Pourquoi les femmes rejoignent-elles Daech ?

Pourquoi les femmes rejoignent-elles Daech ?

Le "jihadisme des femmes", qui les fait rejoindre en Syrie ou en Irak le groupe État islamique (EI), s'explique souvent par des traumatismes personnels, une quête existentielle contrariée ou l'adhésion à une utopie islamiste idéalisée, estiment deux chercheurs.

Près de dix pour cent des quelque cinq mille jihadistes européens qui ont rejoint au cours des dernières années l'EI et son "califat" autoproclamé sont des femmes. Pour "tenter d'expliquer la séduction qu'exerce sur elle l'EI", le psychanalyste Fethi Benslama et le sociologue Farhad Khosrokhavar ont étudié une soixantaine de cas.

"Nous avons cherché à comprendre pourquoi elles voulaient partir rejoindre le califat de l'EI" explique à l'AFP Farhad Khosrokhavar, co-auteur du livre "Le jihadisme des femmes", sorti mi-septembre au Seuil.

"Une partie ont subi des traumatismes, réels ou imaginaires, mais l'engagement d'autres, surtout les très jeunes filles, s'explique par l'impatience de devenir adultes, de sortir de cette situation d'adolescence prolongée qui est souvent leur lot dans nos sociétés occidentales", ajoute le sociologue.

L'utopie jihadiste, le monde idéal prôné dans sa propagande par l'EI, leur fait miroiter un rôle d'épouse de combattant, drapé des atours d'un prince charmant courageux et sincère, et de mère de "lionceaux", la prochaine génération de jihadistes, endoctrinés dès leur plus jeune âge.

"Une fois qu'elle se sont retrouvées sur le terrain, dans des conditions difficiles voire terribles, qui n'avaient rien à voir avec ce qu'elles pensaient trouver, beaucoup ont été désespérées, certaines ont tenté de revenir, quelques unes y sont parvenues, d'autres ont été tuées. La plus grande partie d'entre elles ont déchanté", dit M. Khosrokhavar.

"On aimerait bien qu'elles disparaissent"

"L'EI est tout sauf tendre avec les femmes", écrivent en ouverture de leur ouvrage les deux chercheurs. "Traitement inégalitaire, enfermement dans des demeures closes où elles doivent attendre de futurs époux, interdiction de sortir seule dans la rue, imposition du voile intégral, inégalité criante des droits entre hommes et femmes. Tous les ingrédients qui offensent une conscience moderne sont là".

Malgré ça, la propagande de l'EI parvient à toucher une corde sensible chez certaines, souvent jeunes voire très jeunes, qui trouvent dans ce carcan de règles, de normes et d'interdictions un anti-modèle au sein duquel elles parviennent à une sorte d'épanouissement, au moins dans un premier temps.

"L'islamisme radical qu'a répandu la propagande de Daech (acronyme en arabe de l'EI) a promu le mythe d'une nouvelle féminité intégrale", expliquent Fethi Benslama et Farhad Khosrokhavar, "en même temps que la moralisation des rapports hommes/femmes et l'affirmation de normes surrépressives qui ont séduit un certain nombre d'adolescentes et de jeunes femmes en crise identitaire".

En raison des revers militaires successifs que connaît l'EI en Syrie et en Irak, plusieurs centaines d'Occidentales, compagnes de jihadistes, et leurs enfants sont désormais prisonniers, notamment en Irak et en Turquie. Leur sort, dans les mois à venir, pose problème, assure Farhad Khosrokhavar.

"Côté européen, on n'est pas très enthousiaste à l'idée de leur retour", dit-il. "On aimerait bien qu'elles disparaissent de la scène. Mais il faudra bien prendre en charge celles qui reviendront".

"Elles sont souvent traumatisées, et leurs enfants surtout posent problème. Certains ont subi un lavage de cerveau, il faut vraiment s'en occuper sinon on aura beaucoup de traumatismes, et dans l'avenir on pourra avoir de jeunes écervelés qui pourront tuer pour un oui ou pour un non ou faire des tentatives d'attentats", dit-il.

