Pourquoi le discours onusien d'Abdelkader Messahel est-il inepte ?

Abdelkader Messahel à l'Onu.
Abdelkader Messahel à l'Onu.

Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger (2015), conflit syrien et maintenant l’ouverture de la session parlementaire 2017-2018 de l'Assemblée populaire nationale (APN).

En 2017, après les cas emblématiques des ministres Mourad Medelci et Ramtane Lamamra, les exigences de transparence de l’action diplomatique sont ouvertement rappelées par une partie de la population algérienne. Le plan d’action du gouvernement pour la mise en œuvre du programme présidentiel a été adopté à la majorité par l'APN, le jeudi 21 septembre 2017. Le plan fixe un nouveau cap pour la nation et constitue une feuille de route pour la préservation de la sécurité, de la stabilité et de l'unité du pays, la modernisation de la gouvernance, ainsi que l'animation d'une politique étrangère définie dans le respect des constantes diplomatiques du pays. Le but est une république exemplaire ! Cependant, un élément nouveau est apparu dans ce plan d’action. Il est mentionné dans le chapitre 1 intitulé "Le renforcement de la démocratie pluraliste" du plan : une coopération totale du Gouvernement avec le Parlement, à travers notamment "L’organisation de cellules, au niveau du Premier Ministère et de chaque ministère, dédiée aux relations avec les parlementaires, pour faciliter leur écoute et la prise en charge de leurs doléances relatives à l’intérêt général, dans leurs circonscriptions électorales respectives". Toutefois, le ministre des Affaires étrangères peut-il encourager une vie politique dynamique à travers les représentations diplomatiques algériennes à l’étranger et dans les enceintes internationales ? Peu sûr.

Abdelkader Messahel a participé aux travaux de la 72 ème session de l'Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) à New-York. Placée sous le thème de "Placer l'être humain au coeur des efforts en faveur de la Paix et d'une vie décente pour tous sur une Planète durable", cette session a été également marquée par la tenue d'une série de rencontres de haut niveau regroupant les Etats membres de l'ONU. Le régime politique algérien a pris part à deux évènements majeurs qui ont marqué ce rendez-vous de la Communauté internationale, à savoir la réunion de Haut niveau de l'Assemblée Générale sur la Traite des Personnes, ainsi que la cérémonie de signature du Traité sur l'interdiction des armes nucléaires. Outre la participation au débat de l'Assemblée Générale, le chef de la diplomatie algérienne a pris part aux travaux de la Réunion ministérielle du Forum Global de Lutte contre le Terrorisme ainsi qu'aux réunions ministérielles relatives au Mali et à la Libye. Le débat général qui s'est ouvert cette année sur fonds d'appels à la réforme de l'ONU, a été étalé jusqu'au 25 septembre. Abdelkader Messahel a tenu son premier discours onusien depuis sa nomination par le président de la république. Le ministre a prononcé un discours contenant des informations qui prêtent amplement à confusion. Ne faisant preuve d’aucune pondération, lorsqu’il s’exprime sur les relations internationales, le chef de la diplomatie semble avoir abandonné toute mesure. Un discours porté par une propagande de tous les instants, qui n'a jamais lésiné sur les qualificatifs saugrenus et qui visent à la mise en condition des analystes politiques.

Rien n'était trop puissant pour vanter les mérites du régime politique algérien. Une allocution à géométrie variable. Une déclaration dans laquelle le chef de la diplomatie est passé maitre en la matière, encensant l’activité du régime politique algérien. Depuis qu'il est à la tête du département ministériel, Abdelkader Messahel entend écrire sa légende pour tenter de se faire une place entre ses médiocres prédécesseurs (Lamamra et Medelci).

Le ministre a notamment soutenu que "ce n'est donc que justice que l'Algérie figure parmi les trois premiers pays africains en matière de développement humain et que l'Institut américain de sondage Gallup ait placé l'Algérie, en août dernier, au 6e rang des pays les plus sûrs au monde. Tel est le message que je voulais donner au nom de l'Algérie en ce début de la 72e session de l'Assemblée Générale". Mais à quelle justice fait-il allusion ? La sécurité : à quel prix ? Comme si pour être juste, tout élément nécessitait à présent une caution sondagière.

