui alimente le débat sur la race-frontière en Afrique. La figure du "Wsif" est invariablement inventoriée dans le registre du discours maghrébin. Il ne nous revient pas de traiter la question du racisme mais tout simplement de rappeler qu'il existe toute une littérature sur la noirceur de l'homme maghrébin.(3)

Certes, on ne peut pas escamoter la question de la négrophobie ni au sens donnée à l'africanité terme dévoué à la couleur noire alors qu'il émane du nom d'une tribu nord-africaine antique (Afri).(4) En lieu et place du débat stérile et de la férocité de l'Etat légitimité par une opinion publique désorientée, il y a matière à objectiver les prévisions énoncées par les économistes pour donner davantage à l'initiative salutaire des gens l'occasion d'entreprendre. Au lieu de faire la chasse à l'homme, il est temps de faire coïncider la race-frontière avec les besoins vitaux de la population saharienne. Nous pensons au développement de la ville de Tamanrasset qui si les moyens sont mis a contribution,est prête à accueillir des centaines de milliers de personnes. Certainement, elle sera comme d'autres villes sahariennes, un nouveau carrefour des échanges économiques entre le Nord et le Sud du continent africain.

F. Hamitouche

Notes:

1- G. Boetsch, La notion de race-frontière, le cas du Sahara, Plein sud, 1994.

2- Kieran Cooke, On commence à peine à comprendre comment le sable du Sahara est charrié sur de vastes distances, El Watan du 22/09/2017.

3- J. Desanges, Libyens noirs ou Libyens noircis, Toujours l'Afrique fait nouveau, de Boccard, 1999. Nous rappelons que Cheikh Anta Diop a africanisé l'Egypte pour en faire une civilisation noire

que contestent beaucoup de spécialistes dont J. Yoyotte qui le traite d'imposteur. C'est un sujet qui alimentent beaucoup de débats chez les Africanistes.

4- S. Ploussel, Noirs au Maghreb, enjeux identitaires, IRMC-Karthala, 2012.

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