"Cette chose étrange en moi" d'Orhan Pamuk : une fresque de la Turquie profonde

Orhan Pamuk.
Orhan Pamuk.

"Cette chose étrange en moi" est une sacrée invitation au voyage dans la Turquie de l’auteur. A travers d’une galaxie de personnages atypiques, il nous fait découvrir le pays et son évolution.

Orhan Pamuk est l’auteur turc le plus lu au monde. Il est lauréat du prix Nobel de littérature en 2006. Son œuvre est traduite dans une soixantaine de langues.

Dans ce roman de plus de 600 pages, le lecteur est capté par des personnages simples mais riches en enseignements. Mevlut, ce jeune vendeur de boza dans les rues d’Istanbul. La boza est une boisson "asiatique traditionnelle qu’on obtient à partir de millet fermenté, elle est d’une consistance épaisse, de couleur jaunâtre, agréablement parfumée et légèrement alcoolisée. Elle est vendue en hiver dans des échoppes du vieil Istanbul de l’époque ottomane. En 1923, année de la fondation de la République par Atatürk, les débits de boza étaient depuis longtemps fermés, victimes de la mode allemande des brasseries. Mais grâce à des marchands ambulants comme Mevlut qui vendaient cette boisson traditionnelle dans les rues, elle ne disparait jamais de la vie des Turcs. D’ailleurs à partir des années 1950, le commerce de la boza n’était plus l’apanage que des vendeurs ambulants qui déambulaient les soirs d’hiver dans les rues poussiéreuses, misérables en poussant leur cri : « bozaaa ! » nous r appelant les siècles passés et le bon vieux temps".

Mevlut né en 1957 a quitté son petit village d’Anatolie pour rejoindre son père dans l ‘immense Istanbul. Il avait 12 ans. Mevlut vient aider son père dans la vente de la boza. Mevlut est un personnage attachant : bel homme, élégant avec un visage poupin, il a toujours suscité l’affection des femmes.

Dans ce roman, on suivre pas à pas le parcours de cet homme courageux et audacieux. On va découvrir comment il a réussi à enlever sa future femme avec l’aide de son cousin. Et la méprise quand il découvre que la femme enlevée n’est pas celle qu’il aimait. Qu’importe ! Car c’est quand même avec cette femme, Rayiha, qu’il va vivre un grand amour et avec qui il va avoir deux filles.

Tour à tour marchand de boza, de yaourts, de glaces, de pilaf, Mevlut suit l’évolution de la ville et grandit avec elle. Il s’adapte aux nouveaux modes de vie, à tous ces buildings e tours qui poussent comme des champignons et changent l’image de la vie.

Mevlut et tous les personnages qui gravitent dans le roman sont là comme pour nous faire apprécier l’univers de cette ville. Le personnage est attachant, son monde l’est tout autant, d’ailleurs on se laisse volontiers envoûter par cette histoire magique pleine de sensations et d’humanité. Ce roman amble retrace l’évolution à marche forcée d’une ville certes mais aussi d’un pays. Voire d’une planète où l’ancien monde est chaque jour mis à mal. "Cette chose étrange en moi" plonge assurément ses racines dans les profondeurs de la société turque, mais peut aussi être observé comme une parabole sur ces temps qui échappent aux hommes. Des hommes et des femmes justement qui luttent sans concession pour leur survie et celle des leurs. le roman peint à grands traits les soubresauts de la vie sociale et politique turque : coups d'Etat, luttes sociales, extrémisme, bouleversement urbain...

C’est une jolie leçon de vie que nous donne Orhan Pamuk à travers ce roman généreux. Le lecteur quitte difficilement ce roman qui nous laisse comme un vide à la fin. Comme si on quittait un être cher. Mais à chacun de décider quel voyage mener à travers les pages de ce roman que nous recommandons.

Kassia G.-A.

Cette chose étrange en nous d’Orhan Pamuk, publié par les Editions Gallimard

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