"Il faut prendre ce problème à bras-le-corps: je sais bien que ça coûte cher, qu'on n'a pas de modèle établi pour la déradicalisation, mais on ne peut pas ne pas tenter. Il faut tâtonner, monter des dispositifs pour les prendre en charge", ajoute-t-il.

"Et il y aussi celles qui sont totalement endurcies, qui y croient encore. Comme pour les hommes, il faut distinguer entre les repenties, les endurcies, les indécises et les traumatisées".

AFP

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Commentaires (5) | Réagir ?

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Toufik KLOUL

J pense que le fait qu'elles se retrouvent enfermées sous la burka une réaction en chaine se développe au niveau du cerveau et elles doivent l'exprimer par les armes.

tout cela à l'insu de leur plein gré...

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Jafnouhou

Monsieur Kloul

Salutations

Vous n’êtes pas sans ignorer que des très nombreuses « enfermées sous la burka » le sont de façon volontaire : par conviction personnelle, exhortation ou suggestion consenties, par peur de la punition divine, par défi, par peur du frangin, par crainte des remarques des voisins immédiats etc. Excepté l’auto-conviction, tous les autres cas peuvent être refusés, ou repoussés. Elles peuvent aussi se convaincre de la « légitimité et du bien-fondé » du port de la burqa mais décider de ne pas la porter pour diverses raisons. Il y a donc une part importante de la « volonté personnelle » dans la décision de s’enfermer dans ce linceul noir, cette négation de soi-même. Il n’y a pas de réaction chimique en chaîne incontrôlée qui gère le port de cet accoutrement. Il y a certes l’effet de mimétisme, comme dans la mode vestimentaire masculine ou féminine, mais il n’y a pas de « folie » qui se transmet par contagion, comme dans une infection microbienne. Il y a toujours et pour chaque cas, la possibilité de refuser et d’accepter, pour cela, les risques éventuels.

Le fait de prendre les armes ne se fait pas à l’insu de leur plein gré. Comme il n’y pas de folie collective, chacune sait parfaitement que prendre les armes c’est pour tuer et que partir à la guerre c’est pas aller jouer de la marelle, ou à la poupée. Elles savent aussi qu’elles peuvent mourir d’une balle dans la gueule. Et elles savant aussi que tuer, des innocents, c’est criminel. Mais elles prennent le risque et croient que pour cette « bonne cause » Dieu leur réservera Ses Faveurs et les récompensera pour leur « Jihad». Le Paradis, ben voyons ! Les hommes y trouveront chacun 72 VIERGES haletantes, et elles, ben, outre qu’elles se servent déjà dans le combat (mariage el moutaa, coquineries par-ci ou par-là plus ou moins consenties,) elles trouveront 72 VERGES aussi haletantes (cette récompense pour femmes, on n’en est parle nulle part, c’est moi qui ai fait la comparaison, au nom de l’égalité entre hommes et femmes, égalité dont on parle partout et qui serait partout !)

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deradji nair

Si vous croyez que ces gens sont des sauvages, des sanguinaires alors je vous dis détrompez vous car lorsque vous voyez vos femmes et enfants bombardés à coups d'F18, lorsque votre pays subit les pires destructions, lorsque nos nos lieux de cultes sont détruits ou occupé comme l'est la Mosquée d'El Qods cela vous donnera surement de prendre les armes et de combattre jusqu'à la mort. Il n'est guère de mon intention d'une apologie envers ces combattants mais c'est surement la pensée qui passe en chaque temps dans la cervelle d'un musulman et avec une seule idée "détruire ceux qui nous détruisent" et par n'importe quel moyen y compris le terrorisme car on n'a pas les memes armes ni au memes lieux et les Nazi avaient bien gouté au terrorisme français lors de l'invasion de leur pays, Le terroriste c'est celui qui occupe le pays des autres et qui le détruit pas celui qui combat pour sa liberté et son pays.

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