La "rokia" monétaire d’Ahmed Ouyahia !

Ahmed Ouyahia.
Ahmed Ouyahia.

Il m’avait toujours semblé que le phénomène dit de la "rokia" évoluait à vitesse grand V dans le secteur de la santé et en particulier dans nos hôpitaux et autres salles de soins, avant d’avoir écouté le discours, que le Premier ministre a prononcé devant les membres de l’APN, pour présenter son plan d’actions de mise en œuvre du programme économique du Président de la république.

En effet, si j’étais conscient de ne pas attendre grand-chose d’un énarque (1) en matière économique et en particulier dans le domaine des finances, compte tenu de son indigence certaine et de son incompétence avérée, dans le domaine, je m’attendais, tout de même, à ce que les experts (2) qui lui ont soufflé les quelques instruments de politique monétaire qu’il veut mettre en œuvre pour "sortir de la crise, durant les cinq prochaines années", ont dû lui expliquer que le "financement non conventionnel" nécessite des pré-requis (3). Et d’abord et avant toute autre chose, il suppose la recherche de la cohérence globale avec l’ensemble des autres politiques budgétaire, fiscale, domaniale, financière, salariale, douanière, commerciale, boursière… bref, un véritable programme économique et social, à moyen et long terme, assumé par les pouvoirs publics et accepté par les acteurs économiques et sociaux (4), chose qui n’a jamais existé depuis 1999.

Si, comme il le déclarait, haut et fort, lors de son passage à l’APN, il vient de découvrir la solution miracle et que certains "pays développés, y avaient recours également", il faudrait donc dissoudre toutes les facultés des sciences économiques du monde entier et mettre au chômage tous les économistes, pour se concentrer uniquement sur le métier d’imprimeur ! Ceux qui étaient en charge de l’économie, avant lui, dans les années 90 et qui ont introduit la loi 90-10 relative à la monnaie et le crédit (5), étaient-ils des crétins pour ne pas permettre de recourir au financement monétaire, à travers la "planche à billets" ? Etaient-ils des traîtres, des renégats, des harkis pour avoir réglementé, de manière drastique, l’injection de la "fausse monnaie" et prôner la séparation du pouvoir monétaire du pouvoir exécutif ?

A l’évidence, ce remède miracle, tiré du chapeau d’un prestidigitateur, camouflé en Premier ministre, cette "rokia monétaire" s’apparente aux derniers soubresauts d’un pouvoir économique fétichique qui, en dernière instance, a fait appel à un moitié "taleb" moitié "Saher", pour qu’il vienne endormir tout un peuple par ses incantations quasi-maraboutiques et lui appliquer une potion magique de sa fabrique, qui devra sauver notre pays d’un effondrement économique, que tous les experts honnêtes perçoivent et décrivent, comme éminent à court et moyen terme.

Oubliant volontiers qu’il est partie prenante dans l’échec de la situation actuelle, pour avoir été plusieurs fois Premier ministre, ministres, Directeur de cabinet à la Présidence de la république, il dégage complètement sa responsabilité par cette phrase assassine à double interprétation : "L’Algérie a résisté grâce aux décisions du Président de la République" !

Face à la levée de boucliers des politiques et des experts contre le recours à la planche à billets et à ses effets pervers sur la frange la plus fragile de la population, une hyperinflation voire une stagflation, il "rue dans les brancards" et assène ses sept (7) arguments massues face à une APN majoritairement acquise à ses "fatawi", à l’instar de Moïse ramenant ses tables ! Pas de surendettement, le Trésor public a une large marge de manœuvre (la dette publique ne représentant que 20% du PIB). Il n’y a pas de lien entre le financement non conventionnel et la détérioration de la parité du dinar, pensant masquer ainsi les impacts indirects entre l’injection massive de signes monétaires et la baisse de la parité de la monnaie nationale. La consommation nationale ne sera pas financée par les crédits non conventionnels accordés au Trésor public par la Banque d’Algérie, alors qu’il laisse "fuiter" que les salaires des fonctionnaires du mois de novembre n’étaient pas assurés…

Ne comprend-il pas que les salaires enregistrés dans le budget de fonctionnement de l’Etat sont voués à la consommation des ménages ?

Une période de cinq est sollicitée pour sortir de la crise et ne plus avoir recours au financement non conventionnel… mais pourquoi ne pas continuer au-delà puisque c’est une solution miracle qui règle tous nos problèmes de déficits publics ? En outre, la période de cinq ans importe peu mais c’est la quantité de monnaie injectée qui est en cause, même sur une seule année ! L’annonce, de la mise en œuvre de réformes structurelles, est redondante depuis 1999, sortant de la bouche d’un acteur majeur durant toute cette période, elle est pour le moins inaudible au pire démagogique. La promesse du gel de la hausse des impôts et taxes dans la loi de finances pour 2018, contredit l’annonce de réformes structurelles qui nécessairement doivent passer par une restructuration des dépenses et des recettes de l’état !

Sans cette réforme, il faut que le Premier ministre organise une prière nationale pour que les prix de l’énergie atteignent au moins 100 US$ le baril, à l’instar de ce qui se pratique pour la pluie.