Face à ces inepties, alors même qu'il estime avoir rempli intégralement son engagement, il est possible d’opposer à tout classement et sondage, un autre classement. Sinon, que faut-il penser du dernier classement mondial de la liberté de la presse 2017 publié par Reporters sans Frontières ? L’Algérie est placée à la 134e place sur 180 pays. Quelle crédit accordé à tous ces sondages et classements ? Faut-il les confronter ? Impétuosité, incompétence, le ministre n’a proposé aucune vision diplomatique sur le Sahel lors de son allocution à la tribune des Nations unies. La politique étrangère de l’Algérie, dans la mesure où il y en aurait une, est tout bonnement une politique "post-diplomatique", empêchant vraisemblablement l’assemblage d’une vraie doctrine. Le "sécuritairement correct" domine l'argumentaire du régime en Algérie mais vis-à-vis de l'extérieur aussi. Et aucun haut fonctionnaire ni grand commis de l’Etat ou du régime devrais-je dire, n'ose plus rien faire pour une sortie de crise politique.

Des hauts fonctionnaires dociles, animés par un conformisme bêlant, se contentent de rajouter quelques lignes à leurs pseudos expériences professionnelles sur leur cv, au lieu de publier des analyses du texte constitutionnel, sur le site internet des ministères. Comment forger une diplomatie efficace alors que l’article 29 de la constitution stipule notamment que l'Algérie se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d'autres peuples ? Comment l’Algérie peut-elle assumer activement son rôle régional en privilégiant uniquement la solution politique au Mali ?

Existe-t-il un accord non écrit conclu entre les partis politiques d’opposition pour ne pas proposer le remplacement de l’article 29, par un article qui autoriserait une intervention militaire en dehors des frontières algériennes ? L’usage consumériste des sondages et des classements internationaux par le régime politique algérien dénote de sa faiblesse à construire une vraie politique diplomatique. De mon point de vue, les sondages ne devraient pas être mentionnés parce qu’ils ne sont pas crédibles et contribuent à fournir une représentation fausse de la situation, mais l’addiction de la diplomatie algérienne à ce genre d'argumentaire rend impossible toute autolimitation, malgré la recommandation des sondeurs euxmêmes, car le sondage est un outil idéal pour le démagogue. Par ailleurs, une politique étrangère nécessite une réflexion or, ce ministre agit plus par réflexe qu’avec une réflexion. Concernant le dossier syrien et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, dans une interview à la chaine russe "RT.Arabic", en marge des travaux de la 72e session de l'Assemblée générale de l'ONU, l’avocat algérien du régime héréditaire d’Al Assad a eu l’impudence d’affirmer que "l'Algérie s'est opposée, dès le départ, au gel de la qualité de membre de la Syrie auprès de la Ligue arabe et nous œuvrons, a-t-il dit, pour que Damas retrouve sa place au sein de cette instance régionale, saluant la qualité des relations entre Alger et Damas". De plus ,il a rappelé "avoir effectué, l'année dernière, une visite en Syrie, qui a coïncidé avec le 60e anniversaire de l'indépendance de la Syrie, ajoutant qu'il était porteur d'un message de soutien au peuple syrien dans sa lutte antiterroriste et d'un autre message appelant à une solution politique à travers la réconciliation nationale, entre tous les Syriens".

La tentative de réhabilitation de Bachar Al Assad est une faute morale pour l’avenir de la Ligue des Etats arabes. Il est consternant de noter que le soutien apporté par la diplomatie algérienne au régime sanguinaire de Bachar Al Assad. Si l'on comprend bien, rien ne justifie une rupture des relations diplomatiques avec la Syrie. Il est important de rappeler que lors de sa dernière apparition au conseil de sécurité de l’Onu, l’Algérie s’est abstenue lors du vote sur la résolution 1559 intitulée "La situation au Moyen-Orient" le 2 septembre 2004. Cette même année, Abdelkader Messahel occupait la fonction de ministre délégué auprès du Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, chargé des Affaires africaines. Le texte adopté concernait notamment le démantèlement des milices présentes au Liban. Avant de s’atteler à la conduite des affaires étrangères, le ministre devrait mieux gérer les affaires consulaires. Il n’y a qu’à voir le mépris avec lequel certains chefs de postes consulaires traitent les ressortissants algériens en France. Le ministre Messahel est-il capable de moraliser la vie diplomatique ? Il incombe à une partie de la communauté nationale établie à l’étranger de se mobiliser, pour contribuer au rayonnement du pays car les consulats reflètent l’image de la nation. Pour paraphraser le titre d’un livre, la diplomatie algérienne est passée d’une puissance sur papier à une puissance en papier : jusqu'à quand ?

Benteboula Mohamed-Salah, géographe

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