M. Ouyahia manque-t-il de modestie ?

Ahmed Ouyahia
Ahmed Ouyahia

En marge du regroupement de son parti, samedi dernier, pour la préparation des prochaines échéances électorales notamment celle de novembre prochain, le Premier ministre a profité de l’occasion pour s’entretenir avec les journalistes sur des questions brûlantes d’actualité.

Il a ainsi tenu à rassurer les citoyens sur l’Etat de santé du président de la république qu’il considère comme "vaquant normalement à ses fonctions". Il s’est arrogé le droit de chef de parti pour traiter les partisans de l’article 102 de "oisifs", de "désœuvrés", en panne d’arguments politiques à la solde d’une main étrangère, sous-entendant que celle-ci vise à étrangler l’Algérie qui souffre de difficultés financières depuis la chute drastique de ses recettes. Jusque-là, il était dans son rôle de leader politique, membre de la coalition au pouvoir. Il est donc de ses prérogatives de contrecarrer ses concurrents.

Mais là où il a manqué de décence, c’est lorsqu’il a pris un raccourci en déclarant que ces problèmes financiers sont déjà "derrière nous maintenant" sur le simple fait de faire figurer sur son programme d’action l’amendement de la loi sur la monnaie et le crédit et notamment son article 10 qui autorise l’artifice du financement non conventionnel dit d’une manière souple. Sans se rendre compte peut-être pour cause d’un déficit communicatif et pourquoi pas par mépris à son auditoire, ceux qui l’écoutaient ont relevé deux observations et pas des moindres.

Sur la forme

Le programme vient à peine d’être approuvé par le Conseil de ministres, il n’est même pas encore pas débattu par les chambres législatives. Il est déjà diffusé et considéré par son initiateur comme acquis. Quand on lance des déclarations du type "le problème financier est derrière nous !", cela voudra dire que le premier responsable du gouvernement est assuré d’amender la loi qu’il va présenter sans aucune considération au circuit réglementaire qui nécessite un débat avec les représentants du peuple. Faut-il à ce niveau un peu plus de retenue par respect aux procédures ; par exemple dire que le problème financier sera derrière nous "si l’amendement sera validé par les deux chambres".

Sur le fond

Son programme établi sur 58 pages n’est pas au demeurant très différent de celui de son prédécesseur à l’exception du moyen de financer les activités de l’Etat. Le premier table sur une austérité et une offensive pour récupérer les ressources fiscales qu’un député évalue à près 12000 milliards dollars (01). Le second programme quant à lui se rabat sur la planche à billets qui est non seulement une solution de facilité mais un procédé très connu en Algérie pour l’avoir déjà pratiqué les années 70.

La forme, peut-être, s’est modernisée mais le squelette reste le même. Il s’agit de recourir à la planche à billets pour couvrir les dépense courante que la fiscalité, les revenus du domaine public, l’emprunt obligataire ainsi que les ressources monétaires n’ont pas pu assurer.

De quelle activité s’agit-il ? Le programme Ouyahia les définit en détail : dépasser le un million de logements, financer les infrastructures publiques pour une population qui évolue à près 2,4%, payer plus de deux millions de fonctionnaires et poursuivre la politique des transferts sociaux. Tout cela est très séduisant, mais rien n’est prévu pour les investissements directs étrangers qui, eux, procureraient une contrepartie en biens et services.

Un tel choix pourrait être satisfaisant pour l’échéance 2019 qu’on vise selon toute vraisemblance mais la génération d’après va payer les pots cassés. Les Algériens ont l’habitude car, ceux qui se sont endettés durant les années 1970 pour un montant de près de 1000 milliards ont pris plus d’une trentaine d’années pour être épongés de leur dette, moyennant des sacrifices comme toujours des générations d’après.

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

Notes

01) Déclaration de Djelloul Djoudi chargé de la communication au Parti des Travailleurs Soir d’Algérie du 10/09/2017. Il est écrit "12000 000 milliards de DA mais on suppose que c’est une erreur d’impression.

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Commentaires (6) | Réagir ?

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Toufik KLOUL

Ah Orgueuil quand tu nous tiens !

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Amnay Djennadi

Ouyehia manque surtout, et avant toute autre chose, de dignité que notre regretté Matoub Lounès a parfaitement illustré à travers l'expression Agujil bwawal.

Un escroc qui impose l'arabisation au peuple et fait étudier ses enfants en Angleterre.

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