Enfin, le rythme de développement attendu grâce au financement non conventionnel est très hypothétique dans la mesure où l’injection massive de signes monétaires ne va pas se traduire par un effet de levier sur le taux de croissance économique mais va certainement tomber dans la "trappe monétaire" et dans le cas algérien, gonfler le volume de transactions dans le marché informel, augmenter la fuite de capitaux, détériorer la parité du dinar, créer une hyperinflation, réduire l’emploi, détruire des entreprises publiques et privées. Espérons que la "rokia monétaire" du Premier ministre sauve notre économie et au-delà notre pays …

Je lui suggère une solution radicale : M. le Premier ministre, je vous propose, au point où nous en sommes, d’imprimer des dollars américains, vous nous épargnerez bien des soucis !

Dr Mourad Goumiri

Professeur associé.

Notes

(1) Les programme de l’ENA ne préparent pas ses étudiants à l’apprentissage des principes économiques et à leurs grands agrégats même pour ceux qui choisissent la spécialité "finances", ils n’ont que des notions sommaires des concepts des finances publiques.

(2) Il s’agit du même groupe de "distinguished economist" qu’avait constitué A. Sellal dans un "shadow cabinet" à un détail près et qui continue à prodiguer leurs conseils.

(3) Parmi les éléments pré-requis figure en bonne place la frange de la population cible qui va devoir supporter le fardeau de la dette publique et des déficits et les coupes budgétaires lourdes à opérer pour un retour à l’équilibre.

(4) A l’évidence, les acteurs économiques et sociaux sont les dindons de la farce, rassemblés pour la "photo de famille" et vite ignorés après, n’ayant pas le droit de citer.

(5) Cette loi avait d’abord consacré l’indépendance du pouvoir monétaire à travers deux dispositions. La première consiste en l’inamovibilité du Gouverneur pour toute la durée de son mandat (cinq ans). La seconde consiste en la réglementation stricte des relations entre le Trésor public et la Banque d’Algérie en matière de financement de ses déficits. A. Belaid, en arrivant à la tête du gouvernement, a abrogé l’inamovibilité du Gouverneur et A. Ouyahia aujourd’hui va vider le pouvoir monétaire en déverrouillant la relation contractuelle entre la Banque d’Algérie et le Trésor public.

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Commentaires (5) | Réagir ?

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Atala Atlale

Mais alors si ces gens là ne sont pas des Algériens de souche, pourquoi occupent-ils des fonctions aussi hautes ? Et si toute cette machination qui tend à détruire le pays en tant que nation et institutions n'avait pas réellement comme objectif recherché le chaos. Qu'observons-nous aujourd'hui ? Un peuple dont les valeurs s'en sont allé, des institutions gangrenées par la corruption, une monnaie de singe et une école complètement sinistrée. Allons nous vers l'anarchie ? Ou la famine à moyen terme ? Les économistes sérieux le pensent pour cette dernière question.

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Yacine Khalfi

Les économistes instruits et avertis prohibent le recours aux manipulations monétaires. Ils démontrent de A à Z que les émissions non conventionnelles dans les périodes de grandes crises, aboutissent à définir l'Etat comme "faux-monnayeur". C'est la création d'un impôt invisible pour le commun des Algériens, dans'une économie depuis longtemps moribonde.

Car si la masse des billets est doublée et si la masse des biens et des services demeure invariable, n'importe quel financier de classe élémentaire vous dira que les prix que payeront les consommateurs vont augmenter de façon exponentielle. Les fonctionnaires, les salariés ordinaires, les employés modestes au revenu fixé en dinars, verront leur capital s'amenuiser, leur pouvoir d'achat baisser considérablement, comme s'ils payaient un impôt anonyme d'une grande ampleur.

Par contre, les gros industriels, les gros entrepreneurs ayant des liens avec les gros bonnets du système, certaines professions libérales (qui fixent eux-mêmes leurs prestations en fonction de la conjoncture), les grosses fortunes, les députés, les ministres, les "hauts cadres de la Nation", dont les ressources sont indexées sur l'euro et le dollar, ne subiront aucun dommage. Tout cela fait apparaître l'injustice créée par le fonctionnement inadéquat de la planche à billets. Ce mécanisme va pénaliser les classes les plus pauvres ou moyennes, au profit des classes les plus riches de la nomenklatura et des "hommes d'affaires". Car il a l'avantage de ne pas apparaître comme un impôt direct et donc plus facile à gérer par l'Etat.

Car on rentre ainsi dans le cycle infernal de l'inflation provoquant une hausse vertigineuse des prix qui accroît en volume les dépenses publiques sans augmentation réelle des recettes pour retrouver l'équilibre budgétaire.

Le recours à la planche à billets doit par conséquent être exceptionnel et obéir à la règle du remboursement, après autorisation du Parlement. C'est-à-dire que le Trésor public doit rembourser la Banque d'Algérie dès que la situation se serait rétablie et que les recettes fiscales, parafiscales et pétrolières soient suffisantes pour combler les déficits existants. A ce moment-là, l'excédent de billets émis doit être récupéré et détruit. Mais connaissant l'incompétence des dirigeants algériens, je ne pense pas qu'ils envisagent de telles solutions.

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